L'Hebdo;
2003-05-01 Cahier spécial Les 80 qui font Genève Avec cette opération à Genève, L'Hebdo entame cette semaine une série qui se poursuivra ces prochains mois dans chacun des cantons romands.
Avec cette opération à Genève, L'Hebdo entame cette semaine une série qui se poursuivra ces prochains mois dans chacun des cantons romands. Prochaine étape: Neuchâtel.
Banquiers, diplomates ou comédiens, parfois figures de la rue, parfois protagonistes de l'ombre, ils assurent chacun à leur manière la force et le dynamisme de leur région. L'Hebdo a enquêté pour identifier les femmes et les hommes qui sont à la fois l'esprit et l'énergie de la cité, les gens les plus rayonnants, les plus actifs, bref ceux qui font Genève. Un tableau étonnant, qui permet de dresser l'état de santé du canton, avec ses forces, mais aussi ses faiblesses.
Dossier réalisé par Alain Rebetez avec la collaboration de Geneviève Brunet, Florence Duarte, Agathe Duparc, Pierre-Yves Frei, Antoine Menusier, Roland Rossier, Thierry Sartoretti, Pierre-André Stauffer, Anne-Frédérique Widmann
Genève: une économie plaquée or, une politique de carton-pâte
Essai La suprématie mondiale dans des domaines comme la gestion de fortune, l'horlogerie ou la parfumerie autorise Genève à des caprices d'enfant gâtée, constate Alain Rebetez. Mais qu'importe la médiocrité d'une majorité de son personnel politique, si elle trouve la voie pour assurer l'essentiel: son aura internationale.
Une histoire de lumière
Commencez par lever le nez. Et découvrez cette étrange lumière. C'est un ami neuchâtelois depuis longtemps installé à Genève qui me l'a fait remarquer et qui dit ne plus pouvoir s'en passer: il y a dans cette ville une atmosphère unique, née de la concurrence de deux lumières. D'un côté, celle du Jura, avec sa douceur, presque sa blancheur nordique; de l'autre, la lumière alpine, méridionale, plus sonore et métallique. Bien sûr, on connaît des jours plats, sans esprit ni génie, mais parfois ces deux luminosités entrent en choc et offrent des contrastes somptueux; elles rappellent alors que Genève est l'endroit magique où le Jura et les Alpes se rejoignent. Genève trait d'union, ce que dit la géographie, l'histoire déjà l'avait relevé dès l'Antiquité. Aux premières pages de La guerre des Gaules, César résume d'un mot la ville: c'est un pont. Et il le coupe, pour servir sa stratégie!
Nous voilà donc avertis: la raison d'être de Genève, c'est l'échange. Echange commercial mais aussi commerce intellectuel, tradition diplomatique plutôt que militaire, sens de l'accueil et du refuge, des persécutés huguenots jusqu'aux capitaux convoités par le fisc... Et tout ce qui menace cette fluidité de l'échange menacerait au fond la ville elle-même.
Genève serait-elle une ville d'héritiers?
Echange, fluidité... Curieusement, la première surprise, à découvrir la liste de ceux qui «font» Genève, c'est la prédominance des héritiers. Dans la banque et la gestion privée, dans l'horlogerie, dans l'hôtellerie ou les grands magasins, Genève est une ville dynastique. Et quand une entreprise nouvelle s'installe, comme Serono, là encore c'est un héritier qui en décuple la valeur. Quant aux hommes neufs, ils sont rares, ceux qui partent de rien et bâtissent leur empire. Rares, même s'ils existent, à l'image de Frank Muller dans l'horlogerie de luxe.
Pourtant la question se pose. Y a-t-il un «danger de cristallisation», comme le craint le géographe Claude Raffestin, le risque d'une société qui se verrouillerait? La formule peut paraître absurde dans une ville qui joue traditionnellement un rôle d'aimant et continue de jouir d'une attractivité au-dessus de la moyenne. En quarante ans, la population du canton a augmenté de 60%, un record national - Vaud et Fribourg sont à 50%, Zurich à 30%, Neuchâtel à 15%... Dans une cité pareillement irriguée par une population venue de l'extérieur, où deux habitants sur cinq sont étrangers, comment expliquer cette prédominance de l'héritage?
D'abord il faut noter que les héritiers ne sont pas forcément Genevois de souche. Ils viennent souvent d'ailleurs, car Genève, ville riche, attire la fortune comme le miel les oursons. Il est frappant de constater que des pans importants de l'économie cantonale, par exemple dans le tourisme, appartiennent à des dynasties d'origine étrangère. Aujourd'hui, ce sont des familles arabes qui contrôlent et renouvellent l'hôtellerie genevoise.
Ensuite, cette prédominance de l'héritage s'explique peut-être parce que les secteurs qui font l'essentiel de la puissance économique de Genève s'appuient précisément sur le nom et la tradition. Dans la gestion privée et l'horlogerie de luxe, Genève est clairement aujourd'hui le leader mondial, un rang qu'on lui envie. Et face à la concurrence, la stratégie dynastique reste un formidable argument de vente. Trivialement exprimé, banquiers privés et horlogers disent à leur clientèle: achetez nos montres et placez votre argent chez nous, vous serez riches par-delà les générations - à notre image!
Mais les dynasties familiales ne sont pas seulement des piliers de la vie économique. Elles structurent aussi une partie de la vie culturelle par une intense activité de mécénat. L'Orchestre symphonique de la Suisse romande, la création du MAMCO (Musée d'art moderne et contemporain), la collection d'art africain de Jean-Paul Barbier-Müller ou le Musée Patek Philippe, on pourrait multiplier les exemples de leur empreinte. Et surtout, plus décisif encore, ces familles jouent un rôle de passerelle avec la Genève internationale. On a même parfois l'impression qu'elles sont les seules à s'y intéresser véritablement...
Pourquoi les Suisses minimisent-ils la Genève internationale?
Quand on arrive en train, un grand bâtiment au sigle de l'OMM arbore à l'entrée de la ville les attributs de la modernité architecturale: métal et verre fumé. C'est l'Organisation mondiale de la météorologie. Un bâtiment un brin convenu pour une agence plutôt modeste, mais qui signale le plus formidable atout de Genève: la dimension internationale.
Au niveau des organisations internationales, New York a le pouvoir politique, avec le siège principal de l'ONU, l'Assemblée générale, et surtout le Conseil de Sécurité. Genève, en revanche, a le pouvoir technocratique. Il se concentre, autour du Palais Wilson, 190 organisations internationales, gouvernementales ou non. C'est par exemple ici, à l'Organisation mondiale du commerce, que s'élaborent les règles de la mondialisation. Epouvantail pour beaucoup, il faut peut-être rappeler que l'OMC est le seul organe qui jusqu'à présent a condamné à plusieurs reprises - et soumis à ses décisions! - les Etats-Unis, au nom du droit international... C'est ici aussi que l'OIT (Organisation internationale du travail) édicte les normes sociales censées accompagner cette mondialisation. On pourrait allonger la liste, avec la santé (OMS), la propriété intellectuelle (OMPI), les télécommunications (UIT), autant aller à l'essentiel: Genève est la ville du droit international humanitaire.
Car c'est dans la cité que les bases de ce droit sont ancrées, avec les Conventions de Genève (1948), et c'est ici surtout que se concentrent trois ac- teurs de premier plan: le CICR, le Haut- Commissariat aux réfugiés et le Haut- Commissariat aux droits de l'homme. Son nouveau patron, Sergio Vieira de Mello, résume diplomatiquement l'enjeu: «Genève a un rôle particulier. Certes, la responsabilité du respect des droits de l'homme revient aussi au Conseil de sécurité, à New York, même s'il ne l'assume pas toujours. Mais s'il faut chercher une ville où les droits de l'homme et le droit international humanitaire ont un sens, c'est bien Genève.»
Il n'est pas sûr que la Suisse l'ait toujours bien compris. Il n'est pas sûr d'ailleurs que Genève en soit toujours consciente. Car si le Genevois adore se prévaloir du caractère international de sa ville, comme d'un gage de supériorité à l'égard du reste de la Suisse, il est parfois très helvétique dans ses réflexes: en 1986, le canton avait massivement refusé l'adhésion à l'ONU, et quand le GATT (ancêtre de l'OMC) menaçait de déplacer son siège à Bonn, seule une petite élite emmenée par les vieilles familles patriciennes avait su organiser le lobbying nécessaire à son maintien. Dans le reste de la population, longtemps la Genève internationale s'est résumée à l'image d'un ramassis de diplomates profiteurs, ne payant pas d'impôts, échappant aux amendes et faisant grimper le niveau des loyers...
Mais le Genevois n'est pas seul en cause. Les Suisses aussi peinent à mesurer l'importance de la place internationale et les enjeux du droit humanitaire. Savez-vous qui est le principal contributeur du CICR? Ce sont les Etats-Unis. Savez-vous qui vient ensuite? La Grande-Bretagne. La Suisse n'arrive qu'après. Il n'est pas dit que ce soit une situation toujours facile à gérer: quand le CICR, après les attentats du 11 Septembre, a critiqué les conditions de détention des prisonniers de Guantanamo, il se trouvait face à son principal bailleur de fonds, qu'il accusait d'enfreindre le droit humanitaire... De même au moment de la guerre en Irak: quand il s'agissait d'exiger de l'armée américaine l'installation de couloirs humanitaires, le CICR n'était pas vraiment le mieux placé. Jusqu'où une telle position est-elle tenable? Il y a trois ans, en marge du débat sur la Fondation suisse solidaire, le conseiller national Jean-Philippe Maitre avait proposé d'affecter massivement les revenus de l'or de la Banque nationale au CICR, pour mieux en garantir l'indépendance. Mal préparée, mal défendue, mal écoutée, l'idée avait sombré dans l'indifférence générale. C'est regrettable, et on mesure mieux aujourd'hui ce que cette proposition avait de visionnaire. Elle reste d'actualité.
