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Les portes de sortie de la crise libyenne

Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 03.02.2010 à 16:11

DIPLOMATIE. Comment débloquer la situation figée entre Berne et Tripoli? Réponses de Libyens basés à Londres.

«Après 19 mois de crise, vous les Suisses, vous ne comprenez toujours pas les Libyens…» Les mots claquent dans l’air de ce bureau chic de Londres. Sans appel. «Si vous pensez leur faire peur avec votre chantage sur les visas Schengen, c’est que vous n’avez rien appris de l’histoire de ce régime. Il a résisté durant deux décennies à toutes les pressions extérieures», poursuit ce proche du clan Kadhafi. «Votre chantage aux visas, c’est du vent. Croyezmoi, les Libyens iront jusqu’au bout. Ils ont l’habitude de dire qu’ils se moquent des conséquences de leurs décisions.»

Solution politique. Cet homme d’affaires londonien qui ne souhaite pas divulguer son nom en veut pour preuve l’affaire des infirmières bulgares qui a traîné en longueur durant huit années. «La Suisse a beaucoup plus à perdre que les Libyens. Eux ont l’argent, le pétrole. Et les entreprises occidentales sont tout heureuses d’avoir récupéré les affaires des Suisses.»

Que faire alors que la situation entre Berne et Tripoli est bloquée et que les Libyens ne veulent plus entendre parler des diplomates suisses? «La solution ne peut être que politique», souligne Saad Djebbar, un avocat britannique proche des Libyens et qui était pressenti pour les représenter au sein du tribunal arbitral international censé trouver une issue à la crise. Mais il faut pour cela un nouveau climat de négociation. Loin de la «guerre des boutons» actuelle, soulignent plusieurs sources croisées à Londres. Un exemple? «Pourquoi avoir empêché Saïf al-Islam (fils du colonel Kadhafi et son probable successeur, ndlr) de venir au forum de Davos à la fin janvier?» se demande un officiel de Tripoli. «C’était pourtant l’occasion idéale de renouer le fil. Mais nous avons l’impression que la Suisse ne le veut pas et que votre gouvernement préfère laisser pourrir la situation.»

Pour Tripoli, c’était même une nouvelle humiliation de la part de Berne. Comme celle qui a fait échouer la première véritable opportunité de sortie de crise après le voyage de Hans-Rudolf Merz à Tripoli et ses excuses: la publication des deux photos d’identification policière de Hannibal Kadhafi dans la presse.

Pas le bout du tunnel. Sans cette fuite, l’affaire serait réglée, estime l’homme d’affaires londonien. «Même Hannibal, pourtant très remonté contre la Suisse, avait fait le poing dans sa poche et accepté un retour à la normale. Mais ces images ont provoqué une nouvelle grosse colère du clan. Il a alors décidé de mettre la machine judiciaire en route en Libye.»

On connaît la suite. Rachid Hamdani et Max Göldi ont été condamnés à seize mois de prison pour séjour illégal, un jugement cassé dimanche pour Hamdani. Et ils attendent le verdict au sujet des accusations d’activités économiques illégales. «Ne voyez pas l’acquittement en appel de Hamdani comme le bout du tunnel», indique néanmoins un spécialiste du pays des Kadhafi. «C’est juste la preuve que le clan joue encore et toujours au chat et à la souris. N’oubliez pas que les deux Suisses étaient à l’aéroport la dernière fois, qu’ils avaient leur billet dans la main et qu’il a suffi d’un coup de fil pour tout bloquer.»

La relaxe de Rachid Hamdani n’est pas non plus un signe d’indépendance de la justice libyenne. Les juges sont pilotés par le clan Kadhafi et les avocats sont aux ordres, sourit Suaad Alfitouri, une opposante au régime établie à Londres. «C’est un grand théâtre. Rien de plus.» Bref: le destin des deux Suisses ne se jouera pas devant un tribunal, mais au sein du clan.

Reste que selon notre enquête à Londres, trois pistes de sortie de crise s’offrent à la Suisse.

-Plusieurs sources plaident pour un règlement global de la crise. En clair: Berne ne doit pas conditionner son règlement par la libération de nos deux otages. «Cela doit se faire au plus haut niveau et en toute discrétion. De président à président. Et non par l’interméles diaire de Micheline Calmy-Rey. Kadhafi ne la supporte pas.» Il réclame même Hans-Rudolf Merz, le seul président du peuple suisse à ses yeux. Mais comment expliquer à un homme d’Etat vissé sur son siège depuis 40 ans qu’en Suisse, le président ne gouverne que durant une année? «Kadhafi a d’ailleurs demandé qui était Doris Leuthard», indique un diplomate libyen alors que la conseillère fédérale argovienne évite la question libyenne comme la peste.

-Autre piste proposée afin de sauver la face des deux pays: envoyer une délégation parlementaire helvétique à Tripoli. Exit donc le gouvernement qui n’a plus la confiance des Libyens après le lâchage en règle de Merz par ses collègues du gouvernement. «Avec votre ministre des Affaires étrangères et donc votre gouvernement, ça coince», reconnaissent plusieurs sources. D’autant que Tripoli ne sent pas la volonté suisse de trouver les responsables de la fuite dans la presse des photos d’identification de Hannibal. «Même si cela ne devait pas aboutir, les autorités helvétiques devraient montrer qu’elles enquêtent, qu’elles bougent. Or, on ne voit rien. C’est aussi une autre preuve de défiance pour les Libyens qui ne se sentent pas respectés», note un proche du dossier.

-Dernière piste: l’intervention d’un pays tiers. Le nom du Qatar est évoqué. Le cheik du petit pays du Golfe aurait déjà tâté le terrain d’un côté comme de l’autre. Sans succès. Et même le Hamas serait entré dans la danse. Son chef Khaled Mechaal aurait défendu la Suisse auprès de Kadhafi en lui expliquant qu’elle est un des rares pays à défendre la cause palestinienne dans le monde.




Tags: Crise libyenne, Kadhafi,

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Réaction de Erwin
le 05.02.2010 à 17:36
Je ne comprends toujours pas pourquoi on nous bassine depuis...
 
Réaction de henrich
le 05.02.2010 à 17:34
"cet homme d'affaires londonien qui n'ose même pas donner son...
 
Réaction de Scipion
le 05.02.2010 à 11:11
«Après 19 mois de crise, vous les Suisses, vous ne...
 
Réaction de slimnature
le 05.02.2010 à 08:56
L a solution n'est pas politique, elle est humaine. Il faut...
 



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