En 2009 seulement, plus de 140 000 francs ont été remboursés aux agriculteurs vaudois pour les dégâts causés par les sangliers. Une facture salée qui pourrait engendrer un changement de régime. La nouvelle politique de prévention insiste, en effet, pour que les paysans posent des clôtures électriques autour de leurs champs. En cas d’absence, le remboursement des dommages pourrait être recalculé à la baisse. Gardefaune sur la rive sud du lac de Neuchâtel, Pierre Henrioux confirme. Il évoque une révision des ordonnances cantonales pour la fin d’année. «Nous allons vivement encourager les agriculteurs, non seulement à clôturer, mais également à entretenir le matériel posé. Car, s’ils laissent l’herbe repousser, cela ne sert à rien. Le canton de Fribourg est déjà beaucoup plus strict que Vaud à ce sujet.»
Concrètement, les paysans devront faucher les alentours de leurs cultures et s’assurer que le courant électrique est en permanence branché. «La puissance est de 3000 joules, ce qui est nettement supérieur à celle utilisée pour les vaches, signale Sébastien Sachot, conservateur de la faune du canton de Vaud. Raison pour laquelle, on évite de fixer ces rubans à côté des chemins. Mais, comme à Cudrefin par exemple, certains agriculteurs n’ont pas le choix. Des panneaux de danger doivent alors être affichés.»
«Ils ont tout saccagé.» Dans la région de la Grande Cariçaie, où les hardes de sangliers prospèrent, les cultivateurs ne cachent pas leur scepticisme face à ces nouvelles mesures. «Il y a des années, j’ai posé des brins sur des kilomètres, se souvient Roland Bangerter, de Gampelen. Cela m’a coûté plusieurs milliers de francs, sans parler des heures de travail et des contraintes ensuite pour traiter les champs. Sept sangliers ont passé malgré tout et n’ont pu ressortir. Ils ont tout saccagé.»
Dubitatif, Christian Hirschi, de La Sauge, l’est aussi. «J’ai pensé mettre des treillis, mais les sangliers nagent et passent pas le canal de la Broye pour revenir ensuite dans les champs. Qui plus est, ils ne s’attaquent pas qu’au maïs. Ils ont un odorat qui leur permet de retrouver des épis des années plus tard, même dans des champs de patates. Ce n’est donc pas seulement le maïs que l’on devra parquer, mais tous nos champs!» Un ouvrage considérable, dont le matériel est remboursé à 80% dans le canton de Vaud. Côté fribourgeois, les heures de travail nécessaires à la pose des clôtures sont également payées. Les chasseurs aident à poser les clôtures et s’assurent ainsi de leur bon fonctionnement. «Nous avons réalisé que, dans un tiers des cas, les installations ne fonctionnaient pas, signale Sébastien Sachot. Cela signifie que nous subventionnions des mesures qui se révélaient inefficaces par manque de suivi des cultivateurs. Et cela, nous ne le voulons plus.»
Reste que, depuis la mise en place des clôtures, d’autres agriculteurs ont remarqué des dégâts dans les zones plus reculées. «Les sangliers dorment dans la Cariçaie où ils sont protégés. Mais ils peuvent faire 50 km en une seule nuit. Depuis qu’on a mis des barrières vers le lac, on a repéré des dégâts plus haut sur le Vully», observe Jean Burla, de Cudrefin.
Que faire alors? Diminuer la population de sangliers serait une solution. Les chasseurs ont tué 185 unités sur la rive sud du lac de Neuchâtel durant l’hiver 2008-09, le trafic automobile 45. Le problème tient dans la période. La chasse au sanglier n’ouvre que le 1er octobre jusqu’au 31 janvier dans la zone maraîchère du sud du lac. Le maïs, lui, démarre à la fin d’avril.
Matériel d’espion. Chasseurs comme clôtures se révélant insuffisamment efficaces, du matériel d’intimidation est aussi régulièrement testé par les agriculteurs. Le stylo pistolet est le dernier gadget à la mode. «J’avais installé des canons à gaz avec minuterie sur mes champs, il y a quelques années. Ils font un bruit épouvantable qui effraie les sangliers. Mais ils se déclenchaient n’importe quand, raconte Roland Bangerter, de Gampelen. Depuis quelque temps, j’ai un stylo qui imite le bruit du fusil. Je fais ma tournée tous les soirs dehors pour tirer quelques coups.»
Pour le garde-faune Pierre Henrioux, c’est de la médecine chinoise. Des tests menés pendant quatre ans, en partenariat avec la Haute-Savoie, Genève, Vaud et l’Ain, ont conclu que rien ne fonctionne à l’exception des clôtures. «On a essayé énormément de choses, également l’Hukinol, dont on imprègne des éponges fixées autour des cultures. C’est un produit chimique qui sent la transpiration humaine. Il coûte excessivement cher et est inopérant. On en voit encore, mais le canton refuse de le financer. On en revient donc aux clôtures.»
TOUJOURS MOINS DE MOYENS
En vingt ans, en Suisse, le budget consacré à la prévention des dégâts causés par les sangliers a été drastiquement réduit. Dans le canton de Vaud, il est passé de plus d’un million à 590 000 francs en dix ans. Pendant cette même période, les sangliers se sont démultipliés dans tout le pays: de moins de 4000, à près de 9000 aujourd’hui, selon les statistiques de l’OFEV. La manne fédérale a diminué de moitié, alors que le nombre de têtes a plus que doublé.
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