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Les 50 qui font le Jura et le Jura bernois

Mis en ligne le 28.10.2004 à 00:00

Après Genève, Neuchâtel et Vaud «L'Hebdo» poursuit sa tournée des cantons romands et des personnalités qui les font. Prochaine étape: le Valais

L'Hebdo; 2004-10-28

Les 50 qui font le Jura et le Jura bernois

Après Genève, Neuchâtel et Vaud «L'Hebdo» poursuit sa tournée des cantons romands et des personnalités qui les font.

Prochaine étape: le Valais

Quel avenir reste-t-il pour une région périphérique comme le Jura et le Jura bernois, quand les grandes agglomérations réclament pour elles-mêmes tout le potentiel de développement et que la Confédération songe à abandonner sa politique régionale? N'y a-t-il que la perspective de se transformer en une Floride où se retireraient les retraités du pays? «L'Hebdo» est allé parcourir cette région fascinante, dont on oublie un peu vite qu'elle est deux fois plus industrielle et exportatrice que la moyenne nationale.

Un dossier réalisé par Alain Rebetez avec la collaboration de Paul Ackermann, Geneviève Brunet, Jean-Philippe Buchs, Sabine Pirolt, Roland Rossier et Pierre-André Stauffer Cahier spécial L'Hebdo 28 octobre 2004 La nouvelle question jurassienne: comment survivre en périphérie?

Essai La région est verte, certe. Est-elle pour autant rurale? Au-delà des crises économiques, politiques et linguistiques, le Jura et le Jura bernois définissent une nouvelle identité. Incluant Bâle.

Quand d'ennemis, les Bâlois deviennent attirants

Le quartier s'appelait En-haut-le-creux, c'était une petite maison à la sortie du village du Noirmont, en direction de la Seigne-aux-Femmes. Des fenêtres de la cuisine, on pouvait surveiller la route qui conduisait aux pâturages. Ma grand-mère ne s'en privait pas, détaillant malgré son affairement les allées et venues des voisins, comme une chronique quotidienne qui scandait la journée - «M. Chapatte va au travail... Mme Martinoli revient des courses, elle n'est pas en avance aujourd'hui...» Parfois, il y avait un événement: un groupe de cavaliers passait devant la maison, sous la conduite d'un éleveur.

Alors ma grand-mère s'interrompait, elle regardait, et dans un hochement de tête qui en disait long elle lâchait: «Tiens, voilà des Bâlois qui se promènent.» C'était tout, mais j'avais compris que le Bâlois n'était que modérément apprécié. Peut-être parce qu'il faisait du cheval plutôt que de travailler ou préparer les repas, peut-être parce qu'il achetait de vieilles fermes pour les transformer en résidences secondaires, peut-être simplement parce qu'il parlait suisse allemand. C'était le milieu des années 60, la question jurassienne enflammait les passions.

Quarante ans plus tard, il est à nouveau beaucoup question des Bâlois dans le Jura. Mais tout a changé. Pour ce canton qui fête son 25e anniversaire, la métropole rhénane, avec son bassin de 650 000 habitants et son industrie biotech

à haute valeur ajoutée, donne un formidable espoir, celui d'échapper à la fatalité périphérique, de doper son dynamisme, de se concevoir une nouvelle géographie du développement. Le gouvernement jurassien ne cesse depuis deux ans de détailler les charmes de l'eldorado bâlois, et cela tombe bien, car dans quelques semaines, le nouvel horaire CFF mettra la ville à seulement 29 minutes de Delémont.

La question jurassienne? Tous les interlocuteurs vous le diront: elle n'est plus au centre des préoccupations. Ce qui touche les gens, c'est l'économie, leur avenir immédiat. Pas très original. On est tenté de conclure au désenchantement, à la perte des illusions, mais Jean-François Roth, ministre de l'Economie et président du gouvernement, balaie l'argument d'un geste charmant: «Certains disent que nous sommes devenus comme les autres, eh bien, non: nous sommes simplement devenus mûrs pour collaborer avec les autres.»

A Saint-Imier, patrons et ouvriers se partagent la place

Sautons la frontière cantonale. A Saint-Imier, dans le Jura bernois, il pleuvine ce jour-là. Au centre de la ville, sur la place du Marché, deux monuments accrochent l'oeil. Le premier est un peu perdu au milieu du parking, c'est une petite colonnade érigée en 1907 et qui supporte les bustes d'Ernest Francillon (1834-1900) et de Pierre Jolissaint (1830-1896). Le monument ne le précise pas, comme si c'était une évidence, mais le premier fut le fondateur de l'entreprise Longines, tandis que le second, enfant pauvre de Réclère, devint avocat et dirigea la création des réseaux ferroviaires jurassiens.

Le deuxième monument est à l'autre bout de la place, c'est une borne touristique fraîchement construite qui détaille en trois langues le «Temps des ouvrières et des ouvriers». On y évoque les crises économiques, les grèves, les conflits sociaux, la condition des femmes et des ouvriers. Puis il y a cette citation d'un théoricien russe de l'anarchie, Kropotkine, qui séjourna dans la région en 1872: «Les principes égalitaires que je rencontrais dans les montagnes du Jura, l'indépendance de pensée et de langage que je voyais se développer chez les ouvriers, tout cela exerçait sur mes sentiments une influence de plus en plus forte; et quand je quittai ces montagnes, mes opinions sur le socialisme étaient fixées. J'étais anarchiste.»

Patrons et ouvriers se partagent ainsi équitablement la place.

Ce qui frappe, en dehors de cette cohabitation de monuments antagonistes qu'on a peine à imaginer ailleurs, c'est la permanence des problèmes: la création de nouvelles entreprises, la lutte pour des voies de communication rapides restent aujourd'hui les deux enjeux principaux de la région jurassienne. Et l'affirmation d'une gauche syndicale, puissante, ombrageuse, qui tire à elle le spectre politique, en est une autre marque.

Périphérique et rural, les mots à bannir

Curieusement, si la «région jurassienne» paraît bien définie, la représentation que l'on s'en fait divise les esprits. Lorsqu'il a été nommé délégué culturel du canton du Jura, l'an dernier, Jean-Marc Voisard a intégré un groupe chargé de définir la nouvelle image de marque de la région. «Ce qui est apparu clairement, c'est qu'on voulait à tout prix casser l'image rurale et périphérique du canton.» Le résultat fut un slogan - Le Jura, si vaste, si proche - et des panneaux d'exposition pour la promotion économique qui privilégient les photographies de bâtiments high-tech ou de l'autoroute, dans une vue très urbaine de la région. «J'ai un peu l'impression qu'on prétend nier notre première richesse. Le canton est vert, reconnaissons-le.»

Est-il pour autant rural? Neuf pour cent de la population vit de l'agriculture, soit le double de la moyenne suisse. Mais c'est surtout un canton industriel, avec 45% de la population active dans le secteur secondaire, une proportion qui grimpe à plus de 50% dans le Jura bernois, alors que la moyenne nationale n'est que de 25%. Cette région rurale est donc avant tout industrielle, et elle exporte l'essentiel de sa production. Beaucoup de PME, spécialisées dans la microtechnique, l'usinage de pièces et l'outillage. «La force de la région, c'est qu'on sait faire très précis, et très petit», résume le responsable de la promotion économique de Bienne, Seeland et du Jura bernois, Jean-Philippe Devaux.