D'autres mesures pourraient également renforcer la position de Genève. Au 132 de la rue de Lausanne, juste à côté du très engageant restaurant de la Perle du Lac, l'Institut universitaire de Hautes Etudes internationales (HEI) siège dans une belle demeure de maître. Il a connu des heures prestigieuses, un certain Kofi Annan y a étudié (le comité d'admission avait d'ailleurs refusé sa candidature dans un premier temps, avant qu'un professeur ne le repêche, pressentant de fortes capacités chez le jeune homme...). Est-ce le cadre émollient du parc arborisé, qui s'abaisse en pente douce jusqu'aux rives du lac, mais HEI s'est assoupi, et après une crise de succession, menace de s'enfoncer dans la médiocrité. Aux côtés de cet institut, Genève abrite une myriade de centres financés par le canton, divers départements de la Confédération ou des fondations. On y fait de la recherche, on y parfait la formation des diplomates, on y traite de développement, de négociation, de contrôle démocratique des armées, de politique de sécurité - bref, chacun se paie sa danseuse, les forces sont éparpillées et les micro-structures multipliées... Imaginons que tous ces moyens soient réunis dans un seul institut, à l'impulsion par exemple de la Confédération. Les forces intellectuelles sont là, les moyens financiers aussi, il suffit de les réunir et de définir une ambition: créer à Genève l'ENA de l'ONU. C'est là que se formeraient les cadres des Nations Unies ou des ONG, dans une école de niveau universitaire qui retrouverait ce que HEI est en train de perdre, une authentique visibilité internationale. Des gens comme Guy-Olivier Segond ou Peter Tschopp défendent cette idée, ils sont malheureusement retirés des affaires. A sa manière, le professeur Stefan Catsicas faisait de cette ambition l'axe de sa candidature au rectorat de l'Université de Genève; mais n'a pas été retenu. L'idée subsiste, elle reste d'actualité.
Berne découvre avec effroi que Genève existe
Vue de Berne ou de Zurich, peut-être aussi de Lausanne d'ailleurs, Genève a longtemps été considérée comme une ville pas très sérieuse. Une ville insolemment riche, qui se suffisait à elle-même, et qui s'offrait le luxe paradoxal de voter à gauche, avec un maire communiste. Maintenant que la plupart des grandes villes ont viré rose-vert, ce paradoxe n'en est plus un. Il restait pourtant cet éloignement géographique, ce sentiment confus, partagé des deux côtés de la Versoix, que Genève appartient plus au monde qu'à la Suisse. Ça pouvait être une force, on en a fait une faiblesse.
Quand Micheline Calmy-Rey a été élue au Conseil fédéral, succédant à une autre Genevoise, le sentiment d'un possible rapprochement a émergé. Elle a accepté avec une gourmandise mal dissimulée le département qu'on prétendait lui infliger (je me souviens qu'avant même son élection, elle laissait entendre en petit comité que les Affaires étrangères ne lui déplairaient pas). En tout cas, à sa manière brutale et velléitaire, la socialiste a fait une entrée fracassante à la tête de la diplomatie, multipliant les annonces et les actions symboliques, inscrivant le droit international et particulièrement le droit humanitaire au coeur de sa démarche. Par le fond et la forme, voilà une vraie Genevoise au Conseil fédéral! Le ver est dans le fruit, mais le fruit se défend: cent petits jours à peine après son entrée en fonction, les critiques commencent à pleuvoir. Politique du ventilateur, inefficacité, impréparation, la charge a été lancée par un éditorialiste de la NZZ, dont les liens avec Pascal Couchepin expliquent peut-être la virulence. Tout cela est de bonne guerre, mais ne devrait pas dissimuler l'enjeu profond. En premier lieu, par ses interventions, fussent-elles parfois intempestives, Micheline Calmy-Rey réveille dans la population le débat sur le rôle de la Suisse en politique étrangère. A un moment où la tonalité, dictée en bonne partie par l'UDC, est plutôt au repli, ce n'est pas anodin. En second lieu, la conseillère fédérale assigne à la Genève internationale un rôle central: la défense du rôle de l'ONU et le renforcement du droit international humanitaire. Face à une administration américaine qui tend actuellement à les affaiblir, ce sont des cartes difficiles à jouer. Mais si la Suisse ne le fait pas, c'est qu'elle admet que la Genève internationale n'est guère plus qu'un aimable cirque sans grand intérêt, tout juste bon à nous brouiller avec nos partenaires commerciaux. Rien ne serait plus faux.
Un personnel politique d'une théâtrale médiocrité
A propos de cirque, reconnaissons-le, le personnel politique genevois offre un certain savoir-faire. Le 7 février dernier, une annonce payante était publiée dans le New York Times, où la Ville de Genève faisait savoir au monde en général, mais sans doute aux Américains en particulier, qu'elle était opposée à la guerre. Pour être plus précis, elle proclamait urbi et orbi avoir voté une résolution appelant «le gouvernement suisse à mettre en oeuvre tout ce qui est en son pouvoir pour prévenir la guerre». Bellicistes de tous les pays, tremblez!
Ne reculant pas devant l'escalade, la ville placardait même une semaine plus tard une centaine d'affiches affirmant sans détour: «Genève, ville de paix. Non à la guerre!» Cette action d'éclat s'inscrivait d'ailleurs dans une tradition, puisque la ville aussi bien que le canton sont friands de ces publicités ou déclarations officielles, qui vont de la condamnation de l'OMC aux protestations de solidarité avec les peuples opprimés, quand il ne s'agit pas de déclarer Henry Kissinger persona non grata. Il arrive parfois que ces résolutions soient envoyées à Berne. Quel est leur sort? «Elles vont directement dans un classeur où ceux qui le souhaitent peuvent aller les lire», répond avec une exquise perfidie John Clerc, le secrétaire général adjoint de l'Assemblée fédérale.
La vie politique genevoise est également marquée par une très forte polarisation gauche-droite, qu'on ne retrouve nulle part en Suisse, si ce n'est à Zurich. Mais alors que les Zurichois font de cette polarisation un levier, qu'ils multiplient les réformes et souvent imposent leurs thèmes au reste de la Suisse, Genève semble épuiser toute sa créativité dans l'affrontement déclamatoire. Cela nourrit un sentiment d'immobilisme fréquemment exprimé, que ce soit en matière de logement, d'équipement, de transports publics, de développement urbain, dans les questions fiscales ou sur la réforme de la fonction publique.
Ces critiques, qui frisent le lieu commun à force d'être répétées, sont-elles pour autant justifiées? Prenons la fiscalité. Elle est très nettement de type social démocrate, douce aux bas revenus et pesante à l'égard des hauts revenus, avec une progressivité inégalée en Suisse. Cela n'empêche pas le canton de préserver jusqu'ici un potentiel fiscal largement au-dessus de la moyenne. En d'autres termes: beaucoup de riches restent à Genève, malgré la gourmandise du fisc, et la situation n'est pas aussi catastrophique que ce que clame rituellement la droite libérale. Est-ce une raison pour augmenter encore l'impôt sur les hauts revenus, comme le prévoit de manière presque caricaturale un projet inspiré par l'Alliance de gauche et qui passera en vote le 18 mai? Quand on sait que le quart des recettes (23%) sont payées déjà aujourd'hui par 0,33% de la population, on peine à suivre le raisonnement.
De même pour le développement urbain. Là encore, les positions sont idéologiquement bétonnées entre ceux qui rêvent de déclasser les terrains environnant la ville, et ceux qui s'y opposent. Résultat: la ville est ceinturée d'une campagne pratiquement intouchable, sacralisée, et tout le développement de l'habitat est rejeté au-delà des frontières cantonales, notamment en France voisine, avec des problèmes de transports publics toujours irrésolus. On externalise les problèmes et l'habitat se développe là où l'immobilisme genevois n'étend pas son pouvoir... Le paradoxe est que cette ceinture verte, due aussi bien à l'impéritie des autorités qu'aux fantasmes de croissance zéro d'une partie de la gauche, n'est pas sans évoquer les «green belts» (ceintures vertes) que d'autres cités essaient de maintenir à grands coups de volontarisme politique...
A ce stade, on peut tenter un axiome: Genève est une ville qui survit avec élégance à la médiocrité de ses autorités.
Pas croyable, Genève est un modèle pour Zurich!
Tout cela dessine-t-il un avenir? Pour le mesurer, peut-être faut-il d'abord replonger dans un passé pas si lointain. Il y a dix ans, le canton s'enfonçait dans une crise économique née de la débâcle immobilière et marquée par des déficits publics abyssaux. On sortait à peine du vote sur l'EEE, vécu comme une catastrophe et qui avait plongé Genève dans un état de défiance profonde à l'égard de la Suisse alémanique. Les esprits étaient si bas, si déprimés, que le président de l'époque de la Chambre de commerce, Ivan Pictet, lançait une campagne de publicité sur le thème «Genève gagne», un slogan aux relents de méthode Coué. Il s'agissait de redonner confiance aux Genevois dans les atouts de leur économie.
Dix ans plus tard, étrange contraste. Le contexte économique n'est pourtant pas meilleur, il est peut-être même pire, en dehors des déficits publics résorbés. Mais les Genevois ont fait l'expérience de la crise et ils ont éprouvé qu'on en ressort parfois affermi. L'aéroport de Cointrin et la débâcle de Swissair jouent à cet égard un rôle important. En 1996, quand ce que l'on appelait encore la compagnie nationale avait annoncé la suppression de ses vols intercontinentaux à partir de Genève, la ville, outragée, s'était sentie insultée dans son identité la plus profonde, celle d'une cité en lien avec le monde entier. Puis les années ont passé, l'aéroport s'est redressé grâce à l'afflux de compagnies à bas prix, et il a retrouvé un essor enviable. Pour couronner le tout, la débâcle de Swissair a inversé les situations, épargnant Genève alors qu'elle accablait Zurich. Aujourd'hui, pour beaucoup d'observateurs en Suisse, l'exemple de Cointrin peut inspirer Unique Airport: Genève est devenu un modèle.
Bien sûr il serait absurde de déduire de la bonne santé de l'aéroport une sorte de bonheur général qui irradierait la ville! La crise n'est pas vécue de manière aussi traumatique qu'il y a dix ans, mais elle pèse quand même sur les esprits, notamment dans le secteur bancaire. Il est d'autres domaines qui se demandent jusqu'à quand ils préserveront leur indépendance. Par exemple, on compte à Genève 1200 avocats, cela paraît énorme, mais c'est tout juste le nombre d'une seule grande étude américaine ou anglaise... Pour l'instant, ces géants anglo-saxons ne s'intéressent pas à la Suisse, ils se contentent de gober l'un après l'autre les grands pays européens. Et chez les grands avocats d'affaire genevois, ces gens qui tous parlent anglais à la perfection et ont séjourné à Londres, Chicago ou Berkeley, on hoche la tête et on se raccroche à l'espoir que le fédéralisme helvétique, si merveilleusement compliqué, découragera quelque temps encore l'appétit des maîtres du monde juridique...
