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«Il faut trois mois à une banque pour dire non à une demande de crédit. Il nous faut dix minutes pour dire oui!» Debout entre deux immenses armoires coulissantes remplies de bijoux abrités dans des cartons numérotés, Urs Lusti, responsable de la Caisse de prêts sur gages de Zurich explique le fonctionnement de la maison. «Lorsqu’une personne apporte un collier en or ou une montre, nous l’évaluons rapidement et lui offrons 10% de sa valeur. Lorsque nous avons des doutes sur la provenance d’un objet, nous demandons une facture.» Filiale de la Banque cantonale zurichoise, la Pfandleihkasse est située derrière ses locaux.
Urs Lusti s’approche d’un coffre-fort, au fond d’une pièce barricadée par une porte en acier. Il en sort une montre de femme: «C’est une Audemars Piguet à 76 000 francs. Nous avons toutes sortes de clients.» Autour de lui, beaucoup d’or de Somalie et du Sri Lanka. «Un tiers de nos clients sont Sri Lankais. Ils viennent apporter le capital de la famille.» Urs Lusti a même quelques notions de tamoul: «Pudupital» veut dire prolongation, «caialette», signifie signer. Plus loin, des vélos accrochés par leur roue avant, une collection de trains miniatures estimée à 10 000 francs, des instruments de musique qui dorment dans leur étui, dont un schweizerörgeli de 4000 francs. Il y a encore quelques années, Urs Lusti et ses trois collaborateurs – tous anciens employés de banque – acceptaient des objets d’art ou des voitures. Mais le risque de falsification, de tromperie à l’assurance et les problèmes d’entreposage étaient trop grands. Le gage le plus insolite qu’il ait vu? «Une Ferrari!»
Dix mille gages. En 2008, l’équipe d’Urs Lusti a évalué 27 000 objets. Un chiffre qui a doublé depuis cinq ans. Ces derniers mois, le travail a augmenté: «Chez nous, les conséquences d’une mauvaise conjoncture économique sont décalées: beaucoup de gens viennent nous voir en dernier recours.»
Actuellement, 10 000 gages dorment dans les locaux. Ils y restent d’un jour à parfois dix ans. La valeur moyenne d’un prêt est de 650 francs. Le taux d’intérêt? Un pour cent par mois sur la somme reçue. Le contrat – au porteur – dure six mois; il peut être prolongé presque à l’infini. Si 95% des clients viennent récupérer leur gage, certains y renoncent. Leurs objets sont alors mis aux enchères quatre fois par année*. Le bénéfice est reversé au propriétaire. Ce lundi matin, une jeune mère de famille sri lankaise vient payer les intérêts de son gage, des bijoux en or. Elle en est à sa troisième prolongation. «Mon mari est indépendant: nous avons dû payer 2500 francs de réparation pour son taxi. Je travaille à mi-temps: je gagne 2500 francs par mois, comme mon époux. Avec deux enfants, le loyer, l’argent à envoyer à nos parents restés au pays et les assurances, nous n’avons pas d’économies.»
A Genève aussi. Mêmes besoins de liquidités mais autre ville: Genève. Appelons-le François. Il attend son tour à la Caisse publique de prêts sur gages, un service autonome qui bénéficie de la garantie de l’Etat de Genève. La quarantaine élégante, il est dans le négoce de matières premières. L’année 2008 a été catastrophique. «J’avais quarante employés. Je suis tout seul. Ma femme attend un enfant. Je viens payer les intérêts pour les montres et les bijoux que j’ai apportés.» Il avait eu recours à ce service dans les années 90 déjà. «C’est rapide et le taux d’intérêt est intéressant.»
Si, à Zurich, on joue la transparence, à Genève, on refuse d’ouvrir les portes sous prétexte de discrétion. «Nous pouvons assurer à nos clients que personne d’autre que nous ne verra leurs objets.» Administrateur, Luc Ricou est plus généreux lorsqu’il s’agit de donner des chiffres: 3600 à 4000 prêts par an d’une durée moyenne de deux ans et demi. Pas de frais ni d’intérêt pour des prêts jusqu’à 200 francs. «Notre clientèle se compose essentiellement de femmes. Nous préférons travailler avec elles, car elles ont un plus grand souci de remboursement...»
*Prochaines ventes aux enchères: 5 mars et 4 juin (Zurich SIX Swiss Exchange, Convention Point). Tél. 044 461 19 33. Genève: 9 mai. Tél. 022 736 75 25.
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