Le problème est qu'il s'agit d'une industrie de sous-traitance, qui dégage une faible plus-value. «Quand vous dirigez une entreprise de 30 personnes et que vous travaillez pour Bosch ou Siemens, vous êtes à la merci de vos clients, il y a une pression énorme sur les marges. Tout le problème est de faire monter ces entreprises en gamme, pour passer de la sous-traitance à la co-traitance, en développant des pièces plus complexes ou des ensembles plus élaborés.»

Aussi évident soit-il, ce caractère industriel et exportateur peine à être reconnu. Le maire de Moutier, Maxime Zuber, se rappelle un plan directeur du canton de Berne, il y a trois ans, qui affectait le Jura bernois en zone rurale. «Quel tollé! Nous réduire à cela alors que nous sommes le fleuron industriel du canton», s'indigne-t-il avec cette emphase qui lui est si particulière. Plus mesuré, Jean-Philippe Devaux adresse le même reproche à la Confédération: «Elle a de la peine à comprendre que nous soyons périphériques mais pas ruraux. Nous sommes une région très exportatrice, et à ce titre, nous contribuons au bien-être de la Suisse sans que le reste du pays s'en rende vraiment compte. Il faut quand même savoir que les secteurs actifs dans le service à Berne, Genève ou Zurich se porteraient un peu moins bien sans nous.»

Périphérique, le mot est lâché. Il a souvent le don d'exaspérer. «Tous les jours que Dieu fait, on doit rappeler qu'on existe et à la fin on passe pour des ringards.» (Maxime Zuber) «Je n'aime pas cette attitude de geindre et se plaindre. Ce terme de région périphérique, cela finit par tomber sur les mentalités.» (Jean-François Roth) Alors on évoque la proximité de Bâle, de Belfort et Montbéliard, et pour faire bonne mesure, on rajoute La Chaux-de-Fonds ou Bienne.

On essaie de se persuader que la région est digne du slogan - Le Jura, si proche... Mais cela ne suffit pas à cacher la réalité. Quand on considère l'arc jurassien, de la vallée de Joux à Porrentruy, qui forme ce que l'économiste Denis Maillat, de l'Université de Neuchâtel, appelle un «système territorial de production», basé sur la montre et les microtechniques, il est évident que le Jura et le Jura bernois se retrouvent plutôt à la marge, confrontés à la frontière politique avec la France et la frontière linguistique avec Bâle. En plus, même si les réseaux autoroutier et ferroviaire comblent leur retard, ils resteront des axes secondaires. La région du Jura et du Jura bernois est bel et bien périphérique. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle soit perdue.

Il y a eu la résolution 44, puis la décision 15 et maintenant la 18

Au numéro 12 de la rue de l'Hôtel-de- Ville, à Moutier, une plaque de cuivre annonce le secrétariat de l'Assemblée interjurassienne, l'AIJ comme on dit là-bas. Il est de bon ton de s'en moquer. Tout ce qui s'y passe est si lent, si compliqué, si institutionnel. L'AIJ est née d'un accord tripartite, passé le 25 mars 1994 entre le canton de Berne, le Jura et la Confédération pour «instituer le dialogue» et «régler politiquement le conflit jurassien». Deux délégations siègent, l'une du Jura bernois et l'autre du Jura, des tonnes de papier s'y impriment, des trésors de diplomatie s'y déploient, et parfois des coups de force s'y jouent, exceptionnellement une avancée décisive. C'est un peu l'ONU de la région.

Personne ou à peu près n'a entendu parler du dernier coup de force, décidé le 28 juin dernier. C'est normal, sa discrétion est à la mesure de son ambition. Il s'agit de la décision 18, prise en application de la résolution 44 et de la décision 15, qui lance une étude sur «l'éventualité d'une entité à six districts». Entendez une «entité» qui concernerait les trois districts du Jura et les trois districts du Jura bernois. Ce qui sortira de cette étude, personne ne le sait, mais l'idée même de la lancer, avec l'accord des deux cantons concernés, aurait semblé totalement impossible il y a seulement trois ou quatre ans.

La microtechnique, nouveau drapeau de la région

Mais oublions la question jurassienne, laissons-la procéder à son train de sénateur. Le nouveau secrétaire général de l'AIJ, Michel de Perrot, physicien EPF et diplômé en relations internationales, est un personnage intrigant qui a collaboré plusieurs années avec Denis de Rougemont. C'est peut-être pour cette raison qu'il a une approche moins crispée de la notion de périphérie: «C'est vrai que nous sommes à la frontière, mais il faut y voir une force. Les zones périphériques auront un rôle à jouer, et peut-être un rôle moteur en Europe.»

Pour la région jurassienne, ce rôle moteur qu'il préconise porte désormais un nom: c'est l'«Arc des microtechniques». Ce projet englobe le Nord vaudois, Neuchâtel, le Jura et le Jura bernois. Il suppose un acte politique fort: la décentralisation à Neuchâtel de la formation et de la recherche des Ecoles polytechniques en matière de microtechnique. Cela complèterait l'institut spécialisé de l'Université et le CSEM (Centre suisse d'électronique et de microtechnique), pour créer à Neuchâtel un pôle de niveau international. Avec les HES d'Yverdon, du Locle, de Saint-Imier et de Porrentruy, cela permettrait d'irriguer en innovation les PME de la région et de renforcer leur maillage.

Bref, voilà qui rassemblerait l'ensemble de l'arc jurassien et mettrait la Confédération en demeure de le soutenir sur un axe très concret de développement. Le projet a été présenté mercredi 20 octobre, si les milieux universitaires, économiques et politiques en saisissent l'importance, il y a là un formidable atout à jouer.

De manière significative, le projet Arc des microtechniques prévoit une alliance de la région jurassienne alors qu'aujourd'hui, les stratégies de promotion économique conduisent plutôt à l'éclatement de cette région: Neuchâtel collabore avec l'arc lémanique; le Jura se tourne en direction de Bâle; et le Jura bernois en est réduit à se replier sur Bienne. Au fond, chacun a tendance à tourner le dos aux autres. Peu avant l'été par exemple, quand une centaine d'industriels bâlois et jurassiens se sont rencontrés lors d'un séminaire à Glovelier, aucun représentant du Jura bernois n'a été invité. «Je ne l'ai su qu'après coup, regrette Jean-Philippe Devaux. Mais je suis sûr que de nombreuses entreprises de notre région auraient aussi été intéressées.»

Quand un gouvernement demande aux citoyens d'aller manifester

Pourtant, tout le monde a une conscience aiguë des problèmes de masse critique, on ne cesse d'évoquer l'étroitesse de la région. «Nous sommes un petit canton de 70 000 habitants, avec une tendance démographique qui n'est pas à la hausse et un revenu cantonal qui n'est pas plus brillant», note Pierre-Alain Gentil, maire de Delémont et conseiller aux Etats. En effet cette année, la courbe des naissances et celle des décès se sont inversées et le revenu du Jura, comme celui du Valais, est l'un des trois plus bas du pays. «Avec ses 50 000 habi- tants, le Jura bernois est condamné à rechercher des espaces plus grands», renchérit Maxime Zuber. C'est ce constat démographique qui avait motivé le projet Jura Pays Ouvert, rejeté par le peuple en mai dernier. Par quoi le remplacer? Où trouver un élan mobilisateur?