Et si l'on découvrait un petit coin de paradis?
Quand vous sortez à l'arrière de la gare Cornavin, entre le passage des Alpes, la rue de Montbrillant et la rue des Gares, un grand îlot d'immeubles disparates, parfois neufs, parfois décrépits, aligne des façades banales. On peut passer devant des dizaines de fois sans noter que ces bâtiments recèlent un trésor. Et puis un jour, par le couloir d'une porte cochère, on aperçoit le vert rebelle d'une végétation sauvage. On s'aventure, et tout à coup c'est comme si l'on traversait le miroir, on débouche dans une gigantesque et improbable cour intérieure, ou plutôt une succession de cours, avec des jardinets, un dédale de petits commerces, et d'étranges balcons métalliques plaqués contre les façades, comme les galeries d'un théâtre à l'italienne. Et puis partout des enfants, des bribes de musique, des voisines qui se parlent, d'une terrasse à l'autre. C'est l'Ilot 13, un projet de réhabilitation de quartier qui avait remporté un concours international de jeunes architectes.
On entend souvent à Genève des gens se plaindre qu'il n'y ait pas de réalisation architecturale de prestige confiée à une star internationale genre Norman Forster ou Jean Nouvelle. Peut-être ont-ils raison et pour les consoler, je leur signale que Jean Nouvelle devrait bientôt construire le nouveau siège du groupe horloger Richemont, à Bellevue. Mais à ces nostalgiques de l'architecture de prestige, je conseille malgré tout un saut de puce du côté de l'Ilot 13. Histoire de se rappeler que Genève n'est pas seulement un des lieux les plus connus au monde, peut-être plus connu que la Suisse elle-même, que ce n'est pas seulement une ville de diplomates et de riches banquiers. Mais que c'est une ville qui vit, tout simplement.
Trivialement exprimé, banquiers privés et horlogers disent à leur clientèle: achetez nos montres et placez votre argent chez nous, vous serez riches par-delà les générations - à notre image!
CULTURE La Place Neuve, porte de la Vieille Ville.
Il faut réunir les moyens financiers et intellectuels au service d'une ambition: créer à Genève l'ENA de l'ONU. Une école qui retrouverait la visibilité internationale que HEI a perdue.
Contre la guerre, contre l'OMC, contre Kissinger, Genève adore faire la leçon au monde.
INTERNATIONAL Le palais des Nations Unies symbolise à lui seul la vocation de Genève: être un terreau fertile en matière de négociations internationales.
Aujourd'hui, pour beaucoup d'observateurs en Suisse, l'exemple de Cointrin peut inspirer Unique Airport: Genève est devenu un modèle.
éTRANGèRE Le Salève, montagne des Genevois, est en réalité sur sol français.
pont Genève est avant tout une ville d'échanges où se facilitent les liens.
La tribu des horlogers
Caroline Gruosi Scheufele
41 ans
Vice-présidente de Chopard
L'une des marques phares de l'horlogerie suisse est dirigée par une famille allemande, originaire de l'industrieuse Souabe: les Scheufele. Karl le père, Karin la mère, Karl-Friedrich le fils et Caroline la fille. En tant que vice-présidente et directrice artistique de Chopard, une maison qui occupe 1100 collaborateurs, c'est, avec Arlette Emch, du groupe Swatch, une des très rares femmes à occuper un poste de premier plan dans l'industrie horlogère suisse. Chaleureuse, créative, elle représente la Genève chic et cosmopolite.
Philippe Stern
64 ans
Président de Patek Philippe
Dernière manufacture horlogère indépendante produisant entièrement à Genève, Patek Philippe est considérée comme la Rolls de l'horlogerie. La forteresse est gardée par Philippe Stern. Cet homme d'affaires né à Genève s'est mué en industriel: il intègre l'entreprise en 1966 pour y prendre peu à peu les commandes. Avant de rejoindre cette fabrique mythique rachetée en 1932 par son grand-père Charles, il avait travaillé dans l'informatique en Allemagne et dans le commerce à New York. A ses heures perdues, il est fou de voile.
Patrick Muller
44 ans
Codirecteur de Franck Muller Watchland SA
A mi-parcours de sa vie, Franck Muller peut savourer sa réussite. En une douzaine d'années, il a imposé sa propre marque. Né à La Chaux-de-Fonds, il grandit à Genève. Se frotte à la belle mécanique des montres, les restaure, les bichonne, se fait remarquer des grands collectionneurs. Il s'installe dans la commune huppée de Genthod. C'est son fief, son Watchland: 400 personnes y travaillent. Et, lors des foires horlogères, sa soirée de gala, somptueuse, fut auréolée par la présence de Ray Charles.
En vedette
Patrick Heiniger
53 ans
Directeur général de Rolex
Quand on dirige Rolex, on n'en est pas le roi. Tout au plus le serviteur de cette marque qui pèse si lourd dans l'imaginaire des milieux horlogers. Non que le logo représente une couronne. Mais tout simplement parce que cette montre qui symbolise si bien le signe extérieur de la richesse semble se vendre toute seule. Alors, dans deux ans, lorsque Patrick Heiniger, patron de Rolex depuis une dizaine d'années, inaugurera à l'occasion du centenaire du groupe la nouvelle usine de Plan-les-Ouates, il le fera sans tapage excessif. Et de même en 2006, lorsqu'il coupera le ruban pour fêter la construction du nouveau siège des Acacias. Même si ces deux chantiers - estimés à un milliard de francs par les milieux de la construction - sont les plus importants de Genève. C'est en 1992 que ce Genevois né en Argentine accède au saint des saints. Il succède alors à son père André, qui présida lui-même aux destinées de Rolex depuis 1964, après le règne de Hans Wilsdorf, mythique fondateur de la montre. Roi? Couronne? Règne? Avec ses 3500 collaborateurs uniquement à Genève, il faut plutôt parler d'empire.
L'outsider
Carlos Dias
47 ans
PDG de Roger Dubuis SA
Il est prudent, Carlos Dias: il sait qu'on ne fait pas irruption sans chaussons dans le monde feutré de l'horlogerie. Il aurait pu appeler son entreprise «Carlos Dias SA, Genève», mais il a choisi de s'effacer au profit de son associé, l'horloger genevois Roger Dubuis. Après avoir grandi au Portugal, étudié à Paris et travaillé douze ans en Italie dans la mode, il débarque à Genève en 1992. Il se définit comme «citoyen du monde et Genevois de coeur». En une poignée d'années, il a hissé son entreprise, qui emploie 180 personnes, au rang des marques horlogères avec lesquelles on doit désormais compter.
La tribu politique
Martine Brunschwig Graf
53 ans
Conseillère d'Etat
Parmi les pas toujours sages du Conseil d'Etat, Martine Brunschwig Graf fait preuve de courage et de goût des responsabilités en quittant l'Instruction publique, où certains jugeaient la libérale un peu trop proche des fonctionnaires de ce fief socialiste. Celle qui ne goûte guère les notes doit s'attaquer aux factures. Ayant repris les Finances publiques, elle risque de connaître bien des turbulences pour cause de crise du secteur bancaire, le plus gros contribuable du canton. Mais elle rêve déjà à d'autres rivages du côté de la Berne fédérale.
Patrice Mugny
50 ans
Conseiller national
Imbibé de dialecte haut-valaisan pour avoir vécu à Brigue, on le prenait pour un réfugié hongrois à son retour à Genève en 1957. «Comédien médiocre», dit-il, cofondateur de Post tenebras rock, aujourd'hui grand amateur de musique klezner (yiddish), ancien rédacteur en chef du Courrier, il devient politicien à temps complet depuis son élection au National, en 1999, et son accession à la coprésidence des Verts suisses. Un politicien à gauche de la gauche, devenu une figure nationale. Brigue la charge de conseiller administratif.
Pierre Weiss
51 ans
Sociologue
Membre d'Amnesty International. Mais aussi du club de tennis de Soral, reculée commune agricole genevoise dont il fut adjoint au maire. Traitez-le de Pic de La Mirandole, et il vous sourira. Ce sociologue au verbe châtié se réfère tant au Siècle des Lumières qu'à la pureté du libéralisme. Député, vice-président du Parti libéral suisse, ce curieux de tout, touche-à-tout, fut également secrétaire de Swissmetro. C'est aussi un mélomane. Un érudit. Une louche d'humanisme, un faux air de Mazarin, une vie familiale dense: marié et père de trois fils sortis du cocon.
Olivier de Marcellus
60 ans
Psychologue au Département de l'instruction publique
De toutes les protestations, de toutes les contestations, de tous les coups, c'est une sorte de manifestant professionnel. Même si son salaire lui est assuré par le Département de l'instruction publique, dont il est fonctionnaire. Débarqué en Suisse
à 23 ans, il fuyait les Etats-Unis où il est né et la guerre au Vietnam où il refusait d'être expédié. Ayant flirté il y a plus de vingt ans avec les nébuleuses de la lutte armée, il coordonne aujourd'hui les opérations contre le G8.
En vedette
Micheline Calmy-Rey
57 ans
Conseillère fédérale, chef du Département des affaires étrangères
Fraîchement entrée au Conseil fédéral, elle a révolutionné la politique étrangère, affirmant sa liberté de parole au nom de ce qu'elle a appelé «la diplomatie publique». Elle clame ses intentions, explique, justifie. Pour elle, le droit humanitaire est la véritable vocation de la Suisse, encore s'agit-il de le concrétiser, ce à quoi elle s'acharne, au risque de prendre des initiatives, comme celles des conférences sur l'Irak, sans laisser à personne le soin de s'y préparer. C'est son style. Elle met chacun au pied du mur, publiquement, pour l'obliger à réagir et peut-être à se démasquer. Elle incarne l'esprit d'ouverture genevois et l'entêtement valaisan, originaire de Chermignon, mais a suivi ses classes politiques à Genève, députée, présidente de la section cantonale des Socialistes, conseillère d'Etat, elle est en train d'éclipser Christiane Brunner, même si elle reconnaît lui devoir beaucoup.
