Les Roms, un faux problème
Par Yves Leresche - Mis en ligne le 29.01.2009 à 06:00
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Votations du 8 février. Les défenseurs du non agitent la peur du Rom. Mais qui sont-ils vraiment, et d’où viennent-ils?
Poussés par la précarité chez eux, les Roms sont de retour dans nos rues. Ils ont relancé sans le vouloir la campagne des opposants à l’extension de la libre circulation à la Roumanie et à la Bulgarie. Ces derniers jours, des journaux se sont émus de les voir mendier dans les files de voitures aux entrées de Genève et Lausanne. Le conseiller d’Etat Laurent Moutinot s’est senti obligé d’organiser une rafle dans les rues genevoises. En vain. Sur une trentaine de Roms conduits à l’Hôtel de Police, seuls sept ont accepté le lendemain de monter dans le car à disposition pour un retour en Roumanie. Les autres ont préféré passer en France voisine. Quelle est la réalité de la vie des Roms dans l’arc lémanique? Pendant une semaine, L’Hebdo est allé à la rencontre de ces déshérités. Dans les forêts genevoises, ils ont abandonné leur campement de fortune. Deux ou trois groupes demeurent à Annemasse. Certains squattent des locaux vides, d’autres semblent disposer d’appartements. Si la plupart viennent de Roumanie, ils ne se mélangent pas, chaque groupe se définissant par le village ou le quartier d’origine. Beaucoup ont déjà fait l’aller-retour plusieurs fois en bus. Ici pourtant, la précarité de leurs conditions de vie est inimaginable. Les Roms du squat d’Annemasse se contentent de mendier dans les parkings du centre de la ville, où ils se retrouvent souvent en concurrence avec les deux autres groupes, à l’évidence mieux organisés et plus actifs. Régulièrement, ceux-là se déplacent pour une journée vers Genève ou Lausanne, les uns en train, les autres en voiture, où ils tentent d’apitoyer avec des messages photocopiés les automobilistes bloqués dans les embouteillages ou les passants des rues piétonnes. Ils se retrouvent non loin d’un autre type de Roms, des musiciens venus de Slovaquie, de Hongrie ou de Roumanie, dont le commerce paraît plus rentable, même s’il est soumis à une taxe communale, à Genève comme à Lausanne. Leurs errances sont plus faciles en France et en Italie, où les installations sauvages et durables sur des terrains délaissés se sont multipliées depuis une quinzaine d’années. Avec moins d’espaces à disposition, mais aussi avec des structures d’accueil offrant une alternative aux camps de fortune et aux établissements clandestins. Dès lors, pour les Roms, la Suisse se prête à la collecte, mais pas à l’installation dans la durée. Comment l’Europe et la Suisse peuvent-elles gérer cette migration mal tolérée? La solution serait de leur donner accès à l’école et à la formation professionnelle dans leur pays, afin qu’ils aient une chance sur le marché du travail. On éviterait ainsi de créer une nouvelle «génération perdue». Rien à voir avec le scrutin du 8 février.
Collaboration Daniel Audétat
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