L'Arc des microtechniques pourrait apporter une réponse, mais les acteurs régionaux n'en ont pas encore pris conscience. Alors on se mobilise sur des thèmes plus faciles à appréhender. La Transjurane (A16) par exemple. Les mesures d'économie de la Confédération menacent de retarder l'achèvement de cette autoroute jusqu'en 2018, laissant un trou entre Tavannes et Delémont. Une manifestation se déroulera à Berne le samedi 6 novembre, et le gouvernement jurassien a même adressé un tout-ménage à la population pour l'inviter à se déplacer en masse grâce à des cars mis à disposition.

De même, les projets de la Confédération en matière de politique régionale suscitent les plus vives craintes. L'idée est d'abandonner tout simplement l'aide aux investissements dans les régions de montagne (LIM) ainsi que le soutien à la reconversion industrielle des régions frappées par le chômage (arrêté Bonny). Les cantons seraient censés prendre le relais, grâce aux moyens offerts par la nouvelle péréquation financière.Le problème est que le Jura et le Jura bernois utilisaient largement ces instruments et qu'ils craignent de perdre au change. «Ce ne sera plus une politique régionale, elle n'en aura que le nom. En réalité, ce projet vise à renforcer plus encore les grands pôles économiques, sous le prétexte que plus ils seront forts, plus cela profitera aux autres régions», s'indigne avec une nuance de lassitude le conseiller national Pierre Kohler. Il sait que les milieux de l'économie privilégient cette politique de dynamisation des grandes villes. Xavier Comtesse, représentant romand d'Avenir Suisse, avait même suggéré de faire de la région jurassienne la Floride des retraités du pays. Une proposition d'autant plus provoquante qu'elle vient d'un enfant du pays, d'un petit gars de Saint-Imier...

Le professeur Denis Maillat, qui a participé comme expert aux travaux préparatoires sur la nouvelle politique régionale, partage ces craintes: «Avec ce projet, la Confédération se décharge sur les cantons du problème des développements régionaux, elle joue les Ponce Pilate. Je constate que les régions industrielles d'exportation sont très peu protégées en Suisse, alors que le secteur de la finance bénéficie du secret bancaire ou que la Pharma jouit d'une protection du prix des médicaments. Si des régions d'exportation comme le Jura souffrent actuellement, ce n'est pas dû à un manque de dynamisme ou une incapacité à innover, c'est dû aux cycles économiques mondiaux.» Denis Maillat préconise un maintien de l'arrêté Bonny, réajusté dans le sens d'une politique d'innovation: «Je peux comprendre qu'on abandonne les rabais fiscaux, mais il faut garder l'instrument des garanties sur les investissements.»

L'avenir, c'est les dinosaures ou la provocation?

Heureusement, il y a aussi des mobilisations plus positives. Grâce au chantier de l'A16, l'Ajoie s'est découvert une passion immodérée pour les dinosaures. C'est qu'on a mis au jour, à Courtedoux, plus de 2000 empreintes vieilles de 150 millions d'années, qui constituent un ensemble unique au monde. Elisabeth Baume-Schneider, ministre en charge de l'Education, en parle avec enthousiasme. «Nous avons là un patrimoine exceptionnel qui mérite un projet de grande envergure, quelque chose de plus ambitieux qu'un simple musée.» Ne manquant pas d'appétit, elle évoque aussi avec des airs gourmands le projet de centre d'expression artistique envisagé avec le Jura bernois. «Nous n'avons pas le monopole des beaux paysages. Pour distinguer notre région, il faut voir ce qu'elle peut offrir en terme d'offre culturelle mais aussi d'accueil des artistes.» Jean-Marc Voisard pose l'enjeu de manière plus brutale. Il estime que le canton du Jura s'est essoufflé culturellement ces vingt dernières années en vivant trop longtemps sur le même patrimoine - «alors que dans le Jura bernois, il y avait davantage de créativité».

Il espère un frémissement. «Je ne sais pas pourquoi, mais je constate que certains artistes reviennent au pays. Nous devons absolument leur donner des perspectives, sinon ils repartiront. Or il est essentiel que le Jura retrouve ce lieu de provocation que constitue la création artistique.»

L'attitude est une question d'altitude

La fenêtre du bureau de Michel de Perrot était ouverte, il «faisait cru», comme on dit là-haut. On parlait du Jura, de l'arc jurassien, des Jurassiens. C'était un de ces moments où les évidences retrouvent une forme d'originalité. «L'arc jurassien, c'est aussi une altitude, les 1000 mètres. C'est une façon de sentir l'air, plus piquant, plus tonique. Ca s'exprime peut-être dans le caractère des gens. Ils ont quelque chose de réveillé.» |

Il est de bon ton de se moquer de l'AIJ. Tout ce qui s'y passe est si lent, si compliqué.

Les promotions économiques de la région ont tendance à se tourner le dos

«Les régions industrielles d'exportation sont très peu protégées en Suisse, contrairement aux banques ou à la Pharma.» Denis Maillat, économiste

tribu politique Pierre Kohler

40 ans

Conseiller national

Allez savoir pourquoi, il ne fait pas sérieux. «A l'école secondaire, quand j'ai dit que je voulais faire l'Ecole de commerce, tout le monde a ri. Mais je l'ai faite. De même pour la matu, ou mes études de droit. Je fais rire, mais je réussis quand même.» Cela n'empêche pas cet ancien ministre PDC de l'équipement d'être très populaire et d'avoir fait une entrée honorable au Conseil national. Sa nouvelle marotte, c'est la Chine, il en est tombé amoureux, y retourne fréquemment, a créé une entreprise, Gao Le, pour y lancer un magazine de montres.

Mario Annoni

50 ans

Conseiller d'Etat

bernois, directeur de l'Instruction publique

Avocat-notaire de formation, puis préfet de La Neuveville et juge du Tribunal de district, il est entré au gouvernement bernois en 1990. Radical et francophone d'origine italienne, il a toujours été la bête noire des autonomistes jurassiens, qui ne lui ont jamais pardonné son intelligence et sa popularité. Tout imprégné, comme il le dit lui-même, de «la mentalité industrieuse de sa région», Mario Annoni a été de ceux qui ont aidé Berne à se rêver comme un véritable canton bilingue, capable de se présenter comme tel à l'ensemble du pays.

Maxime Zuber

41 ans

Mathématicien et maire de Moutier

Il y a deux personnages chez Maxime Zuber. D'abord le maire de la ville de Moutier, efficace, apprécié, convainquant, qui se bat pour des projets concrets, entretient d'excellents contacts avec tous les milieux, et pose à l'occasion des questions qui ne manquent pas de sel, comme lorsqu'il compara les attitudes de la Confédération f ace aux débâcles de Swissair et de Tornos. Et puis il y a le combattant autonomiste, plus cauteleux et insaisissable. Depuis le refus de sa ville de rejoindre le Jura, en décembre 1998, ce deuxième personnage est heureusement plus discret.

