Lundi 4 août, centre de Lausanne. Une partie du rayon pains en tranches de cette grande surface a été dévalisée. «Les clients semblent en raffoler, indique la vendeuse. Mais les palettes de nouveaux produits arrivent. Si vous attendez dix minutes, j’aurai le temps de réapprovisionner mon rayon.» Pourquoi un tel engouement pour cet article, présenté par le groupe Migros comme l’un des dix produits dont les ventes connaissent la plus forte progression?
Il ne s’agit pourtant que d’un simple pain au froment. Mais il est enrichi de graines de tournesol, de sésame et de lin, qui lui donnent du goût. Et il porte la mention «vitality», gage de cette santé derrière laquelle nous courons tous. Les produits les mieux vendus par la Coop ou la Migros, qui viennent de dévoiler une partie de leurs chiffres au premier semestre 2008, se caractérisent pratiquement tous par leur goût corsé ou original. On consomme bio, on achète exotique, on se ravitaille toujours dans les espaces bon marché, dans le bas des rayonnages, mais le Suisse exige des aliments qui ont beaucoup de goût. Et il faut dire que, ces dernières années, les industriels de la branche agroalimentaire ont redoublé d’ingéniosité pour mettre sur le marché des produits savamment épicés.
Invitation au voyage. Les Suisses veulent le beurre et l’argent du beurre: ils exigent des produits sains et savoureux qui les invitent au voyage. La recette est la suivante: on prend un produit standard qui défie les années, comme la cacahuète, le thé, la tomate ou, côté Suisse profonde, le muesli. Et puis, on le mélange, on l’enrichit quitte à bousculer quelque tabou alimentaire. Les cacahuètes grillées au wasabi – sorte de moutarde made in Japan – vous sautent ainsi à la gorge à l’heure de l’apéritif; le thé glacé bio se décline de plus en plus à travers la saveur des herbes des Alpes; le mélange de tomates spécialement concassées pour la bruschetta rappelle la douceur de la Toscane. Un zeste de suissitude, un soupçon de bonne conscience. Qu’importe si, finalement, le wasabi ne vient pas du Japon, mais de Thaïlande, ou si encore le jus de canneberge, dont le nom anglais – cranberry – rappelle les forêts sauvages de la Nouvelle-Angleterre, est récolté en… Bulgarie. L’histoire est connue: qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse!
D’ailleurs, les chiffres sont là, imparables. Jürg Peritz, boss du marketing de la Coop, a ainsi récemment confié au journal Sonntag que les ventes de produits Fine Food et Natura Plan ont respectivement bondi de 12% et 10%, ce qui est beaucoup, au premier semestre 2008. A titre de comparaison, le chiffre d’affaires de la gamme des «Prix garantie» n’a, quant à lui, progressé que de 2% (au total: 9%). Migros, de son côté, a annoncé une hausse de ses revenus de 5%.
Les produits bio gardent la cote. L’an dernier, les ventes de marchandises issues de l’agriculture biologique ont augmenté de 7,7% contre 3% pour le marché alimentaire global, selon Bio Suisse, le pays restant le champion d’Europe en la matière. Les articles exotiques vont-il détrôner les produits helvétiques? Pas sûr: si les clients de la Coop boivent volontiers les yaourts Lassi au parfum de rose, ils absorbent tout aussi goûlument la Petite Arvine du Valais.
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