Grâce et Disgrâce
Les plus belles finances publiques du monde
Un gouffre qui se creuse. Les courbes figurent en page 12 du dossier sur les comptes d’Etat 2009, présentés mardi par Hans-Rudolf Merz. En haut, s’envolant vers la droite du tableau, la ligne bleue trace le taux d’endettement des pays du G20. Terriblement ascendante. En bas, la ligne rouge de la Suisse s’offre le luxe inouï de s’affaisser. En 2009, alors que la plupart des pays ont vu leurs dettes s’aggraver jusqu’à l’asphyxie, notre ministre des Finances a trouvé le moyen de réduire les nôtres de 11 milliards de francs, pour s’établir à 111. Un exploit, presque de l’insolence face à ceux qui exigent que nous leur rendions l’argent de leurs évadés fiscaux!
Le Département fédéral des finances est champion du monde des écarts entre prévisions budgétaires (invariablement alarmantes) et comptes (toujours et largement meilleurs). On ne parle pas que de petits millions de différence comme en ville de Zurich par exemple, tolérables car l’exercice budgétaire n’est une science ni facile ni exacte, mais de milliards de francs d’erreur, de sousévaluation systématique. Cette manière de tricher avec les entrées et les sorties des caisses publiques n’est pas innocente. Elle est le préalable aux politiques d’austérité budgétaire que l’Appenzellois nous inflige comme si le mot «anticyclique» était étranger à ses oreilles. Le pire étant sempiternellement à craindre, ce n’est jamais le moment de dépenser. M. Merz prévoit d’économiser encore 1,5 milliard de francs supplémentaires par an entre 2011 et 2013. Le Conseil fédéral doit se prononcer en juin sur de nouveaux programmes d’anorexie active.
Qu’il ne soit pas intelligent de jeter l’argent par les fenêtres et judicieux de ne point trop s’endetter est une évidence. Mais à quoi cela nous servira-t-il d’avoir les plus belles finances publiques du monde? Ce sera aussi inutile au bien-être de la population que d’avoir «la plus belle armée du monde», objectif d’Ueli Maurer. Ce dont la Suisse a besoin, c’est d’investissements: dans les transports publics (pas moins de 135 milliards de francs pour les vingt ans à venir que Moritz Leuenberger est censé trouver tout seul comme un magicien), dans la formation et la recherche, et dans un Etat social fort, qui vient au secours des victimes de la crise.
Avant de se laisser enfermer dans la logique de la tondeuse à gazon qui sert de mantra insurpassable à M. Merz, le Conseil fédéral serait bien inspiré d’aller prendre l’air à La Chauxde-Fonds, par exemple, pour méditer sur les besoins de la nation et son propre sens des priorités.
LE CONSEIL FÉDÉRAL SERAIT BIEN INSPIRÉ D’ALLER PRENDRE L’AIR À LA CHAUX-DE-FONDS.
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