La cheffe de file Elisabeth Baume-Schneider

39 ans

Ministre jurassienne de l'Education

Elle aura 40 ans à Noël. Malgré sa jeunesse, la ministre est en passe de devenir l'une des personnalités socialistes les plus populaires du canton. Elle incarne la nouvelle génération, qui peu à peu s'affirme vis-à-vis des anciens patrons du parti, les Jean-Claude Rennwald ou Pierre-Alain Gentil. L'an passé, elle s'était distinguée en prenant ses distances avec le plan d'économie du gouvernement, alors qu'elle était censée défendre une augmentation du temps de travail des enseignants. Cette année, elle se retrouve dans le rôle inverse: c'est elle qui incarne la position gouvernementale et qui mène les négociations avec les syndicats. Pour l'instant, les choses sont difficiles, la fonction publique demeure intraitable... ce que «regrette vivement» Madame la ministre. Le fait est qu'elle joue dans ces négociations ses galons de femme d'Etat, elle qui jusqu'alors était plutôt une idéaliste forgée dans la contestation. Assistante sociale, élue ministre à sa plus grande surprise en 2002, elle avait contracté le virus de la politique en se battant contre un projet de terrain de golf dans son village des Bois. Aujourd'hui, le terrain de golf s'est construit et elle cherche à infléchir les camarades syndicalistes grâce à sa sensibilité humaine et à son nouveau sens des responsabilités.

Gilles Froidevaux

33 ans

Chef du groupe

socialiste au Parlement jurassien

Le 28 novembre prochain, le jeune et ambitieux socialiste Gilles Froidevaux succèdera probablement à son camarade Pierre-Alain Gentil à la mairie de Delémont. Son nom s'impose comme une évidence, surtout depuis que le démocrate-chrétien Pierre Kohler a renoncé à se présenter. Juste après avoir fait échouer devant le peuple le projet Jura Pays Ouvert, Gilles Froidevaux avait triomphé en relevant que «rien ne peut plus se faire dans le canton sans le soutien de la gauche». Et à gauche, rien sans lui?

Germaine Monnerat

47 ans

Présidente de la commission parlementaire de la justice du Jura

Cette députée PDC défend deux grands groupes sous-représentés dans la politique jurassienne: les femmes et les paysans. Elle avait été pressentie sur le «ticket-femme» du PDC pour le Conseil des Etats, et même si finalement on lui en avait préféré une autre, elle avait eu cette ferme déclaration: «Les femmes ne sont plus d'accord de jouer les pots de fleurs sur les listes du PDC aux chambres fédérales». Membre du comité de l'initiative «Un seul Jura», voilà une paysanne au tableau de chasse chargé.

Stéphane Boillat

39 ans

Maire de Saint-Imier

Née de la fusion du PDC avec Unité jurassienne, l'Alliance jurassienne (AJU), autonomiste, est devenue le plus grand parti de la ville de Saint-Imier, dans le Jura bernois. Sa grande fierté, c'est Stéphane Boillat, élu maire depuis 1998. Il incarne une nouvelle génération politique, qui refuse d'agiter le spectre de la réunification et qui, pragmatiquement, exerce son autonomie à son niveau de décision. Et quel meilleur niveau que celui d'une ville pour influencer le destin de ce petit coin de pays? Cet avocat définit la politique comme une activité «créative». Profitant de finances saines, il innove.

Michel de perrot

56 ans

Secrétaire général de l'Assemblée interjurassienne (AIJ)

Secrétaire général de l'Assemblée interjurassienne, c'est un poste à la fois stratégique et tout en humilités, où l'on peut peser, mais sans s'imposer. Michel de Perrot a le profil pour cela. Physicien et diplômé en relations internationales, longtemps collaborateur de Denis de Rougemont, cet ancien animateur du Club 44 pense bien et dispose d'un solide réseau.

tribu diaspora Xavier Comtesse

55 ans

Directeur romand d'Avenir Suisse

Né à Saint-Imier, il a le parcours typique des cerveaux jurassiens. Ayant étudié à l'extérieur, aspiré par le dynamisme de la région lémanique, il n'imagine pas revenir dans sa région et en devient même un agitateur intraitable lorsqu'il propose au Jura de se transformer en EMS national. Ce mathématicien, docteur en informatique, a créé le consulat scientifique de Suisse à Boston. Pas étonnant dès lors que les questions de formation soient son cheval de bataille, même si son rôle au sein d'Avenir Suisse, la machine à penser de l'économie, est bien plus large.

Le chef de file Charles Kleiber

62 ans

Secrétaire d'Etat à la Science et à la Recherche

Architecte de formation, fils, petit-fils et arrière-petit-fils d'architecte, ce docteur en économie de la santé (depuis l'âge de 47 ans) est l'un des hauts fonctionnaires les plus influents de l'administration fédérale. Il se dit volontiers «fâché contre l'immobilisme suisse». Avant de devenir le patron de la recherche sous Ruth Dreifuss (imposé par Jean-Pascal Delamuraz avait-on dit) et de réformer profondément le système universitaire, il a dirigé les hôpitaux vaudois et enseigné à Genève. Aujourd'hui, il doit travailler avec les déclarations fracassantes de son nouveau patron, Pascal Couchepin, pour rendre la recherche nationale le plus dynamique possible. Plus grand-chose à faire avec la région jurassienne donc. C'est pourtant un Prévôtois exilé. Il a effectivement grandi à Moutier, né d'un père du cru et d'une mère canadienne, avant de quitter la ville pour le lycée de Bienne. Il garde un excellent souvenir de son enfance avec ses huit frères et soeurs, autour d'une table où il a découvert «la socialisation de l'apprentissage». À quand le retour au pays de l'enfant prodigue? Peut-être dans trois ans, pour une retraite paisible et méritée...

tribu économique Walter von Känel

43 ans

Président de Longines

Walter von Känel peut remercier sa femme Yvette: alors qu'elle était téléphoniste chez Longines et lui fonctionnaire civil aux douanes helvétiques, elle lui signala un poste vacant. Nous sommes en 1969. Depuis, cet homme originaire de Renan n'a plus quitté la célèbre marque du Swatch Group située à Saint-Imier. Solide manager, amateur de marathon et de ski de fond, c'est l'une des personnalités les plus respectées du Jura bernois. Des plus influentes aussi: comme président de la délégation bernoise de l'Assemblée interjurassienne, il dirige l'étude sur une entité à six districts.

Rolf Bloch

74 ans

Président des chocolats Camille Bloch

A côté du géant Nestlé, du titan Lindt & Sprüngli, et des chocolats Migros, une poignée d'irréductibles indépendants résistent, dont Camille Bloch, à Courtelary, fondé en 1929 par le père de Rolf Bloch. Aujourd'hui, ses deux fils ont pris le relais. «Notre société est atypique», résume Rolf Bloch. Il ne l'est pas moins: en 1997, alors qu'il présidait la Fédération des communautés israélites, le Conseil fédéral l'avait nommé à la présidence du Fonds spécial en faveur des victimes de la Shoah. Pour l'en remercier, Joseph Deiss vient de participer au jubilé de la société.

Georges Humard

39 ans

CEO de Humard Automation

Avec son frère cadet Raphaël, Georges Humard se lance dans l'aventure à 30 ans. Nous sommes en 1995: en pleine crise, les deux anciens apprentis de Tornos-Bechler, le géant industriel de Moutier, créent Humard Automation SA. Aujourd'hui, leur entreprise est décrite comme l'une des PME dynamiques de Delémont, avec une trentaine de collaborateurs. Produire des presses hydrauliques et des systèmes de palette, c'est pas drôle tous les jours, alors les Humard ont fait venir la chanteuse Jenifer pour inaugurer il y a deux ans un nouveau bâtiment.

