Grâce et Disgrâce
Les pouvoirs de proximité
En Europe occidentale, les dictatures ne sont plus qu’un souvenir. C’est peut-être ce qui explique que la culture civique se délite, que le jeu politique soit réduit à des joutes télévisuelles, et que les clés de lecture trop subtiles soient zappées.
La France et l’Italie viennent de connaître des élections régionales. Il s’agissait notamment de désigner des présidents de région qui vont les gouverner dans les années à venir. Dans l’Hexagone, l’exercice a confiné au référendum pour ou contre Sarkozy, deux ans avant la présidentielle. Du coup, le score réalisé par Ségolène Royal en Poitou-Charentes est devenu crucial! Ce fut du plus haut ridicule. De même l’Italie vient de renouveler l’essentiel des présidences de région. Dans la Péninsule, où le pouvoir des régions est historiquement mieux ancré, les enjeux locaux ont aussi été confisqués par la dimension nationale: pour ou contre Berlusconi, avec manifestations dans la capitale. Les résultats ont été interprétés comme un succès pour le Cavaliere, alors que son nom ne figurait sur aucun bulletin de vote.
Vue de Suisse, cette confusion des échelons de décision fait particulièrement peine à voir. Bien sûr que l’on peut tirer des enseignements nationaux de scrutins locaux, identifier de nouvelles tendances, dégager des prémisses. Mais en mélangeant tout dans une analyse plébiscitaire, on discrédite les élus de base. Il est curieux de constater à quel point certains s’emploient à vider de toute pertinence propre les pouvoirs de proximité.
A qui profite cette lecture biaisée des institutions politiques? La décentralisation, adoptée par l’Italie puis par la France, n’était pas une réformette, elle devait incarner une démocratie plus en phase avec les préoccupations réelles des gens, une sorte de contre-pouvoir dans un monde globalisé, où les vieux Etatsnations se voient vidés de leurs prérogatives.
Les régions ne sont donc pas des laboratoires de popularité personnelle mais des territoires dotés des moyens de gérer avec une plus grande efficacité les problèmes concrets de leurs habitants. Mépriser leur poids, c’est accréditer l’impuissance de la politique. Sommes-nous si sûrs, en Europe et en Suisse, d’être assez vaccinés contre la personnalisation du pouvoir, la simplicité vénéneuse des autocrates?
SOMMES-NOUS ASSEZ VACCINÉS CONTRE LA SIMPLICITÉ VÉNÉNEUSE DES AUTOCRATES?
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