L'outsider
Pierre Maudet
25 ans
Conseiller municipal
A 15 ans, il entrait au Parlement des jeunes de la ville, à 20 il adhérait au Parti radical, à 21 il était élu au Conseil municipal (législatif) où il vient d'être reconduit, «plutôt bien», dit-il modestement. C'est le type du politicien hyperactif, dont la réputation dépasse largement le cadre genevois. «Mais au royaume des aveugles, les borgnes sont rois», comme il aime à le rappeler. Il se demande s'il ne va pas briguer un siège au National à l'automne. Il est aussi capitaine à l'armée, ce qui «est très mal vu à Genève». Persécuteur de la gauche locale, il est passionné par la politique urbaine, la sécurité. Très attaché à sa ville, il lui arrive même de citer Talleyrand pour qui il y avait «cinq continents et... Genève».
Robert Cramer
49 ans
Conseiller d'Etat, chef du Département de l'intérieur, de l'agriculture et de l'environnement
Considéré, à la différence de Patrice Mugny, comme un écologiste plutôt de droite, élu au gouvernement cantonal en 1997, ancien avocat, c'est l'homme qui est en train gentiment de révolutionner les transports publics genevois et de réaménager certains quartiers de la ville. Originaire de Zurich, il travaille dans son coin, sans trop se montrer. Le type même du politicien qui préfère l'action au discours.
Christiane Brunner
56 ans
Conseillère aux Etats et présidente du PSS
Présidente du Parti socialiste suisse, ancienne coprésidente de l'Union syndicale, candidate malheureuse au Conseil fédéral, c'est la politicienne la plus connue et la plus respectée du pays, tous cantons et sexes confondus. Même si personnellement elle a échoué à y entrer, c'est grâce à elle que Ruth Dreifuss a été élue en 1993 au Conseil fédéral, et qu'en 2002 Micheline Calmy-Rey s'est imposée devant les socialistes avant de l'emporter devant l'Assemblée fédérale. Elle a assuré, par personne interposée, une présence féminine et genevoise au gouvernement.
La tribu religieuse
Jean-Claude Basset
53 ans
Pasteur au Lignon, fondateur de la plate-forme interreligieuse
Né à Fribourg, père de trois enfants, chargé de cours à l'Université de Lausanne, où il a étudié la théologie, le pasteur Jean-Claude Basset anime la paroisse du Lignon, une banlieue avec ses barres d'immeubles et ses supermarchés. En 1993, il a créé la plate-forme interreligieuse, précieux forum où se mêlent les représentants des différentes confessions. Son épouse, Lytta Basset, également professeur de théologie à Lausanne, est une «pointure» du protestantisme reconnue internationalement. Par ses prédications et ses publications, elle touche un public nombreux sensible à son message centré sur le pardon plutôt que le péché. Il y a deux ans, dans une série consacrée aux nouveaux «maîtres spirituels», Le Monde avait retenu son nom.
Alfred Donath
71 ans
Président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI)
Né à Bâle, établi à Genève depuis 1971, Alfred Donath a succédé en mai 2000 à Rolf Bloch à la tête de la FSCI. «Avec l'affaire des fonds en déshérence, les juifs de Suisse ont certainement perdu une partie du capital de sympathie dont ils jouissaient traditionnellement. Mais ils ont aussi gagné en respect. Oui, l'antisémitisme est une composante de la société chrétienne.» Marié, père de cinq enfants, médecin, il fut le premier professeur de médecine nucléaire à la Faculté de Genève.
En vedette
Tariq Ramadan
40 ans
Professeur de philosophie et d'islamologie à l'Université de Fribourg
Il est l'un de ceux qui font le plus Genève parce qu'il est l'un des Genevois les plus connus - et reconnus - à l'étranger. Suisse, il est le petit-fils de Hassan al-Banna, qui avait fondé en Egypte, en 1928, l'organisation des Frères musulmans, considérée comme la matrice et l'ancêtre des mouvements islamistes. Son père, Saïd Ramadan, contraint à l'exil par Nasser, est venu s'installer en 1954 à Genève, où il a créé, sept ans plus tard, le Centre islamique, dans le quartier des Eaux-Vives, que dirige aujourd'hui le frère sulfureux de Tariq, Hani Ramadan. Autant Hani incarne le discours traditionnel, autant Tariq prône l'ouverture et la recherche d'un Islam compatible avec les valeurs de l'Occident. Certains voient dans le discours contrasté des deux frères une stratégie coordonnée, Tariq s'en défend. Messager de l'islam, donnant de nombreuses conférences en France, cet intellectuel brillant, marié et père de quatre enfants, est partout: sur les plateaux de télévision, dans les meetings, dans un groupe de réflexion créé par Romano Prodi. Dans les tribunaux aussi, où il poursuit en diffamation ceux qui le décrivent comme un être double, un rusé au service de l'obscurantisme. D'autres, à l'inverse, se demandent s'il n'est pas le Martin Luther de l'islam.
L'outsider
Gabriel de Montmollin
43 ans
Directeur des éditions Labor et Fides
Ce Neuchâtelois de souche aristocratique s'est installé à Genève en 1990. Depuis 1992, il y dirige les éditions Labor et Fides, dont «la notoriété, grande, est inversement proportionnelle au chiffre d'affaires, modeste», relève leur jeune patron. Un protestant à la tête d'une maison protestante fondée en 1924, cela n'a rien de très décoiffant. Sauf que cet écologiste de gauche ne croit pas en Dieu dur comme fer. «Je suis un croyant dilettante, dit-il. Le protestantisme établit un rapport individualiste à la religion et à la foi.» L'arbre généalogique de sa famille compte «un certain nombre» de pasteurs. Ancien délégué du CICR, marié, père de trois enfants, concepteur du thème «Un ange passe» à Expo.02, Gabriel de Montmollin a tout de même étudié la théologie, qui l'a intéressé «d'un coup». La «révélation» s'est produite à la lecture de La dernière tentation, de Nikos Kazantzakis, adaptée au cinéma par Martin Scorsese.
La tribu économique
Gianluigi Aponte
63 ans
PDG de MSC
(Mediterranean Shipping Company)
Cet Italien de Sorrento est propriétaire de l'une des plus importantes compagnies maritimes privées du monde. Nichée à Champel, MSC emploie localement 260 collaborateurs et est opérateur de 200 navires, dont de nombreux bateaux de croisière. Pour ses activités de fret maritime, il trouve à Genève une place idéale, comme de nombreuses sociétés qui pratiquent le négoce des matières premières. Gianluigi Aponte habite Genève depuis 1978.
Didier Maus
47 ans
Président du Groupe Manor
Issu d'une dynastie de commerçants, Didier Maus est désormais incontournable au sein d'un groupe familial dont la principale pépite sont les grands magasins Manor. Il cumule depuis février dernier les présidences de Maus Frères et de Manor Holding. Didier Maus représente la quatrième génération d'une entreprise née d'une alliance, à la fin du XIXe siècle, entre deux Maus et un Nordmann propriétaire d'une boutique au nom évocateur: Au Petit Bénéfice. Soucieux de ne pas apparaître dans les médias, Didier Maus a refusé de nous transmettre son portrait.
Thierry Barbier-Müller
43 ans
Président de la Société Privée de Gérance
Depuis plus de deux ans, Thierry Barbier-Müller dirige le premier groupe immobilier genevois (180 employés et 410 millions de francs d'états locatifs avec la régie nyonnaise Rytz). Son frère aîné, Stéphane, est associé dans une autre régie de la place: les fils du collectionneur d'art africain Jean-Paul Barbier, fondateur de la SPG, suivent sa trace sans rougir. Nouveau défi pour le dirigeant de la SPG: remplir l'immeuble de bureaux de 7000 m2 qu'il fait construire route de Chêne.
Charles Tamman
42 ans
PDG de l'Hôtel Président-Wilson
Rénové et agrandi lors de la crise des années 1990, le Président-Wilson est aujourd'hui l'un des principaux palaces de Genève. Particularité: l'établissement offre une suite aux vitres blindées. Charles Tamman aurait pu se confiner au rôle de propriétaire. Mais ce Genevois né à Khartoum et dont la famille s'est notamment enrichie grâce au commerce de peaux de reptiles a choisi de devenir hôtelier. Cet affable polyglotte y réussit très bien depuis une dizaine d'années. Il fait partie, comme Abdul Aziz al Salaiman avec l'Hôtel Intercontinental, des propriétaires arabes qui ont renouvelé l'hôtellerie genevoise.
Omar Danial
34 ans
Président du groupe hôtelier Manotel
Père syrien et mère bernoise: avec une telle parenté, Omar Danial est presque un Genevois ordinaire. Sauf que ce fonceur qui garde les pieds sur terre a pris un vrai risque d'entrepreneur: investir 50 millions de francs dans la rénovation d'un parc hôtelier regroupant six établissements (3 et 4 étoiles). La chaîne compte 600 chambres, occupe 200 collaborateurs et mise sur la clientèle d'affaires et de congrès. Par sa qualité, elle commence à porter ombrage à certains palaces cinq étoiles.
Ernesto Bertarelli
38 ans
Directeur général de Serono
Avant la victoire d'Alinghi, Ernesto Bertarelli était un capitaine d'industrie parmi d'autres. Aujourd'hui, il symbolise le capitalisme conquérant. Il surfe. Tout semble lui réussir. Avec lui, la Suisse économique reprend des couleurs et Genève une bouffée d'air frais. Riche, jeune, beau et compétent: n'en jetez plus! Cerise sur le gâteau: Serono va investir 300 millions de francs dans un nouveau complexe aux portes de Genève.