Le chef de file Nicolas Hayek

76 ans

Président du conseil du Swatch Group

Sans lui, la Suisse romande et l'arc jurassien en particulier aurait sans doute perdu son principal secteur industriel. En ayant immédiatement perçu le potentiel de la Swatch en 1983, et en la hissant au rang de marque planétaire, Nicolas Hayek a contribué à sauver l'horlogerie suisse, menacée par l'arrivée massive des montres à quartz asiatiques. Bienne est l'épicentre d'un groupe employant 20 000 collaborateurs et maintenant 160 centres de production. Malgré les vents violents des délocalisations, il estime que la Suisse a encore un avenir industriel si le pays parvient à garder un coup d'avance dans l'innovation. Nicolas Hayek reste le grand patron qui sait le mieux secouer le cocotier lorsqu'il juge qu'une décision politique ou monétaire menace l'industrie. C'est l'archétype de l'entrepreneur: rapide à saisir une nouvelle affaire, gestionnaire attentif (il se compare volontiers à l'Oncle Picsou), apte à définir une stratégie claire (exemple: choix de la «verticalisation»), bourré d'intuition. Il a toujours bien humé le marché: après la Swatch, il a bien su positionner il y a quelques années le groupe dans le segment du luxe.

Manuel Jurot

44 ans

Directeur de Laser Jura

Nichée à Rossemaison, près de Delémont, Laser Jura n'est encore qu'une micro-entreprise. Quatre employés y travaillent. «Je suis compris dans l'effectif», précise Manuel Jurot. Ce Jurassien développe des techniques laser dans le domaine de la soudure thermoplastique. Son canton est décentralisé? S'il faut bouger pour aller trouver les clients, il le fait... Neuf sur dix sont situés en dehors du Jura, dans le médical, l'horlogerie, l'électronique ou l'automobile.

Jean-Bernard Vauclair

58 ans

Directeur du site de Boncourt de British American Tobacco

Père de quatre enfants, ce passionné de VTT, de tir et de ski a consacré toute sa vie à l'industrie du tabac. Titulaire d'un diplôme d'ingénieur obtenu à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, Jean-Bernard Vauclair commence sa carrière professionnelle en 1971 chez Burrus à Boncourt. Une entreprise qu'il n'a jamais voulu quitter, malgré son rachat par Rothmans puis la fusion avec British American Tobacco. Depuis 1996, il dirige la célèbre fabrique jurassienne de cigarettes. Elle emploie 430 collaborateurs.

Francis Koller

56 ans

Président du SIAMS

On ne peut pas parler de développement industriel sans rencontrer ce Prévôtois. L'homme est incontournable. On lui doit la création en 1989 du Salon des industries, de l'automation, de la machine-outils et de la sous-traitance (SIAMS). Cette vitrine de la microtechnique a attiré, pour sa neuvième édition, en mai 2004, 480 entreprises et 16 000 visiteurs. Un véritable succès pour Francis Koller qui n'a connu qu'un seul et unique employeur depuis le début de sa carrière: Tornos, à Moutier, où il occupe le poste de directeur des ventes pour le monde entier.

arlette E. emch

55 ans

Membre de la direction restreinte du groupe Swatch

Ses études d'histoire, d'ethnologie et de journalisme ne la prédestinaient pas à devenir un des dirigeants de Swatch. Elle était journaliste avant de prendre la direction de la communication du groupe, en 1992. Son ascension a été fulgurante. Premier grand défi en 1997 avec la présidence de cK Watch, la marque horlogère créée en partenariat avec le designer Calvin Klein. Cette battante - membre depuis 1999 de la direction restreinte du groupe - est également l'âme de «Dress Your Body», société productrice de bijoux pour les marques maison.

Pierre-Alain Schnegg

41 ans

Co-fondateur de Pro-Concept

Désigné «entrepreneur de l'année» par Ernst & Young, dans la catégorie Commerce/ Services, il est un des fondateurs de Pro-Concept. Créée en 1987 à Sonceboz, cette société a conçu un logiciel de gestion destiné aux PME, qu'elle améliore en permanence. Avec un chiffre d'affaires de plus de 15 millions de francs en 2003, l'entreprise emploie 115 personnes. Elle a trois filiales en Suisse, à Genève, Saint-Gall et Menziken; et quatre en France. Un réseau qui commercialisera bientôt un logiciel pour distributeurs d'énergie.

tribu médiatique Marc Gassmann

56 ans

Éditeur du Journal du Jura

Le groupe de l'imprimeur Gassmann n'aime pas qu'on limite ses ambitions. C'est effectivement à contre-coeur qu'il a dû lâcher ses parts dans l'Express et l'Impartial pour les laisser au Français Hersant. Aujourd'hui, il publie encore le Bieler Tagblatt et le Journal du Jura, regard bernois, extérieur donc différent, sur l'actualité de la région. Il est également actionnaire de TeleBielingue. Autant dire que l'indépendance de ces titres, indispensables à la perception de l'actualité jurassienne, est garantie pour quelques années encore.

Pierre-André Chapatte

59 ans

Rédacteur en chef du Quotidien jurassien

Rédacteur en chef depuis 1979, d'abord du très PDC Pays, puis du Quotidien Jurassien lors de la fusion avec le très radical Démocrate en 1993, ce juriste a réussi à faire collaborer les «rouges» et les «noirs». Depuis, le parti le plus influent du canton est le PS, qui manque peut-être dans ce cocktail. D'autant plus que le quasi-monopole du QJ aujourd'hui, et sa complaisance à l'égard des décisions gouvernementales, le rendent vulnérable à la critique. Mais, il faut le dire, il est également une composante indispensable de la nouvelle identité jurassienne.

Pierre-André Marchand

61 ans

Rédacteur de La Tuile

La Tuile est un journal satirique. C'est également le bébé jalousement gardé d'une personnalité forte: Pierre-André Marchand. Cette «grande gueule» l'a lancé en 1971, en l'honneur d'un bulletin anarchiste jurassien né 100 ans plus tôt. Arme d'hilarité massive contre «l'oppresseur bernois» dans un premier temps, La Tuile et son géniteur s'en prennent aujourd'hui aux autorités du jeune canton. En 1993, un cinéaste a filmé ce «poète, chanteur, écrivain» dans un documentaire baptisé Chronique des hauts plateaux, il en a fait la métaphore jurassienne du combat. Rien de moins.

