«Je quitterai la présidence la tête haute», a assuré lundi 1er décembre Georges W. Bush sur les écrans de la chaîne de télévision américaine ABC. Face au journaliste Charlie Gibson, le futur ex-président des Etats-Unis a néanmoins tiré un bilan teinté de regrets.
L’Irak. Au plus bas de sa cote de popularité, Bush est revenu longuement, au cours de l’entretien, sur l’échec le plus cuisant de sa présidence, le conflit irakien. «Je n’étais pas préparé pour la guerre lorsque que j’ai pris mes fonctions. En d’autres termes, je n’ai pas fait campagne en disant: «Votez pour moi, je serai capable de faire face à une attaque.» Son plus grand regret dans ce conflit? «Le fiasco des renseignements en Irak» et «l’erreur stratégique» sur la menace que représentait Saddam Hussein. En septembre 2002 pourtant, six mois avant le début des opérations militaires en Irak, il assurait: «Le régime possède des armes biologiques et chimiques et reconstruit des installations pour en fabriquer davantage.»
La crise économique. A propos de la crise, il déclare: «Je suis désolé de ce qui est arrivé.» Je ne peux pas garantir que nous récupérerons tout notre argent, mais il est envisageable que ce puisse être le cas.» Si Bush s’estime «responsable de la crise économique» actuelle, il dit quitter ses fonctions avec le sentiment de la «mission accomplie» et n’hésite pas à mettre les bâtons dans les roues de son successeur.
Sabotage avant l’arrivée d’Obama
En dernière minute, l’administration Bush modifie des milliers
de règles et de lois afin de compliquer la tâche de l’équipe suivante.
Sabotage. Avant de partir, l’administration Bush s’illustre une ultime fois par ce qui l’a distinguée pendant huit ans: un sens aigu du cynisme. A deux mois de rendre les clés de la Maison-Blanche, l’équipe se dépêche de faire passer des milliers de mesures qui lui plaisent, cadeaux légaux à leurs amis pour l’essentiel ou embûches à la future administration Obama, rien que pour embêter.
Pour ne prendre qu’un exemple, les compagnies privées de service public, qui ont toujours honni les dispositions du «Clean Air Act» (une loi qui exige d’elles d’installer un système de jours de contrôle de pollution) pourront désormais contourner la loi grâce aux mesures de dernière minute des bushistes. A l’avenir, les groupes concernés pourront donc libérer 70 millions de tonnes supplémentaires de CO2 par an dans l’atmosphère. Des milliers de mesures de ce genre – régulations ou dérégulations – seraient en cours, selon la journaliste Elizabeth Kolbert, du New Yorker, qui cite Edward Markey, député du Massachusetts: «Si vous avez pensé que les cent premiers jours de l’administration Bush étaient mauvais, attendez de voir ce que seront les cent derniers.»
Cette pratique aux Etats-Unis est si répandue qu’elle a un nom: les «midnight regulations», littéralement les «règles de minuit». Autrement dit, des changements légaux de dernière minute, pris par une administration avant de passer le témoin. The New Yorker rappelle que la pratique est née sous Jimmy Carter en 1980. L’administration sortante avait alors émis 10 000 pages de «midnight rules», avant que son carosse ne se change en citrouille. Bush père avait fait mieux encore mais la palme revenait jusqu’ici à Bill Clinton (26 000 pages).
«W», fidèle à lui-même, a promis d’aller plus loin. Tout ce qui touche à la santé des travailleurs, à l’environnement, la protection des espèces, tout progrès résiduel, sera défait. Le Congrès, à majorité démocrate, s’est promis d’annuler une partie des «midnight regulations» de Bush. Mais cela prendra du temps car ces mesures ne prendront effet que soixante jours après leur publication. Dans l’intervalle, le mal sera fait. •
Michel Beuret
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