En vedette
Patrick Firmenich
43 ans
Directeur général de Firmenich
Avec l'horlogerie, la branche des parfums et arômes est la dernière industrie d'envergure qui reste à Genève. Elle est solidement représentée, par deux firmes: Givaudan et Firmenich. La première est une société publique qui a longtemps évolué dans l'orbite du groupe bâlois Roche. La seconde est une société privée propriété de la famille Firmenich. Société privée ou société secrète? Les Firmenich restent dans l'ombre. Cette stratégie n'a pas varié d'un iota avec l'arrivée au pouvoir de la quatrième génération, personnifiée par Patrick Firmenich. Une entrée tout en douceur: Patrick a succédé l'an dernier à son oncle Pierre-Yves. Cet avocat qui a complété ses études par un MBA de l'INSEAD est aussi le fils de Fred-Henri, ancien président du conseil d'administration. Une demi-douzaine d'autres membres de ce puissant clan occupent des postes au sein de ce groupe industriel employant 4300 personnes, dont 1400 à Genève. Patrick a rejoint Firmenich en 1990. Mais les douze ans qui l'ont séparé de la direction générale, il les a passés en France et aux Etats-Unis, deux marchés clés pour tout industriel de la branche.
L'outsider
Sergio Marchionne
51 ans
CEO de la SGS (Société Générale de Surveillance)
En février 2002, il prend les commandes de la SGS, seconde multinationale romande après Nestlé. Sergio Marchionne est auréolé de son précédent succès: il a remis en selle Lonza, autre fleuron de l'économie suisse. Mais il n'est pas un saint. Un mixte de fougue latine (mi-Italien) et de rigueur anglo-saxonne (mi-Canadien, de Toronto). En quelques mois, il a redressé le groupe d'une main de fer glissée dans un gant de velours. Il aime le côté international de Genève. Mais son amour pour la ville s'arrête là où commence sa feuille d'impôt: il reste domicilié à Zoug.
Mansour Ojjeh
51 ans
Homme d'affaires
Fils du marchand d'armes Akram Ojjeh - décédé en 1991 - qui s'est enrichi en se liant aux dignitaires séoudiens, Mansour Ojjeh cultive la discrétion comme d'autres leurs rosiers. Le groupe familial est actif dans l'agriculture, l'immobilier, la Formule 1 (un tiers de McLaren), mais surtout l'aviation d'affaires. Après avoir avalé Aeroleasing, une firme qui se décomposait, TAG Aviation occupe 750 personnes et se profile comme une des grosses compagnies privées du secteur. C'est bon pour Cointrin.
Jean-Pierre Jobin
62 ans
Directeur général de l'aéroport
En 1996, lorsque Swissair a lâché Cointrin, Jean-Pierre Jobin est sorti de sa réserve de haut-commis de la principale infrastructure du canton. Il a donné de la voix. Et s'est battu pour diversifier les recettes du complexe et ouvrir le Conseil à des représentants de la région. Après avoir décroché un diplôme d'ingénieur à l'EPFL, ce Jurassien de Porrentruy a débarqué à Cointrin en 1969. Trente ans plus tard, il règne sur le tarmac et fait la leçon aux Zurichois de Unique Airport.
Pierre Brunschwig
46 ans
Associé-gérant du groupe Brunschwig
Pierre Brunschwig est l'un des quatre membres de la famille à diriger
ce groupe d'enseignes et de grands magasins (Bon Génie, Grieder, etc.) occupant 660 personnes. Des membres de la famille ont été saisis par le virus de la politique - dans les rangs libéraux, of course - et de la vie associative. Pierre Brunschwig préfère se consacrer aux affaires d'une entreprise qui, fondée en 1891 à Genève par son arrière-grand-père venu d'Alsace, est désormais également présente à Berne, Lausanne et Zurich.
La tribu des banquiers
Edgar de Piccioto
73 ans
Fondateur et président du conseil d'administration de l'UBP
Ingénieur de formation, ce passionné de finance crée sa propre banque en 1969. Elle ne cessera de grandir, par croissance interne et acquisitions, jusqu'au récent rachat de la Discount Bank & Trust Company. Visionnaire, le créateur de l'UBP a réalisé en quelques décennies ce que ses voisins, les banquiers privés protestants, ont mis plusieurs générations à construire. Longtemps l'âme et la voix de sa banque, il a pourtant choisi de faire oeuvre de discrétion depuis que son fils Guy a repris la présidence de la direction générale.
Thierry Lombard
54 ans
Associé senior de Lombard Odier Darier Hentsch & Cie
Représentant de la sixième génération de sa famille dans la banque, il incarne la tradition de discrétion, mais aussi de pouvoir, des lignées fondatrices. Il a rejoint très jeune la banque Lombard Odier et est devenu associé dix ans plus tard. L'établissement né du mariage avec Darier Hentsch ambitionne de rester un acteur significatif dans la gestion de fortune. Parmi les autres associés, Patrick Odier est particulièrement actif sur le front de la formation; tandis que Jacques Rossier s'emploie à faciliter l'union des deux cultures.
Benoît Genecand
39 ans
Directeur, responsable Région Genève UBS
Dans la ville des banquiers privés, peut-être faut-il rappeler que l'établissement qui gère la masse de fortune la plus considérable au monde, c'est l'UBS. Son patron à Genève est Benoît Genecand, qui avoue être devenu banquier par hasard: «J'ai essayé d'être journaliste. A 24 ans, j'avais un enfant, je devais travailler et l'UBS embauchait.» Quinze ans plus tard, il dirige 500 collaborateurs et s'est découvert une passion pour le management. On notera que ceux qui gèrent le Private Banking de l'UBS à Genève - Michel Adjagé, Dieter Kiefer et Jean-Pierre Beausoleil - rendent leurs comptes directement à Zurich.
En vedette
Charles Pictet
58 ans
Associé senior de Pictet & Cie
Le vrai patron de la banque Pictet, l'homme fort du collège des neuf associés, c'est lui. Responsable de la gestion des portefeuilles tant privés qu'institutionnels, il est également en charge des finances, des ressources humaines et du contrôle des risques. Aussi puissant que discret, puisque la communication de l'établissement est confiée à un autre associé, Jacques de Saussure, un troisième, Ivan Pictet, présidant la Fondation Genève Place Financière.
Diplômé de la Hochschule de Saint-Gall, Charles Pictet est le banquier privé genevois le plus influent outre-Sarine: il est membre du comité de l'Association suisse des banquiers, vice-président de l'Association des banquiers privés suisses et vice-président d'economiesuisse. Autant d'occasions de défendre les «conditions cadres» vitales pour le Private Banking.
Pictet & Cie, qui fêtera son bicentenaire en 2005, a licencié une trentaine
de collaborateurs cette année.
Le plus discrètement possible, par souci de préserver son image. Une image dont chaque associé est comptable, s'employant à convaincre les clients que tout est fait pour améliorer la performance des portefeuilles.
L'outsider
Eric Syz
45 ans
Associé fondateur et CEO de la Banque Syz & Cie
Barcelone, Salzbourg, Milan, et récemment Zurich, la Banque Syz & Cie poursuit son expansion: après sept ans d'existence, elle avoue «5,5 milliards de francs» sous gestion. Pour créer une banque à 38 ans, il faut plus que de l'ambition: une vision. La certitude que la pure gestion privée a un avenir, pour autant qu'elle le fonde sur la performance offerte aux clients. Une performance qui doit beaucoup aux produits alternatifs. Si le succès est vraiment au rendez-vous, Eric Syz se verrait bien à terme en discret mécène d'activités culturelles.
Peter F. Braunwalder
52 ans
CEO de HSBC Republic Bank (Suisse) SA
Le groupe HSBC Republic Bank n'a pas ouvert une succursale à Genève par hasard. Comme d'autres grandes banques étrangères, il considère que c'est là, et pas ailleurs, que se trouve la capitale de la gestion de fortune. Peter F. Braunwalder dirige donc d'ici l'entité internationale de Private Banking de son groupe, après vingt ans de carrière à l'UBS qui l'ont mené de Zurich à Londres, en passant par Tokyo. De quoi acquérir une décontraction anglo-saxonne mâtinée d'une forte conscience des atouts suisses en matière de gestion de fortune. Il expose avec jubilation son objectif: «Proposer les services du Private Banking à 0,5 ou 0,1% des 27 millions de clients de HSBC dans le monde.»
La tribu juridique
Bernard Bertossa
61 ans
Ancien procureur général de Genève
En douze ans passés à la tête du ministère public (1990-2002), Bernard Bertossa aura été l'un des magistrats socialistes les plus populaires et les plus décriés de Genève. Pionnier de l'entraide judiciaire internationale, il fait de la lutte contre la criminalité économique sa priorité. Il est ainsi l'âme de l'Appel de Genève, signé en 1996 par six de ses collègues étrangers. L'ancien procureur reste actif dans la promotion de la justice internationale. Il est candidat au Tribunal pénal fédéral qui ouvrira ses portes en avril 2004. Son héritage est bien mollement défendu par son successeur au poste de procureur général, Daniel Zappelli.
Mauro Poggia
44 ans
Avocat, ancien président de l'Association suisse des assurés (ASSUAS)
En 1986, il remportait son premier procès pour la défense d'un Genevois victime d'une erreur médicale à l'hôpital cantonal. Depuis, Mauro Poggia, Piémontais d'origine, s'est imposé comme le grand manitou du droit médical et le défenseur des assurés. Au sein de l'ASSUAS, qu'il présidait jusqu'à la mi-avril, il a ouvert le débat sur la hausse constante des cotisations maladie. «Beaucoup de combats partent de Genève», estime celui qui annoncera bientôt la création d'une association de défense des victimes de la médecine. C'est un peu l'avocat des faibles face aux puissants.
Charles Poncet
56 ans
Avocat
Frère cadet de Dominique, «Carlo» est une figure incontournable de la Genève politique et médiatique. Membre du Parti libéral, ancien député du Parlement genevois et du Conseil national, il est connu pour son bagout et ses coups de gueule. Grand défenseur de la liberté de parole, ce fin connaisseur du système juridique anglo-saxon intervient régulièrement dans les médias. Comme un Dominique Warluzel, il aime apparaître à la télévision (lui, c'est au Fond de la corbeille), quand il ne participe pas à une pièce de théâtre, ou n'ouvre le Salon du livre par un discours invariablement emporté et désopilant.
en vedette
Dominique Poncet
73 ans
Avocat, professeur de droit à Genève jusqu'en 1997
«Notre père à tous», disent en privé les principaux ténors du barreau genevois. Dominique Poncet peut se targuer - même si en parfait gentleman, il affiche une grande modestie - d'avoir formé ce que Genève compte de plus brillant en matière judiciaire. De Bernard Bertossa, ancien procureur général qui fut son «excellent élève» à la Faculté de droit et son adversaire en de nombreuses affaires - «il me manque», dit-il aujourd'hui - à l'avocat Dominique Warluzel, son stagiaire le plus doué. C'est à 14 ans que le jeune Dominique, fuyant les bombardements sur Milan, s'installe à Genève. Avocat dès 1951, il reprend en 1961 l'étude que son père avait créée quarante ans auparavant. «Le goût de la défense, c'est cela qui a fait de moi un avocat», aime répéter celui qui est quasiment l'auteur du Code de procédure pénale genevois de 1978, texte faisant la part belle aux droits de la défense. Le grand pénaliste aurait rêvé de défendre Dreyfus. Ses clients les plus célèbres s'appellent Licio Gelli, le maître de la loge secrète italienne P2, le dictateur nigérian Sani Abacha, ou encore Pavel Borodine, gardien des secrets financiers du clan Eltsine.