Le chef de file Pierre Steulet

56 ans

Président des Radios locales

En 1984, en quelques semaines, l'arc jurassien a vu naître son paysage radiophonique. Vingt ans plus tard, un homme, Pierre Steulet, est à la tête des trois stations créées. Radio Fréquence Jura (RFJ) tout d'abord, à Delémont. La voix du nouveau canton, baptisée à l'époque Radio Jura, passait dans toutes les cuisines, dans tous les bureaux et dans toutes les échoppes. Pas un match de hockey, de foot ou de basket, pas un débat politique ne se faisait sans elle. C'était et cela reste, de loin, la radio la plus populaire du canton du Jura. Mais Pierre Steulet contrôle aussi RTN, à Neuchâtel, qu'il a achetée au début des années 90 et qui a été désignée «Radio of the year 2003» pour la Suisse romande. Cette station régionale est effectivement celle dont le nombre d'auditeurs a augmenté le plus. Radio Jura Bernois (RJB) enfin, est le dernier joyau de ce magnat régional. Acquise en 1997, elle compte 34 000 auditeurs. Le tout constitue un réseau de proximité très serré et aux synergies multiples: on lance la musique de Delémont pour toutes les chaînes, le directeur d'antenne est le même partout, la plupart des flashes infos sont identiques et, bien sûr, un seul chef d'orchestre domine toute la structure: Pierre Steulet.

tribu sportive Julien Vauclair

25 ans

Hockeyeur

Il est probablement ce que le HC Ajoie a fait de mieux, même s'il a passé en junior les années de gloire du club de Porrentruy. Ce qui ne l'a pas empêché de jouer dans l'équipe la plus prestigieuse de Suisse, le HC Lugano, et en NHL, la ligue professionnelle nord-américaine, pour les Ottawa Senators. Pilier de l'équipe de Suisse, il plaît également pour sa gentillesse... un agneau dans un sport de brutes. Pour lui, le hockey est une affaire de famille, puisque ses deux frères jouent aussi en ligue nationale, Geoffrey à Fribourg-Gottéron et Tristan à Coire (en attendant Lugano, lui aussi).

Randoald Dessarzin

40 ans

Entraîneur du Basket Club Boncourt

Il y a dix ans, Randoald Dessarzin est revenu au BCB, plusieurs années après avoir quitté son poste de joueur. Il débarquait en tant qu'entraîneur avec la ferme volonté de faire travailler seniors et juniors qui se complaisaient en 2e ligue. Avec ses méthodes très musclées (il était entraîneur physique au HC Ajoie), sa capacité de convaincre et ses contacts aux Etats-Unis, ce prof de sport fait monter le club, ligue par ligue, jusqu'au premier rang du basket suisse et à la coupe d'Europe. La plus belle success story du sport jurassien.

Sébastien Roth

26 ans

Gardien du FC Servette

Quelques heures avant l'Euro portugais, Kobi Kuhn l'appelle à l'aide pour prendre le rôle de gardien remplaçant à la place de Fabrice Borer, un autre Jurassien. Bien avant ça, c'est au SR Delémont que sa carrière avait véritablement commencé... et encore plus tôt dans le petit club du FC Alle. Depuis, il est un des seuls piliers stables du FC Servette, qui pourrait bien avoir trouvé en lui un successeur à Marco Pascolo. Et peut-être un futur gardien numéro un de l'équipe suisse.

Delhia Oeuvray

32 ans

Cavalière et directrice du nouveau centre équestre de Chevenez

Delhia Oeuvray est à l'origine de l'un des plus grands projets de l'équitation suisse. Grâce à elle, le canton du Jura reste la vraie patrie du cheval. Parallèlement à sa carrière sportive et grâce au soutien de la fondation de Charles Burrus, elle a monté un centre équestre estimé à 25 millions de francs. Box surveillé par vidéo, carrousel, éclairage et évacuation des déchets gérée automatiquement, ce cinq étoiles du cheval accueille depuis le 25 septembre l'élite suisse (et peut-être bientôt internationale) de la discipline.

Cedric Lachat

20 ans

Double champion de Suisse d'escalade

Le phénomène suisse de la grimpe n'est pas alpin mais Jurassien. Cédric Lachat a tout gagné en junior sur les plans suisse et européen. Il faut dire que son poids de 54 kg le rend particulièrement facile à soulever. Il a intégré la compé-tition élite un an avant l'âge habituel et a presque immédiatement rejoint le «top ten». Cette année, il est le seul professionnel de la discipline en Suisse et s'est déjà classé deuxième puis troisième aux premières manches de la Coupe du monde.

La cheffe de file Nicole Petignat

37 ans

Arbitre internationale de football

Lorsqu'elles étaient petites, à Alle, Nicole Petignat et sa soeur jumelle Dominique voulaient devenir footballeuses. Mais elles n'ont pas trouvé de club et le destin de l'arbitrage en a été bouleversé: l'Ajoulote est devenue l'arbitre femme la plus connue du monde, une habituée des «premières». Grâce à une force de caractère toute jurassienne, elle impose régulièrement depuis 1999 sa volonté aux joueurs de ligue nationale masculine et, en 1999 également, elle a sifflé les joueuses américaines et chinoises pour la finale des championnats du monde féminins devant 90 000 spectateurs. Elle a franchi un échelon supérieur en 2003, en devenant la première femme à arbitrer un match de Coupe d'Europe (UEFA). Ce destin hors normes du ballon rond a fait de cette blonde à l'éternel serre-tête une «people» incontournable. A ce propos, elle est arrivée 250e au dernier marathon de la Jungfrau, devançant de 11 secondes son partenaire à la ville, l'arbitre Urs Meier, un autre habitué des tabloïdes depuis qu'il a arbitré le match qui a expulsé l'Angleterre de l'Euro 2004.

tribu gastronomique Jérôme Rebetez

30 ans

brasseur de bières

Pour ses confrères alémaniques, le patron de la brasserie des Franches-Montagnes (3 à 4 employés), à Saignelégier, est le «welsch» rigolo. C'est qu'il en a des idées, cet ingénieur en oenologie de formation qui avait gagné l'émission «Le rêve de vos 20 ans» à la TSR. C'est même pour lui un but de vie: ne pas s'embêter et trouver des nouveautés. A son palmarès actuel, sept bières artisanales, blondes et brunes, dont une classée parmi les cent meilleures du monde. Quand il ne cherche pas de nouvelles recettes, ce passionné de vélo aime s'entourer d'amis, rire et s'amuser.

Jean-Marc Soldati

41 ans

cuisinier

Une étoile au Michelin, 16 points au Gault Millau: il y a une vie possible pour les toques en dehors de l'arc lémanique. A la tête de l'hôtel restaurant du Cerf, à Sonceboz, ce jeune quadragénaire, enfant du village, et son complice Christian Albrecht ont tous deux passé cinq ans dans les cuisines de Girardet. Leur credo: beaucoup de rigueur, le respect des produits, une cuisine sobre et simple accompagnée des vins de la région. Les menus gastronomiques se dégustent sur réservation.

Claudine Donzé

51 ans

Coordinatrice culturelle au Café du Soleil

Quand on a grandi à Lausanne, vécu à Montréal et qu'on s'est installée aux Pommerats pour suivre un mari jurassien, il faut survivre au choc culturel... Heureusement, pour cette ancienne libraire, il y avait le Café du Soleil. Un lieu presque mythique, à Saignelégier, face aux halles du Marché Concours, créé en 1980 par un groupe de jeunes qui ne faisaient pas du profit leur objectif premier. Cette mère de trois enfants y travaille depuis dix ans. Elle organise une trentaine de spectacles et une dizaine d'expositions par année, sans compter les ateliers de dessin et de littérature.

