Les Suisses malades du bruit

Mis en ligne le 13.09.2001 à 00:00

n La lutte contre le bruit s'intensifie. Les citoyens haussent le ton, les autorités débloquent des milliards. n Pour se plaindre du tapage, tout est bon: grenouilles, églises, barbecues, canons à oiseaux ou à neige. Florilège. n Et si l'allergie au bruit était l'expression d'un malaise personnel? Le point de vue du socio-psychanalyste.

L'Hebdo; 2001-09-13

Nuisances Les Suisses malades du bruit

n La lutte contre le bruit s'intensifie. Les citoyens haussent le ton, les autorités débloquent des milliards.

n Pour se plaindre du tapage, tout est bon: grenouilles, églises, barbecues, canons à oiseaux ou à neige. Florilège.

n Et si l'allergie au bruit était l'expression d'un malaise personnel? Le point de vue du socio-psychanalyste.

L'ennemi public N° 1 n'est pas visible mais sonore. Il touche plus de la moitié des Suisses, exaspère 60% des Genevois. Il y a les bruits de circulation d'automobiles, de trains, d'avions - l'aéroport de Sion vient de promettre des mesures aux 700 riverains qui faisaient opposition. Il y a les nuisances liées à la multiplication des cafés, discothèques et autres manifestations techno - même la CGN a été contrainte de mettre la sourdine cet été. Il y a surtout tous ces bruits dits de comportement, cris, chants, claquements de portières et autres superbasses qui «rendent fous» les témoins auditifs, en ville comme à la campagne - d'où la création, en Suisse romande, de l'Oreille cassée, une association de «lutte contre les nuisances sonores et l'incivilité».

Ces «incivilités», ils sont de plus en plus nombreux à refuser de les supporter. Que la Suisse soit citée en exemple à l'étranger pour son efficacité dans la lutte contre le bruit n'y change rien. A leur échelle, c'est encore insuffisant dès l'instant où, note Roland Kalberer, chef de la section lutte contre le bruit de Fribourg, «les gens sont de plus en plus soucieux de leur qualité de vie sur le plan des nuisances sonores». Plus question donc de subir, de se taire ou de se ruer sur les tampons auriculaires dont les ventes... «ont grimpé» ces dernières années, murmure-t-on au siège zurichois de Migros. Non, aujourd'hui, notamment parce qu' «ils connaissent mieux leurs droits, les doléances augmentent», constate Mario Levantal, chef du service genevois de la protection contre le bruit. Rien qu'à Genève, le nombre de «dossiers bruit» est passé de 185 en 1994 à 422 l'an dernier. Téléphones à la police («Les gens appellent de plus en plus facilement», opine Jacques Volery, chef du service de presse genevois), lettres aux municipalités, dépôt de plaintes (on note ici et là quelques «abonnés»), quand cela ne va pas jusqu'au Tribunal fédéral. Ou jusqu'au meurtre (lire l'encadré ci-dessous).

Personne n'a été tué cet été. Mais les doléances - c'est la saison - ont à nouveau afflué. A Lausanne, la techno Wave night - «C'était l'horreur» - n'a pas qu'excédé des voisins comme Annie de Perrot. Florence Nicolier, chef de la police du commerce, a «reçu des plaintes de navigateurs qui n'arrivaient pas à dormir». Quant aux soirées «dance» que la CGN organise depuis deux ans à Genève, elles n'ont pas plu davantage aux riverains vaudois. Alors, «pour calmer le jeu», la compagnie a «annulé les deux dernières soirées prévues au départ de Lausanne», dit Bernard Aegler, directeur marketing. La question de poursuivre les soirées «dance» ou non est même discutée ces jours avec l'Etat de Vaud.

Obsession nationale

Si les Suisses sont si sensibles au bruit, ce n'est pas un hasard. Depuis 1987, date de l'entrée en vigueur de l'Ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit (OFB), le pays a donné l'exemple en faisant de la chasse aux décibels une obsession nationale. Avions, trains, routes, stands de tir, usines, pas une source sonore dépassant les limites autorisées n'est épargnée. Et qu'importe si cette obsession du silence coûte une petite fortune. Les CFF, qui devaient initialement payer de leur poche les mesures d'assainissement, se sont vu allouer en 1998 une enveloppe de 1,8 milliard de francs de la Confédération. Un crédit voté par le peuple.