L'outsider
Laurent Beausoleil
36 ans
Directeur de la prison de Champ-Dollon
Ce Genevois de souche affiche un parcours atypique. D'abord employé de commerce en gestion chez Lombard Odier, il entre en 1990 - après un séjour d'un an en Amérique du Sud - à l'Institut d'Etudes sociales. Puis, travailleur social à Champ-Dollon, il gravit les échelons, jusqu'à sa nomination en 2001 à la tête d'une des plus grandes prisons préventives d'Europe. «Mon souci premier est de faire de ce lieu une référence, où l'humain est au centre et le respect continu. Dans la tradition d'ouverture de Genève, on se le doit absolument», explique-t-il.
Andrea von Planta
48 ans
Avocat d'affaires
Issu d'une grande famille bâloise, ce spécialiste des fusions et acquisitions est l'un des dirigeants de Lenz&Staehelin, la plus importante étude d'avocats d'affaires en Suisse (60 à Genève, dont 18 associés, et 70 à Zurich, dont 17 associés) dont la clientèle est largement étrangère. En 1983, von Planta entre à l'antenne genevoise pour parfaire son français. Et y reste: «La ville m'a plu. Comme Bâle, elle est à la frontière, et a sa propre histoire.» Il oeuvre aujourd'hui pour que Genève résiste à «l'hégémonie zurichoise» en matière de droit des affaires.
Philippe Ducor
42 ans
Avocat spécialisé
Genevois de souche et médecin de formation, il a travaillé au quartier cellulaire de l'hôpital, réservé aux détenus. Y a-t-il contracté le virus du droit? Quoi qu'il en soit, il reprend les études, à mi-temps, soutient une thèse à Stanford et, au retour, passe son brevet. Aujourd'hui chez BMG Avocats, il est l'un des rares spécialistes dans le droit du vivant - qu'il enseigne à l'Université - et la propriété intellectuelle. Nombreuses sont les start-up biotechnologiques à recourir à ses conseils experts, essentiels pour transformer la science de base en entreprise commerciale.
La tribu des chercheurs
Amos Bairoch
45 ans
Professeur de bio-informatique
Genevois depuis 1973, quand son historien de père s'établit dans la Cité de Calvin, Amos Bairoch choisit la biochimie parce que, en 1977, la sonde Viking permet d'espérer la découverte d'une vie extraterrestre. L'espoir est retombé depuis, mais Amos Bairoch se passionne toujours pour la chimie du vivant. Combinant cet intérêt à celui pour les ordinateurs, il a donné naissance à la bioinformatique. Il est ainsi le fondateur de Swiss-Prot, une base de données unique au monde sur les protéines et leurs fonctions. Il a aussi participé à la création de deux entreprises, Geneprot et Genebio.
Michel Mayor
60 ans
Professeur d'astrophysique
Depuis sa maison de Trélex (VD), il discerne cette Genève où il se rend jour après jour pour assumer sa tâche de directeur de l'Observatoire de Sauverny. Connu, avec Didier Queloz, pour avoir découvert en 1995 la première planète extrasolaire autour de l'étoile 51 Peg, Michel Mayor est souvent vu comme un sérieux candidat au Nobel de physique. Depuis cette première découverte, son équipe en a accumulé beaucoup d'autres, une soixantaine environ. Grâce à un nouvel instrument installé au Chili, la prochaine moisson s'annonce plus riche encore.
Luc Thévenoz
43 ans
Professeur de droit
Luc Thévenoz est un vrai Genevois de Genève: il y a étudié, passé son brevet d'avocat, a fait l'indispensable séjour américain (Berkeley) et y enseigne aujourd'hui comme professeur d'université. Spécialiste du droit des contrats, de la fiducie et des trusts ainsi que du droit financier, il siège à la Commission fédérale des banques et dirige le Centre d'études juridiques européennes de Genève. En 1997, il est choisi pour siéger au Tribunal arbitral pour les comptes en déshérence. Fort de cette expérience, il préside aujourd'hui la commission chargée d'un projet de loi fédérale sur les avoirs non réclamés. Il représente le versant juridique de l'expertise bancaire genevoise.
En vedette
Denis Duboule
48 ans
Professeur de biologie
En 1979, il a commencé sa carrière de chercheur de façon mouvementée. Après avoir mis en cause - avec raison, selon les experts - son patron de l'époque dans une affaire de fraude scientifique, le jeune biologiste s'est éloigné de Genève pour la France et l'Allemagne avant d'y revenir dix ans plus tard. Denis Duboule est aujourd'hui le directeur du Département de zoologie et de biologie animale de la Faculté des sciences de l'Université de Genève. Nostalgique du parc des Bastions, où il passait ses entre-cours, il s'impose, avec son équipe, comme une autorité mondiale dans le domaine des gènes architectes, qui, comme l'indique leur nom, organisent et structurent tous les êtres vivants. Son laboratoire, qui est le seul à mener cette recherche sur un mammifère, la souris, abrite aussi le siège du magazine international Development, un must dans cette spécialité. Denis Duboule est également le patron d'un centre d'excellence national, Frontiers in Genetics, doté de 50 millions de francs sur dix ans. «La Suisse nous offre des conditions de recherche extraordinaires. Quant à Genève, nous sommes clairement héritiers de sa grande tradition naturaliste et de biologie moléculaire.»
L'outsider
Nicolas Gisin
50 ans
Professeur de physique
Né à Genève, il l'a quittée quelques années pour ses études et une première expérience professionnelle aux Etats-Unis. Physicien théoricien, il a travaillé dans les télécoms. Novateur, il a décidé de marier communications et physique quantique dans l'espoir notamment de livrer un système cryptographique inviolable. Son Groupe de physique appliquée de l'Université de Genève a été sacré numéro un mondial de la spécialité par les Américains du prestigieux Massachussets Institute of Technology. Il participe également à un pôle d'excellence suisse consacré à cette question.
La tribu internationale
Supachai Panitchpakdi
56 ans
Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC)
Né à Bangkok, à Genève depuis septembre 2002. Il a été banquier, puis vice-ministre thaïlandais des Finances, ministre du Commerce et enfin vice-premier ministre. En septembre, il a pris les rênes de l'OMC pour trois ans. Porte-voix des pays émergents, il souhaite accroître leur participation au système mondial du commerce.
Jean Ziegler
69 ans
Rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation
Ecrivain, sociologue, professeur à la retraite, spécialement chargé de mission par les Nations Unies pour soulager les maux alimentaires de la planète, il fut aussi conseiller national, de l'espèce la plus batailleuse, socialiste, de l'espèce la plus intransigeante. Toute sa vie, il s'est déplacé à travers le monde, a écrit des livres, bataillé, milité, polémiqué, ameuté les médias, occupé les tribunaux, dénoncé l'injustice, accusé les puissants... Il reste le Genevois vivant le plus connu à l'étranger.
Elias Attia
75 ans
Secrétaire général de la Chambre arabo-suisse de commerce et d'industrie
A la tête de la Chambre arabo-suisse de commerce et d'industrie depuis 1974, date de sa création, Elias Attia peut se prévaloir d'avoir tissé l'un des plus importants réseaux de relations avec les pays arabes. Au point de tutoyer certains chefs d'Etat qu'il invite régulièrement à Genève. Installé en Suisse depuis 1961, ce petit homme discret, ancien journaliste, né au Caire, est ainsi l'un des points de passage obligés pour qui veut faire des affaires au Moyen-Orient. Son association compte 400 membres, dont les mastodontes helvétiques de l'industrie et de la banque.
En vedette
Sergio Vieira de Mello
55 ans
Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme
Né au Brésil, Sergio Vieira de Mello découvre pour la première fois Genève en 1966. En chemin vers Fribourg, où il s'en va étudier «parce qu'au Brésil il passe plus de temps à se battre avec la police» qu'à potasser ses livres. C'est à Genève qu'il entre au HCR en 1969. Année charnière qui marque le début d'une vie «mouvementée et turbulente» au service de l'ONU: Bangladesh, Soudan, Chypre, Mozambique, Pérou et région des Grands Lacs. Sergio Vieira de Mello installe l'administration de l'ONU au Kosovo avant de guider le Timor-Oriental vers l'indépendance. Genève, où il vivra plus de dix ans, devient «le port d'attache», synonyme de «retour à la quiétude et à la stabilité».
Docteur en philosophie, polyglotte (6 langues), ce diplomate brillant a succédé à Mary Robinson l'an dernier. Ce n'est pas le moindre de ses défis, à l'heure de la guerre contre le terrorisme. «Je suis convaincu que l'érosion des droits de l'homme et de certains aspects du droit humanitaire ne correspond qu'à un cycle. Qui aurait pu imaginer le 11 Septembre?» A Genève, Sergio Vieira de Mello fera entendre sa voix. Avant, sans doute, de repartir. Pour mieux revenir.
L'outsider
Pierre Krähenbühl
37 ans
Directeur des opérations du CICR
Né à Genève, il a vécu dans le monde entier. L'an dernier, il est devenu le plus jeune membre de la nouvelle direction du CICR, une équipe qui parle plus haut et plus clair qu'avant, tant à l'interne que vis-à-vis de l'extérieur. Les principes du CICR (neutralité, impartialité et indépendance)? «Ils sont des moyens d'en faire davantage.» L'ancrage dans Genève? Une promesse d'ouverture. «Quel serait le sens d'une identité genevoise qui ne déboucherait pas sur une action généreuse dans le monde?» Brillant, Pierre Krähenbühl a été le conseiller personnel du président Jakob Kellenberger.