Le chef de file Georges Wenger

50 ans Cuisinier

Qui l'eût cru? C'est une maladresse de menuisier qui a changé le paysage gastronomique jurassien. Le petit Georges voulait travailler dans une menuiserie. Il se rendait d'ailleurs souvent dans celle qui faisait face à la boulangerie-pâtisserie de ses parents, au Noirmont. C'est là qu'il a vu, un jour, rouler trois doigts... La scène l'a fait changer d'avis et il a commencé un apprentissage de cuisinier à Saignelégier. Etapes suivantes: le Gstaad Palace, le Vieux-Manoir à Morat puis le prestigieux établissement d'Alain Senderes à Paris. Il avait commencé par y faire la plonge, observant du coin de l'oeil les maîtres queux, prenant des notes, jusqu'au jour où il dut remplacer au pied levé un cuisinier licencié. Après une saison chez Stücki à Bâle, c'est le retour au pays, en 1981, et même au village. L'Hôtel de la Gare, au Noirmont, est un modeste établissement où le menu coûte 6fr50. Au fil des années, Georges Wenger en fera un établissement toujours plus coté, jusqu'à devenir ce haut lieu de gastronomie connu aujourd'hui dans tout le pays. Couronné cuisinier de l'année en 1996 par le Gault Millau, le Jurassien met en valeur comme nul autre les produits de sa région. Il prouve que la cuisine traditionnelle n'est pas figée et qu'elle peut bel et bien trouver une interprétation contemporaine.

tribu religieuse Maurice Baumann

57 ans

Professeur de théologie

Ancien instituteur, né anabaptiste (dans une de ces familles encore implantées dans le Jura bernois et qui y avaient trouvé refuge au XVIe siècle), cet Imérien se décrit comme un «protestant libéral tiède», convaincu qu'aucune religion ne possède la vérité. Avec son épouse, il partagea le poste de pasteur de Saint-Imier, une petite révolution à l'époque, puis s'engagea dans de nombreuses causes allant de la défense des réfugiés à la lutte contre l'armée, qui ont fait sa popularité. Aujourd'hui, il enseigne la théologie pratique à l'Université de Berne.

Le chef de file Mgr Denis Theurillat

54 ans

Evêque auxiliaire du diocèse de Bâle

Son rêve d'enfant? «Faire comme le curé.» Fils de paysans, entouré de trois frères et une soeur, le petit Denis a toujours voulu entrer en religion. Né à Epauvillers, il étudie à Porrentruy obtient sa maturité à Saint-Maurice et sa licence en théologie à l'Université de Fribourg. D'abord vicaire à Bassecourt puis à Saint-Imier, il a accompli la majorité de son ministère dans des paroisses du Jura bernois. Le diocèse dont il s'occupe est le plus grand de Suisse; il comprend dix cantons - tous alémaniques à part le Jura et le Jura bernois - soit plus d'un million de catholiques. C'est dire si «Weihbishof Denis» comme l'appellent les fidèles, a l'occasion de s'immerger dans une culture et une sensibilité différentes. «Un défi pour moi...» Ses journées commencent à six heures du matin, finissent autour de minuit, ce qui ne laisse plus beaucoup de temps pour la lecture ou la musique. Mais sa principale passion reste la jeunesse, ce qui l'a mis en relation avec tous les responsables qui, dans le pays, travaillent avec les jeunes. C'était d'ailleurs un des organisateurs du rassemblement des jeunes catholiques en juin dernier, lors de la visite de Jean-Paul II. A cette occasion, le Jurassien a pu rencontrer le pape.: «J'ai passé six minutes avec lui. Ce fut un moment très émotionnant...» Sera-t-il le prochain évêque jurassien?

tribu sociale Michel Oeuvray

40 ans

Animateur de la Villa Ritter

Voilà plus de quinze ans que cet ancien enseignant passe ses après-midi, soirées et week-ends parmi les jeunes, dans cette maison aux murs taggés qu'est la villa Ritter, à Bienne. Ce natif de Moutier en est l'âme, secondé par une équipe de six ou sept collaborateurs. Il n'a pas son pareil pour observer les adolescents, les comprendre, les sentir, analyser les frémissements sociaux. Se considère-t-il comme le copain des jeunes? «Non. Je suis un adulte abordable à qui l'on confie des trucs que l'on ne confie pas aux parents.»

Le chef de file Roger Weber

47 ans

Médecin chef du Centre jurassien de réadaptation cardio-vasculaire du Noirmont

Il rêvait de devenir guide de montagne, aujourd'hui c'est au sommet d'une petite colline qu'il exerce sa profession, dans l'imposant bâtiment qui domine le village du Noirmont et dont les 80 lits accueillent des patients victimes de crise cardiaque. Six sur dix viennent de Suisse alémanique, les autres sont romands. L'homme, justement, a du coeur; une qualité qui n'est pas forcément celle des chefs d'entreprise. Roger Weber, lui, tient à concilier les réalités économiques avec certaines valeurs humaines, vis-à-vis des patients et du personnel. Son credo: être authentique pour créer une base de confiance avec les gens. «Nous avons par exemple 100 employés pour 56 postes. Des emplois à temps partiel qui permettent de mettre en accord travail et vie de famille.» Côté motivation, la formule marche: «Mon équipe s'investit sans compter et soutient cette ligne.» Né à Genève de parents suisses allemands, ce père de deux enfants a appris le français à l'école et d'abord exercé à Genève, en gériatrie, discipline qu'il apprécie tout particulièrement. Il habite aux Breuleux et le Jura est devenu son canton d'adoption. Malicieux, il glisse: «Je suis heureux de contrebalancer l'exode rural des Jurassiens vers Genève...»

tribu culturelle Bernard Comment

44 ans

Ecrivain et éditeur

Directeur de la collection Fiction et Cie aux Editions du Seuil, conseiller artistique à France-Culture, auteur de romans et de nouvelles, traducteur et scénariste à ses heures, le fils du peintre Jean-François Comment a habité Genève, Florence, et Rome, avant de s'établir à Paris. Se sent-il encore jurassien? Ce père d'un petit garçon répond avec un accent parisien: «Oui et non. J'y retourne cinq ou six fois par an car j'y garde des attaches familiales mais je n'ai absolument pas l'intention d'y revenir un jour...»

Christiane Baume-Sanglard

41 ans

Concertiste

C'est l'histoire d'une petite fille qui a toujours voulu devenir pianiste. Elle y est arrivée sans jamais vraiment quitter sa terre natale. Virtuosité au Conservatoire de Neuchâtel, perfectionnement à Vienne auprès du maître Avo Kouyoumdjian, la fille du compositeur Abner Sanglard (elle joue bien sûr aussi les oeuvres de son père) donne une vingtaine de concerts par année, dans la région et à l'étranger. Mère de deux adolescents, elle enseigne également la musique et adore se ressourcer dans la nature.

Patrick Tanner

26 ans

Fondateur du Festival de Mont-Soleil

Il n'y a pas à dire, voilà un homme précoce. Il a 15 ans lorsqu'il lance le Festival du Mont-Soleil, près de Saint-Imier, avec trois autres copains d'école avec qui il organisait des discos mobiles. Les parents aident à gérer les 25 000 francs de budget, et derrière chaque stand il y a un membre de la famille. Depuis, le festival a grandi. Le petit aussi. Devenu économiste et enseignant, le jeune homme continue de coordonner et administrer le festival. Plus que la musique, c'est la passion de l'organisation qui anime cet amoureux de la région.