Ce n'est pas tout. Quelque 3,4 milliards de francs seront encore dépensés pour les routes. Murs antibruit, bacs à fleur, goudron silencieux, épidémie de giratoires, resserrement des présélections, tout est pensé pour grignoter des décibels. Ce, dans un contexte d'accroissement continu du trafic routier et aérien, et donc de nuisances supplémentaires. Le combat ressemble à une course sans fin. N'est-il pas vain? «Jamais les investissements consacrés à la lutte antibruit n'ont été remis en cause politiquement, car on a pris conscience dans notre pays que la pollution sonore pèse lourd en termes de coûts sociaux», relève Charles Brulhart, chef de la section planification et construction à la division Lutte contre le bruit de l'Office fédéral de l'environnement.

Les entreprises n'échappent pas à la traque aux nuisances. Un nouveau marché est né. A Lausanne, IAV, spécialiste de la réduction du bruit industriel, créé en 1998, croule sous les commandes. «Cela va de l'usine trop bruyante, contrainte de se mettre en conformité avec les nouvelles réglementations en vigueur, à l'ingénieur qui cherche à commercialiser une nouvelle machine, la plus silencieuse possible», explique Louis Pouyat, directeur. Désormais, le silence est un facteur déterminant dans la concurrence.

Reste que la lutte antibruit ne se développe pas qu'à l'échelle nationale. Même les particuliers créent aujourd'hui leurs propres lobbies. L'Oreille cassée, par exemple. Jean-Henri Francfort, son président, avait déjà entamé la lutte en faisant signer une pétition à 780 habitants d'Ouchy qui venaient de subir 106 jours de manifestations contre 59 jours, trois ans plus tôt. Cette année, «supportant de moins en moins le bruit des haut-parleurs» et ayant la désagréable «impression d'être pris pour des c...», ils ont décidé d'agir, parce que «d'année en année, dans les villes comme dans les campagnes, des manifestations toujours plus bruyantes se multiplient». De son village, Christophe Verdan parle d'«invasions barbares, de manifestations dantesques qui commencent à 23 heures pour se finir à 8 heures du matin». Et le citoyen d'annoncer, en guise de représailles aux municipalités laxistes, que l'Oreille cassée compte publier un guide des communes vaudoises d'après le nombre de manifestations sonores auxquelles elles sont soumises... Point besoin d'un tel opuscule à Fribourg où l'on observe déjà cet «effet pervers»: «Au centre-ville, annonce Roland Kalberer, une partie des gens à hauts revenus ne supportant plus l'accumulation des manifestations quittent la ville.»

Les dessous des décibels

Et si «les gens qui ne réagissaient pas du tout agissent peut-être plus facilement aujourd'hui», comme le pense Jacques-André Mayor, secrétaire général de l'Asloca Lausanne, cela tient à plusieurs raisons. Tant objectives que subjectives. L'augmentation de la densité de la population, la multiplication du nombre d'établissements publics depuis la disparition de la clause du besoin dès 1996 (32% des plaintes à Genève); une concurrence accrue entre bars et manifestations («Donc plus d'établissements qui doivent faire dans l'original, d'où des nuisances plus élevées», note Roland Kalberer); des changements d'affectation («Un local au rez-de-chaussée qui se transforme en restaurant», glisse Florence Nicolier); mais aussi un «individualisme» de plus en plus évident, estime Jacques-André Mayor. Et puis, comme l'explique Roland Kalberer: «Face aux bruits de comportement, les gens savent qu'ils ont la possibilité de faire changer quelque chose, contrairement aux bruits de circulation plus anonymes. D'où la mise en évidence de ce genre de plaintes.» Madeleine Kuhni, elle, ne se contente pas de «faire de bons dossiers», de découper les articles de journaux, de filmer les cris du délit ou encore de téléphoner à la police sans plus avoir à se présenter. Non, la professeur de peinture sur porcelaine fait systématiquement opposition à l'ouverture de nouveaux bars et autres dancings sur Lausanne, forte de sa conviction: «On ne respecte pas les habitants mais les tenanciers. On n'a pas à être les victimes des gagne-pain.»

