LA CHRONIQUE DE JEAN-FRANCOIS KAHN
Les quatre erreurs de François Hollande

Par Jean-François Kahn - Mis en ligne le 10.10.2012 à 12:58

J’ai vécu l’autre semaine une expérience aussi intéressante que préoccupante. Flânant dans un quartier parisien éminemment populaire, je fus constamment hélé par des citoyennes et des citoyens en colère m’expliquant que s’ils avaient voté François Hollande ce n’était pas pour qu’il fasse la même politique que Nicolas Sarkozy, voire, ajoutaient certains, du sarkozysme en pire et en plus brutal. Et effectivement, alors que Sarkozy ne mena pas la politique de rigueur dont il se prévalut, Hollande est en train d’imposer une politique d’austérité dont il ne se prévaut nullement.

Quelques jours plus tard, j’étais invité à prononcer une allocution au cours d’agapes réunissant 700 amateurs de bons vins de Bourgogne. Et là, ambiance inverse: ce n’était plus de la déception, c’était une hargne tournant à l’hystérie dirigée contre le même Hollande, mais cette fois accusé de mener une politique gauchistocollectiviste qui allait transformer notre pays en Union soviétique.

Etrange schizophrénie: le même qui était décrit ici en «Sarkozy bis» était décrié, là, en «clone de Mélenchon». Je dois préciser qu’ayant personnellement pris parti pour un autre que ces deux-là, bien qu’il n’eût aucune chance, et ayant commis un petit ouvrage intitulé «La catastrophe du 6 mai 2012», je me trouve particulièrement exposé à la déclinaison des deux récriminations. Très peu de Français ont voté comme moi, mais j’ai au moins la satisfaction de constater qu’ils sont innombrables, désormais, à déclarer, qu’au fond, ils auraient dû.

Comment François Hollande a-t-il pu se laisser enfermer dans cette nasse? Il a, à l’examen, commis quatre erreurs majeures.

Non seulement il a engagé la France dans une politique d’extrême rigueur, ce que son prédécesseur n’avait pas fait, quoique la gauche l’en accusait, mais, en outre, ce sera sans doute lui qui finira par couper le plus drastiquement dans les dépenses publiques. En quoi il aura raison. Sauf qu’il ne l’a pas dit; qu’il s’est fait élire en le dissimulant. Et, donc, cette orientation sera ressentie par son électorat comme une pure et simple trahison, alors même que l’électorat de droite lui fera payer au centuple le choc fiscal que cette purge induit.

Le pouvoir précédent avait laissé, pour 2013, une facture, c’est-à-dire un trou à combler, de 33 milliards d’euros. Or, Hollande a choisi de boucher cette béance en faisant appel pour deux tiers à la pression fiscale et pour un tiers aux réductions de dépenses. Le problème, c’est qu’il fallait faire exactement l’inverse, la multiplication des impôts et des taxes risquant de précipiter, en décourageant à la fois l’offre et la demande, une récession qui coûtera plus cher en manque à gagner que la rigueur ne permettra de doper de recettes.

Ce constat d’un rapport inadéquat entre recettes fiscales nouvelles et réduction des dépenses, est d’autant plus central qu’il faudra procéder à une relance économique: c’est-à-dire que l’Etat, pour réveiller une croissance en panne, devra alimenter la chaudière de la locomotive. Ce pourquoi il lui faudra dégager, par des économies supplémentaires, les sommes qu’il devra insuffler et dans la machine productive et dans le marché de la consommation.

Cet effort national exige et exigera des sacrifices, de part et d’autre. C’est-à-dire des renoncements, d’un côté à des privilèges et de l’autre à des acquis. Ce qui nécessite, si l’on veut qu’une majorité de la population accepte de participer à cet effort, qu’une claire perspective soit dessinée et qu’un objectif cohérent et mobilisateur soit défini.

Or, on ne voit rien de tel s’esquisser. Personne, aujourd’hui, n’est capable de dire, au-delà des nécessités d’assainir les comptes publics (ce qui, en soi, ne fait pas rêver), dans quelle direction le nouveau pouvoir entend mener le pays, quel «grand dessein» aurait dit De Gaulle, il lui assigne.

Faute d’être capable d’indiquer un horizon, faute d’oser proposer, à terme, un changement de système, sinon de modèle, la partie n’est pas jouable. Et la France risque de payer la double addition d’un bilan sarkozyste calamiteux et d’une politique hollandaise suicidaire.

Au mieux, dans cinq ans le pays sera sauvé. Et la gauche sera morte.

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