Klaus Schwab
65 ans
Fondateur et président du World Economic Forum
Après l'obtention de deux doctorats - en mécanique et économie - il devient professeur d'université à 34 ans. Et développe une idée qu'il est facile de qualifier de géniale a posteriori: créer des liens entre les dirigeants de l'économie et de la politique. Trente ans plus tard, le Forum de Davos est un passage obligé dans l'agenda des grands de ce monde. Et une vitrine pour Genève, dont les conseillers d'Etat, banquiers et autres entrepreneurs sont nombreux à rallier la station grisonne à cette occasion.
Guy Mettan
46 ans
Directeur du Club suisse de la presse
C'est un de ces nombreux Valaisans «descendus» faire leurs études à Genève et qui y sont restés. Il est devenu une figure de la ville, puisqu'il a assumé la rédaction en chef de la Tribune de Genève entre 1992 et 1998, avant d'«être démissionné» pour désaccord avec l'éditeur, Edipresse. Depuis, Guy Mettan s'est imposé comme un des personnages de la scène internationale: à la tête du Club suisse de la presse, où gravitent une centaine de journalistes étrangers et des représentants des ONG, il fait valoir ses talents de passeur - trait d'union apprécié entre la Genève internationale et la Genève des Suisses. Homme de réseau et de contacts, Guy Mettan attire chaque année plusieurs chefs d'Etat au Club de la presse, de Castro à Couchepin, en passant par des figures moins combatives, comme le dalaï-lama...
Paul Polman
46 ans
Président de Procter & Gamble pour l'Europe de l'Ouest
Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de grandes compagnies américaines se sont installées à Genève. Elles y appréciaient ce mélange de vie internationale, discrétion, neutralité, services et infrastructures performants. Avec plus de 1400 employés, Procter & Gamble, le fabricant de Pampers, y est la plus importante. Le Néerlandais Paul Polman représente ces dirigeants qui sautent d'un avion à l'autre mais savent nouer d'utiles liens avec la cité.
La tribu culturelle
Metin Arditi
57 ans
Président de l'OSR et de la société d'investissements immobiliers Arditi Financière S.A.
La beauté peut naître de la laideur comme l'art ne saurait survivre sans argent. Si l'OSR retrouve un jour l'éclat de son passé légendaire, il le devra à son président mécène, également constructeur du centre commercial d'Etrembières, de l'autre côté de la frontière, où résonne la symphonie dominicale des tiroirs-caisses. On doit à cette bonne fortune venue d'Ankara en 1972 et estimée, selon Bilan , entre 200 et 300 millions, une fondation très active dans l'encouragement de la culture et des arts.
Anne Bisang
41 ans
Directrice de La Comédie, metteuse en scène
En 1999, on a su qu'elle ne reprenait pas La Comédie pour faire du plus officiel des théâtres un lieu où ronronne l'establishment. Un parallèle - modéré par un budget plus modeste et un bâtiment qu'il faut rénover ou installer ailleurs - peut être tiré avec le Schauspielhaus du Zurichois Marthaler: au coeur de la cité, cette scène résonne de tous les débats politiques et sociaux. Son parti pris fait grincer certains, connaît parfois des ratés, mais jamais n'indiffère un public rajeuni.
Philippe Albèra
51 ans
Fondateur et directeur artistique de Contrechamps
En 1976, lorsqu'il se lance dans l'aventure Contrechamps, il trouve sa ville frileuse. Quel succès pourtant: cycles de concerts populaires, création d'un orchestre et du festival Archipel, tournées de par le monde, publications... Son rêve de faire connaître la musique contemporaine de Holliger à Gubaïdulina s'est réalisé. Genève lui attribue ce mois un prix prestigieux, estimant «qu'il a composé le paysage musical de sa ville». Et craint encore les colères de ce passionné à l'intransigeance légendaire.
Olivier Kaeser Jean-Paul Felley
39 ans et 37 ans
Co-dirigent l'espace d'art Attitudes
A eux deux, Olivier Kaeser et Jean-Paul Felley tiennent les rênes d'Attitudes, un espace d'arts contemporains plus fureteur et souple que l'officiel Mamco. Organisant expositions et événements en ses murs comme à Budapest, Madrid ou Strasbourg, ce duo prône la transversalité et nombre de leurs artistes portent plusieurs casquettes: plasticiens, cinéastes, graphistes ou musiciens.
Polar
30 ans
Musicien, programmateur
On le sait ancien champion de course, mais il mène sa carrière musicale avec le calme d'un marcheur. Il est l'auteur de trois albums remarqués (dernier en date, «Somatic») et d'un projet troublant pour Expo.02. Alors que nombre de Genevois boudaient l'événement, il y joua avec Die Regierung, orchestre à la Tom Waits de musiciens handicapés du Toggenburg. Lorsque Dr Polar rejoint les coulisses, Mister Eric Linder reprend le dessus et donne le ton musical du festival de la Bâtie, le must de la rentrée culturelle.
Marlyse Pietri
63 ans
Editrice
On lui doit Bouvier ou Walser, Maienberg ou Lovay... plus de 300 titres publiés depuis 1975 dans son réduit de Carouge et une force peu commune, désespérée parfois, pour faire triompher le verbe suisse ou se battre dans la cour des grands éditeurs en publiant des traductions d'auteurs anglo-saxons. En grec, Zoé signifie la vie. Genevoise depuis 1967, cette enthousiaste que les mots touchent au coeur consacre la sienne à la littérature.
En vedette
Sylvie Fleury
41 ans
Plasticienne
Son personnage est né avant l'artiste. Reine de nuit, à la tête d'un ministère extravagant, pilotant sa Camaro 68 rouge dans les parties locales (depuis elle roule Buick, mais garde le même millésime, celui de Born to be wild), transformant son appartement en cabinet d'infirmière vampire, épousant un héritier Guinness, tenant galerie à Heidelberg ou assistant un artiste. Jusqu'à ce jour de 1990 où elle remplace au pied levé un absent et expose, dans un trait d'improvisation malicieux, ses sacs de shopping chic entre les oeuvre d'Olivier Mosset et de John Armleder. L'artiste était née. Le personnage n'a pas disparu. Incarnation de tous les détournements ou de toutes les futilités de l'art contemporain, c'est selon. Son inspiration a vogué des boutiques aux garages (à dragsters comme à fusées) et la start-up est devenue star pop. Ses premières oeuvres se voulaient des mausolées aux années 80, les suivantes l'expression de la futilité des années 90. En 2003, entre Los Angeles et l'Autriche, elle capte un air du temps plus macho et inquiétant.
L'outsider
Omar Porras
40 ans
Metteur en scène et directeur du Théâtre Malandro
A Genève, le théâtre qui s'exporte et attire les foules roule volontiers les «r». Rodrigo Garcia, Oskar Gomez Mata, Omar Porras, son frère Fredy. De Madrid, du Pays basque et de Bogota, ceux-là font la pluie et le beau temps d'une scène à la vivacité peu commune dans la cité. C'est hélas une litanie, Malandro, la troupe d'Omar, cherche toujours un endroit fixe où préparer les tournées mondiales de son théâtre musical avec plus de sérénité. Le metteur en scène, à Genève depuis 1990, revient au texte suisse. Son Histoire du Soldat roulera-t-elle les «r» comme on roule du tambour de guerre?
Roger Pfund
59 ans
Designer
Ce Bernois vit à Genève depuis trente ans. Il se définit comme Carougeois: il en a le bagout. Roger Pfund est un bon vivant: une bouteille de Saint-Joseph trône sur une de ses étagères où s'empilent les livres d'art et de graphisme, comme pour lui rappeler que sa mère était Française. Créateur de la dernière série de billets de la Banque de France, il a - parmi mille autres choses - conçu et réalisé le nouveau passeport suisse. Malgré la radinerie des vieux Genevois, qui l'horripile, il se sent bien entre Arve et Rhône, où il achève un livre retraçant l'aventure Alinghi.
Andrea Bassi
39 ans
Architecte
On peut être né au pays de Mario Botta, avoir reçu ses premiers salaires d'architecte dans la patrie de Herzog&de Meuron et pratiquer une architecture qui se construit libre de l'influence des grandes références helvétiques. Découvert avec ses villas construites tant au Tessin que dans la banlieue genevoise, Andrea Bassi est passé avec un même bonheur créatif à des volumes plus importants. ainsi l'école de la Maladière (NE) ou la facade de la banque Pictet à Genève. Etabli à Genève depuis 1994, fera-t-il école dans cette Suisse romande aux styles aussi éclatés qu'éclectiques?
Zep
36 ans
Auteur de bandes dessinées
Le magazine Lire
lui a consacré récemment sa couverture. Un hommage à la qualité et à la drôlerie de ses célèbres aventures de Titeuf, le môme à la houpette? Plutôt l'analyse d'un phénomène éditorial tiré à 14 millions d'exemplaires. Il fait désormais la loi dans les préaux tout en restant une valeur sûre chez les parents. Et l'arbre Zep ne cache pas cette forêt qu'est la BD genevoise: de la librairie Papiers Gras aux auteurs Wazem, Frederik Peeters, Nadia Raviscioni ou encore Tom Tirabosco et Reumann.
La tribu people
Olivier Ducret
34 ans
DJ, responsable du magasin et label techno Mental Groove
Si la Genève techno danse peu (le samedi soir chez Weetamix, le club du pionnier Dimitri, à l'Usine parfois), elle se révèle une pépinière d'artistes célébrés de Barcelone à Berlin. C'est un peu sa faute à lui, l'ambassadeur, le passeur, le producteur aussi, faussement tranquille, qui vient de fêter la sortie de la deuxième compilation Hosomaki Mix, livre régulièrement des vinyles recherchés et contribue d'élégante manière aux succès des Miss Kittin', Luciano et autres Waterlilly ou DJ Sid.
Jean-Michel Novelle
40 ans
Viticulteur et vigneron
Récemment, lors d'une dégustation de cabernet, il agaçait ses pairs en plaidant une fois encore pour une pleine maturité des raisins. Depuis 1984, et sa reprise du domaine paternel du Grand Clos, à Satigny, il n'a de cesse de faire progresser par son exemple une viticulture genevoise naguère souvent médiocre. Un prix GaultMillau de «vigneron de l'année» en 1994 fut une première consécration. Des vins à la rare richesse et complexité que l'on s'arrache en sont une autre.