Facundo Agudin

32 ans

Chef d'orchestre

Lorsqu'on écoute ce brillant argentin parler de ses mille et une activités, projets, réalisations, on se demande si, pour lui, les journées ont vingt-quatre heures. A la tête de l'orchestre Capella Obliqua et de l'Orchestre symphonique jurassien, directeur artistique de Musiques des Lumières, l'homme - arrivé en Suisse il y a huit ans - trouve encore le temps de construire des ponts culturels entre le Jura, Bâle et le val d'Aoste, de créer des opéras à Zurich, diriger des choeurs, créer une nouvelle scène lyrique à Moutier. Et la liste n'est pas close...

Tristan Stéhly

27 ans

Président du SAS

Serrés comme des sardines, quelque 150 personnes peuvent s'entasser dans le SAS, la petite salle de Delémont où se concentre la culture alternative jeune. L'association peut compter sur une quarantaine de bénévoles. «C'est un groupe d'amis à la base. On a envie que les choses bougent, d'écouter autre chose que de la musique commerciale», explique Tristan, laborantin médical de formation qui participe au mouvement depuis son adolescence. Soirées DJ, projections de films, world music ou percussions, fêtes multiculturelles, il y a de quoi bouger à Delémont.

Les chefs de file Daniel Mueller Dolores Denaro

42 ans 33 ans

Directeur du Directrice du Photoforum PasquArt CentrePasquArt

C'est à Bienne, en marge des strictes limites du Jura et du Jura bernois, qu'on trouve le foyer culturel le plus dynamique de la région: le PasquArt, à la fois centre d'art et de photographie, dirigé par une Alémanique et un Romand, tous deux fraîchement nommés. Née à Bienne, Dolores Denaro a étudié l'histoire de l'art à Berne avant de compléter sa formation à Bâle par un master en gestion d'une institution culturelle. Nimbée d'une aura de figure montante, y compris dans les milieux zurichois, elle est aussi fière d'accueillir des stars comme Christo que d'attirer un public familial, visiblement peu habitué aux musées, pour l'exposition «I Need You». Daniel Mueller, lui, ancien journaliste et photographe, se veut proche des préoccupations des créateurs et des gens de terrain. C'est à l'adolescence qu'il a découvert la photographie comme un éblouissement, en visitant la Triennale de Fribourg. Il a repris la direction du PhotoforumPasquart voici une année, mais compte déjà, pour sa première saison, le déroutant projet Conserving des artistes allemands D. & G. Fuchs. Son ambition: ériger le Photoforum au rang de troisième pôle de la photographie en Suisse, avec Winterthour et Lausanne.

Laure Donzé

25 ans

Metteur en scène

Il y a parfois des retours sur investissement gratifiants. C'est grâce à une bourse offerte par le canton du Jura que, maturité artistique en poche, Laure Donzé part étudier la mise en scène au Canada. La spécialisation n'existait pas en Suisse. Elle y reste six ans et vient de revenir au pays, où elle enseigne la mise en scène au lycée de Porrentruy. Elle a fondé la compagnie Extrapol avec une dizaine de professionnels jurassiens, tous exilés. Leur première création a été un succès, le prochain spectacle est prévu pour novembre 2005. Et la naissance de son bébé dans trois mois.

Michel Némitz

46 ans

Animateur de l'Espace Noir

C'était il y a quinze ans, les départs se multipliaient à l'Espace Noir de Saint-Imier, poumon culturel de la région. Le sang de Michel Némitz, tête pensante des mouvements anarcho-syndicaux, lui-même arrière petit-fils d'anarchiste, n'a fait qu'un tour: pas question que l'endroit disparaisse! Théâtre, galerie, cinéma, taverne, librairie, programmation de spectacles, administration: l'homme a tout fait. «Comme je suis le plus ancien, c'est moi qui ai le rôle d'animateur.» Vingt personnes le secondent et le lieu retrouve une nouvelle jeunesse.

tribu des vieilles gloires Jean-François Roth

52 ans

Ministre jurassien de l'Economie

Malgré ses airs juvéniles, il a tout connu: le Parlement jurassien lors de la création du canton, les Chambres fédérales comme conseiller aux Etats, le pouvoir exécutif au sein du gouvernement jurassien - où depuis 1994 il avait acquis le prestige de l'homme fort - et même, en 1999, la casquette flatteuse de candidat presque crédible au Conseil fédéral. Le projet Jura Pays Ouvert devait être le couronnement de sa carrière politique, son legs au peuple jurassien. Ce dernier a refusé. Signe particulier: cet homme a de l'avenir.

Charles Burrus

75 ans

Ex-roi du tabac

À Boncourt, on l'appelait «Monsieur Charles» à l'époque où les Burrus étaient encore les seigneurs locaux. Il dispensait le travail, finançait les associations, et on allait à l'église pour l'en remercier... Aujourd'hui, l'entreprise est passée en mains étrangères, Charles a donné la plus belle partie du domaine familial à une confrérie religieuse d'Amérique du Sud, mais il continue à aider les associations du village et des environs. Et la fabrique reste toujours le premier contribuable du canton.

Jean-Pierre Beuret

57 ans

Président de la Loterie romande

Il a fait partie du premier gouvernement jurassien, où pendant les seize ans qu'il a dirigé l'Economie, il n'a guère trouvé l'occasion de laisser des souvenirs particulièrement marquants. Paradoxalement, c'est au moment de sa retraite politique que Jean-Pierre Beuret a accédé à une certaine notoriété. Depuis le 1er janvier 1995, il préside la Loterie romande, qui n'avait connu avant lui, et depuis sa création en 1937, que des présidents vaudois. Vu les spectaculaires développements de cette institution, il n'a pas démérité.

LE chef de file François Lachat

62 ans

Ex-ministre et ex-conseiller national PDC

Il a été président de l'Assemblée constituante, puis en 1978, une fois élu le premier gouvernement jurassien de l'histoire, ministre et président. Artisan fougueux de l'Indépendance, étoile du PDC local, espoir un moment du PDC fédéral, combattant, militant, le verbe haut et la réplique assassine, il appartient à cette époque bénie de l'histoire du Jura qui a vu grandir, trôner et s'éteindre le pouvoir des mots sur la conscience publique. Comme tous les pouvoirs, celui-là tenait beaucoup à la conviction de ses détenteurs de vivre à hauteur d'épopée. On en est loin aujourd'hui, les guerriers ne sont plus là, ou comme François Lachat, ils se repaissent de leur gloire passée. Cet homme qui avait réussi à faire bouger les âmes et les événements a voulu devenir conseiller national. Ce qui devait être une consécration n'aura été qu'une lente disparition. François Lachat n'était plus que le fantôme de ce qu'il fut. L'intelligence toujours aussi tranchante, même si elle se réveillait assez tard le matin, toujours aussi aiguisée et disponible, mais le plus souvent incapable de se trouver un emploi précis.

Geneviève Aubry

76 ans

Institutrice

Les femmes avaient le droit de vote depuis trois ans quand elle fonde, en 1974, le Groupement féminin de Force démocratique, «indépendant de ces messieurs» et qui rassembla 6000 femmes du Jura bernois. Figure extatique de l'antiséparatisme, elle a siégé seize ans au Conseil national. Retirée de la politique active depuis 1995, elle continue d'exercer une certaine influence en coulisses par ses contacts dans le parti radical. «On n'arrête pas ça du jour au lendemain», explique-t-elle volontiers.



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