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Après Kadhafi
Les rebelles de Tripoli s’organisent

Par Pauline Garaude - Mis en ligne le 31.08.2011 à 15:05

Ils viennent de Misrata, de Zenten ou de Tripoli et ont pris d’assaut Bab al-Aziziya le 22 août. Disparates, ces milliers de combattants traquent les derniers kadhafistes et tentent de remettre de l’ordre.

Khaled Gazaoui a 22 ans. Son sourire pourrait être jovial. Mais dans son uniforme kaki, la kalachnikov en bandoulière prête à être dégainée, on voit bien qu’il ne plaisante pas. Ce matin, il est affecté à la direction de l’un des 17 check-points de son quartier d’Abou Salim – pro-kadhafiste – où les combats ont fait rage la semaine dernière. Sa tâche? Arrêter les mercenaires et derniers loyalistes du «guide» qui seraient encore nombreux dans Tripoli.

«PENDANT QU’ON SE BATTAIT, LES GENS DE TRIPOLI DORMAIENT.» Combattant ayant participé à l’assaut contre Bab al-Aziziya

«Hier, j’en ai arrêté six. On les reconnaît facilement car la plupart viennent du Tchad, du Mali et du Nigeria. Ils n’ont pas de papiers d’identité et disent qu’ils cherchent du boulot! Ils ont laissé leurs armes quelque part et sont habillés en civil pour mieux s’infiltrer. C’est pour cela qu’il faut être très vigilants et fouiller de fond en comble chaque voiture.»

Ces mercenaires faits prisonniers sont ensuite remis aux responsables du CNT, le Conseil national de transition – l’autorité libyenne post-Kadhafi.

Khaled est étudiant en orthodontie et n’a jamais reçu d’entraînement militaire. Comme la majorité de ces jeunes rebelles volontaires, c’est un ami qui lui a appris en quelques heures le maniement des armes et comment traquer les loyalistes.

Par talkie-walkie, il vient de recevoir une alerte. Un sniper serait caché dans un immeuble pas loin. Immédiatement, nous sautons avec lui dans son pickup pour s’y rendre. Là, Munib, «rebelle sous la couverture» comme il se présente lui-même, est espion.

«Depuis deux jours, j’observe des mouvements étranges dans cet appartement. Ils sont trois, sortent peu et ne parlent pas avec le voisinage. Ils ne sont pas d’ici.» C’était en effet des mercenaires de Kadhafi qui se sont rendus sans rien dire. «Quand ils nous voient débarquer à plusieurs et armés, ils savent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se rendre.»

Sécurité. Pour le CNT, la priorité est la sécurité. Comme l’explique le Dr Mahmoud Shannan, ministre de l’Information: «Les rebelles doivent s’organiser le plus vite possible. Nous venons de mettre sur pied un comité de sécurité qui se réunit quotidiennement. Il est formé de chefs révolutionnaires, de policiers et de membres de l’armée. Nous mélangeons la ferveur des jeunes révolutionnaires et l’expérience des professionnels.»

Dans les rues de Tripoli, le calme semble là. Mais il demeure fragile. Beaucoup d’armes circulent un peu partout, et la plupart des membres des forces de l’ancien régime sont passés à la clandestinité, sans parler des délinquants, toujours prompts à profiter des périodes troublées.

«Tellement de dépôts d’armes ont été découverts et pillés qu’il faut mettre de l’ordre très vite. Nous proposons à ceux qui veulent rester armés et poursuivre ce travail de rejoindre les rangs de l’armée nationale de libération. Ils auront une place dans la Libye de demain et nous sommes très fiers de leur efficacité» poursuit ce ministre.

Nouvelle Libye. Ils arborent à Tripoli le même drapeau noir, rouge et vert de la nouvelle Libye. Mais ils marquent leurs différences en affichant leur région d’origine ou le nom de leurs «martyrs». «C’est nous, les combattants de Misrata qui avons contribué à la libération de Tripoli», clame un jeune commandant dont les hommes – des adolescents à peine sortis de l’enfance – tiennent un bungalow de Saadi Kadhafi en bordure de mer où ils ont inscrit sur le mur «Katiba [bataillon] Misrata».

Ces combattants sont venus de 210 km à l’est de Tripoli, en nombre et par la mer, participer à l’assaut contre Bab al-Aziziya. «Pendant qu’on se battait, les gens de Tripoli dormaient» ironise l’un d’eux, tirant des salves de joie en l’air.

Ceux de Zenten, à 100 km au sud-ouest de la capitale, affichent la même fierté d’avoir été parmi ceux qui ont «libéré» Tripoli. On rencontre parmi ces rebelles, des jeunes de familles aisées comme des classes populaires, et des cinquantenaires qui ont eu un entraînement militaire dans leur jeunesse.

Dans la demeure luxueuse d’Aïcha, la fille de Kadhafi, d’anciens officiers de l’armée régulière se sont installés et cherchent la reconnaissance du CNT. «J’ai fait défection dès le 19 février, deux jours après le premier soulèvement à Benghazi», affirme le lieutenant-colonel Khaled Bilal al-Mijbari, entouré de ses hommes.

Il affirme avoir constitué une brigade de plusieurs centaines d’hommes appelée «les lions de la capitale» qui a mené des opérations ciblées contre des «têtes des renseignements de Kadhafi». Il dit qu’il n’a pas eu de contact avec cheikh Abdelhakim Belhaj, le nouveau commandant militaire de Tripoli venu de Benghazi et qui a conduit l’assaut contre le QG de Kadhafi.

«Nous avons le plus grand respect pour ce chef révolutionnaire et nous le considérons comme un compagnon d’armes.» Des clivages parmi les rebelles? Non. Du moins pour l’instant.

Tous disent qu’ils sont unis dans cette lutte et dans la construction de cette nouvelle Libye. Mais, au Ministère de la défense, les hauts responsables de la nouvelle armée de libération s’attellent, eux, à apporter un peu d’homogénéité à ces groupes disparates lourdement armés.


La composante islamiste

Un djihadiste gouverneur militaire de Tripoli

Connu sous le nom d’Abdallah al-Sadek, le Libyen Abdelhakim Belhadj est l’un des fondateurs et l’émir du Groupe islamique combattant libyen (GICL) – représentant d’al-Qaida dans le pays dès 2000. Une grande partie de ses militants ont tenté de renverser le régime de Kadhafi.

Arrêté par la CIA en 2004, il est livré puis enfermé par le régime de Kadhafi, avant d’être libéré avec 170 autres militants en mars 2010. Un an plus tard, il rejoint l’insurrection et s’impose rapidement comme chef militaire. Il est l’un des premiers à entrer dans Tripoli et à mener l’assaut sur Bab al-Aziziya.

S’il affirme que l’ensemble des groupes armés sont désormais sous le seul commandement du Conseil militaire de Tripoli (luimême est gouverneur militaire de la capitale), beaucoup s’inquiètent de l’influence que pourraient avoir les islamistes dans la future Libye.

Comme le note le chercheur Kader Abderrahim: «On n’imagine pas les Occidentaux négocier avec les islamistes, fort peu mis en avant par le CNT. Mais ils sont une composante incontournable et la seule crédible auprès de la population, car ils incarnent historiquement l’opposition.»




Tags: Tripoli, rebelles, Kadhafi, kadhafistes,

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