Isabelle Nordmann
44 ans
Cheffe d'entreprise
Son éclat de rire fait vibrer l'air de son antre mystérieux, After the Rain, un centre de bien-être (elle préfère dire «spa urbain») que cette Genevoise a créé au coeur de la cité. Cette héritière de la famille Nordmann a passé une dizaine d'années aux Etats-Unis. A Denver, Colorado. Formations multiples: finance, commerce de détail, pub, programmation informatique. «Je suis une matheuse.» Ça aide lorsqu'on dirige une entreprise regroupant une trentaine de personnes.
En vedette
Philippe Chevrier
42 ans
Cuisinier
Avec deux étoiles au Michelin et un 19/20 dans le GaultMillau, il aurait de quoi pavoiser. Mais il se garde de tout snobisme, reçoit toujours aussi chaleureusement ses hôtes qui veulent humer les casseroles au milieu de sa cuisine. Questionné sur son cuisinier préféré, cet ancien élève de Girardet cite sa mère. Là réside peut-être le secret de sa cuisine d'une exquise finesse tout en gardant le plaisir du produit, bon, simple et honnête. Au-delà des questions budgétaires (la haute gastronomie, c'est énormément d'investissements pour peu de revenus), cela explique aussi sa passion des bistrots. Le maître du Domaine de Châteauvieux en compte désormais deux où il place ses cuisiniers. Son café de Peney est une brasserie campagnarde de rêve (ah, les joues de cochon confites!) alors que le Vallon, à Conches, fraîchement repris, conserve une carte dédiée à la roborative cuisine lyonnaise. Autant que le domaine, ces deux établissements symbolisent le goût d'un canton qui compte une rare densité de tables gourmandes.
L'outsider
Katharina Sand
32 ans
Propriétaire et gérante de SEPTIÈME ÉTAGE
Lorsque le magazine ELLE recommande une adresse européenne pour trouver les sacs Nuala, c'est sa boutique qui est mentionnée. Idem dans Wallpaper ou Blush: la fine fleur des designers new-yorkais et suisses; c'est elle qui les représente depuis trois ans, rue du Perron. Katharina Sand, grande fille pétulante et pétillante, élevée entre Rome, Munich et Nairobi, a introduit «Genève» dans le dico de la mode. Le samedi à la fermeture, lorsqu'elle sort le basset Samy pour sa pause-pipi, des hordes de Japonais font encore des heures sup' pour s'acheter un de ses vêtements Marc Jacobs, Tracy Reese ou Habitual.
Marianne Bruchez
34 ans
Coordonnatrice de l'association Dialogai
Grâce à son courage, passa en ville de Sion une gay pride qui secoua moult conservatismes et préjugés. Cette naturopathe valaisanne que rien ne prédisposait à pareille célébrité (avec son lot d'adhésions et de rejets) aurait pu se retirer avec la satisfaction du devoir accompli. Fêtant ses 20 ans dans un climat de crise financière et identitaire, l'association Dialogai l'a happée à Genève en 2002. Elle se fait fort de rapprocher les sensibilités pas toujours en accord des divers milieux et associations homosexuels.
Noël Constant
63 ans
Educateur de rue
Son patronyme pourrait être un programme. S'il est dur de croire au Père Noël lorsque l'on n'a même pas un toit, on peut en revanche se fier à cet infatigable adversaire de la misère et de l'exclusion sociale. Depuis 1986, pour les quelque 200 à 300 SDF que compte Genève, La Coulou est une crèche et son fondateur un Abbé Pierre débarqué de Mâcon en 1964. Quand bien même ce modeste récuse la comparaison: s'il fait aussi la quête, il ne récite jamais de bréviaire.
Enzo Lo Bue
35 ans
Directeur de la radio One FM
Le matin, entre six et neuf, sur One FM, il est Enzo dans «Enzo et les filles». Les studios de la radio privée sont à Genève. A la direction: Enzo Lo Bue, Sicilien d'origine, Suisse de nationalité, célibataire, pas d'enfant, qui a tout animé dans sa vie: mariages, défilés de mode, soirées d'entreprises, soldes... En 1996, avec des amis, il fonde la station dédiée à la variété. Aujourd'hui, elle est numéro «1» dans le canton, derrière la RSR, mais devant toutes les privées, genevoises et étrangères. «Je suis un patron cool mais très exigeant, affirme-t-il. Avec moi-même comme avec mes 22 collaborateurs.»
La tribu sportive
Marc Rosset
33 ans
Joueur de tennis
Pour les Suisses, il est un Genevois typique, râleur, gueulard. Et pour les étrangers, il est tout sauf un Helvète discret, poli et discipliné. En 1996, Marc Rosset, domicilié à Monaco, se casse le poignet de rage. En 1990, il défait le numéro 1, Mats Wilander, en finale du tournoi de Lyon et, en 1992, remporte l'or aux J.O. de Barcelone. A son palmarès, 15 tournois prestigieux remportés. Son meilleur classement: 9e en 1995. Devenu capitaine de l'équipe suisse de Coupe Davis, il a pris sa raquette pour battre la paire de double française en mars. Une renaissance? Pas vraiment. Les succès en simple n'ont pas suivi. Ce fils de banquier n'a toujours pas trouvé la paix.
Christian Lüscher
39 ans
Avocat, député libéral au Grand Conseil, président du FC Servette
Il se surnomme lui-même «Monsieur 1000%» -
soit 100% de son temps donné à son étude, 100% à la députation, 500% à sa famille et 300% au Servette, sa dernière passion. «On était à une demi-heure de la faillite quand j'ai repris le club. Il était impensable que ce patrimoine genevois disparaisse.» Christian Lüscher est un fan de longue date. D'abord gamin aux Charmilles, puis comme président du Club des 100. Il plaide pour un Servette redimensionné, estimant qu'«il faut reconstruire modestement pour regagner nos galons».
La tribu médiatique
Pascal Décaillet
44 ans
Journaliste à la Radio Suisse Romande
C'est un gamin de Genève originaire de Salvan, l'un des plus beaux villages valaisans. Il travaille à la radio, il a une réputation de réac', non parce qu'il affiche une sympathie pour le Parti radical, mais parce qu'il cite Péguy, Barrès, de Gaulle... Il adore la France, mais parle allemand - l'Allemagne, son autre passion. Pascal Décaillet, marié, père de deux enfants, anime l'émission Forum, la semaine. Avec lui au micro, on a l'impression que la Suisse est un Etat. Il est le Genevois de la Première, une grande gueule qui, un jour, a débarqué à «Radio Lausanne», comme on ne l'appelle plus, sauf pour s'en moquer.
Pierre-Marcel Favre
59 ans
Editeur
Il a ce côté «copains d'abord, copains toujours», routard, malin. Directeur éponyme des éditions sises à Lausanne, Pierre-Marcel Favre est presque une insulte à Genève, car c'est lui, un Vaudois, qui a créé la plus grande manifestation culturelle de la ville: le Salon du livre et de la presse. Et ça marche: 120000 visiteurs l'an passé, avec une question, combien en restera-t-il dans un an si le salon concurrent de Bâle a du succès? PMF, comme on l'appelle aussi, est un passionné, un sanguin, pilote d'avion chevronné, entrepreneur incorrigible, qui ne tient pas les Etats-Unis dans son coeur, mais, précise-t-il, pas anti-G8 pour autant.
Patrick Chappatte
36 ans
Dessinateur de presse
Il a une cote d'enfer. Ses dessins paraissent dans de grands journaux réputés pour leur sérieux mais pas bégueules: la NZZ am Sonntag et Le Temps en Suisse, l'International Herald Tribune à l'échelon européen. Né à Karachi, au Pakistan, d'un père jurassien membre de la Fédération horlogère et d'une mère libanaise, Patrick Chappatte, marié, deux enfants, a davantage les traits du gamin de Beyrouth que ceux du gosse de Courrendlin. Il habite depuis 1973 à Genève. Journaliste, il a travaillé pour la défunte Suisse avant de se faire un nom avec des dessins dénonçant volontiers l'injustice, teintés d'une vision du monde zieglérienne.
en vedette
Éric Hoesli
45 ans
Directeur du Temps
Le Temps est-il genevois? Oui? Alors Eric Hoesli l'est aussi, car Genève, dit-il, est la capitale des Romands. Que ceux-ci le veuillent ou non. Né à Morges, le patron du «quotidien de référence» a ses racines du côté de Sainte-Croix l'ouvrière. Marié, père de deux enfants, résidant à Lausanne, il avoue deux passions au moins: son métier et sa famille. Dans les années 70, il est militant tiers-mondiste après avoir été membre de la Jeunesse communiste. Il est resté universaliste. Russophone, donc russophile, il aime les grands espaces, le froid, la camaraderie. A table, au chaud, il apprécie la vodka mais goûte peu le vin. Il est entré à L'Hebdo en 1983 après une rencontre en Chine avec Jacques Pilet. Il a gravi tous les échelons du journalisme, couvert le renversement de Gorbatchev par Eltsine, obtenu le prix Dumur pour un reportage en Russie. Eric Hoesli aime le pouvoir, le commandement, sans doute, comme beaucoup, pour ne pas avoir à le subir. Il déjeune avec des conseillers fédéraux mais aussi avec les banquiers genevois actionnaires du Temps. Jusqu'ici, il a gardé leur confiance, comme il avait celle de son ami David de Pury, ancien président du conseil d'administration du journal, mort en 2000.
L'outsider
Gilles Marchand
41 ans
Directeur de la Télévision Suisse Romande
«La politique me passionne mais ne doit pas guider mon activité», dit l'homme le plus exposé du paysage audiovisuel romand, le plus puissant aussi. Gilles Marchand, c'est 1200 employés et une tour dominant l'Arve. Depuis qu'il a réparti entre trois personnes la succession de Raymond Vouillamoz, directeur des programmes et autrefois patron occulte de la TSR, Gilles Marchand a renforcé sa position et s'est attribué le pouvoir ultime de trancher. Malgré ça, il n'a pas le ton du patron mais celui du consultant qui dit au patron comment faire. Du nez, des idées, et le souci d'un «produit» qui reste leader...
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