Mais il est d'autres raisons, sociologiques celles-ci, qui expliqueraient cette sensibilité au bruit. «Se plaindre du bruit est souvent un moyen d'exprimer d'autres problèmes, sentimentaux, professionnels ou autres, explique en écho à ses confrères Mario Levantal qui donne l'exemple du chômeur stressé, cantonné chez lui toute la journée, qui découvre d'un coup des bruits «insupportables». Parce que la façon dont est ressenti le bruit dépend non seulement de la nature des nuisances mais aussi de l'état psychologique de l'individu au moment où il les entend. Jacques-André Mayor acquiesce: «L'oreille humaine est un organe très performant, capable de sélectionner les bruits. C'est un inconvénient lorsqu'on devient sensible au pas d'un voisin qu'on ne devrait pas entendre. Mais certains les guettent, même inconsciemment.» Des gens qu'il s'agit de désensibiliser, «mais ce n'est pas facile, d'autant moins qu'il faut qu'ils reconnaissent leur problème».

De toute façon, comme l'a rappelé le Tribunal fédéral à un plaignant en septembre 1998, il n'existe pas de droit à la tranquillité absolue.

Cathy Macherel et Florence Perret

Les raisins de la colère église

Le Tribunal fédéral (TF) déboute une habitante de Bubikon (ZH) dérangée dans son repos dominical par les cloches de l'église. La décision de la commune de les retarder d'une heure n'avait pas satisfait la recourante qui estimait qu'à 6 heures, les habitants sont encore au lit. (Avril 2001)

Cour de gym

Les exclamations des enfants sont «des émissions bruyantes inacceptables», estime le Tribunal administratif (TA) saisi par des habitants de Mellingen (AG): impossible d'utiliser normalement les bancs publics alentour lorsqu'une quinzaine d'enfants s'y trouvent. Le carrousel et la tour de grimpe seront enlevés. Un jugement «difficilement compréhensible» pour la commune. (Mars 2000)

Verre

Un habitant de Villeneuve, qui s'opposait à l'installation d'un container à verre, est débouté par le TF: à l'aube du troisième millénaire, de telles nuisances doivent être supportées par les citadins. (Décembre 2000)

Barbecue

Un retraité abat son voisin, un jeune père de famille qui faisait un barbecue dominical. Le meurtrier se plaignait souvent du bruit et de la fumée qui s'échappaient des grils de son locatif schwytzois. (Juin 2000)

Canons à oiseaux

Le TF déboute un recourant indisposé par les «canons à oiseaux» d'un vigneron zurichois: les explosions et appeaux utilisés à l'aube des vendanges pour éloigner les volatiles est une nuisance qui dure moins de deux mois par an. (Septembre 1998)

Hélicoptère

Excédé par le bruit d'un hélicoptère, un habitant d'Auvernier (NE) tire un coup de semonce avec son fusil en direction de l'appareil dont la mission est... d'étudier la possibilité de construire le long de l'autoroute des parois antibruit. (Août 1998)

Clochettes

Un paysan de Bex qui mettait des clochettes à son troupeau de veaux, indisposant le couple de la villa voisine, sera finalement contraint de les enlever durant la nuit. «Les cloches doivent céder devant la santé et la tranquillité d'une famille», a estimé le tribunal. (Octobre 1990)

Voisinage

Un homme de 69 ans est condamné à Bienne pour avoir abattu de cinq balles son voisin. Le meurtrier croyait que la victime faisait exprès de faire du bruit pendant la nuit pour l'incommoder. (Juillet 1998)

Place de jeux

Le TF rejette le recours des propriétaires d'un chalet qui ne toléraient plus les cris des enfants autour d'une double balançoire et d'un bac à sable de Montana-Vermala (VS). Ils réclamaient son déplacement ou sa fermeture entre midi et 15 heures. (Mars 1997)

Grenouilles

Le tapage d'une cohorte de grenouilles, qui donne des insomnies à un quartier d'Yverdon, fait réagir le conseiller d'Etat Pierre Cevey. Dépêchés sur les lieux, les chasseurs de décibels vaudois font chou blanc: les batraciens sont restés aphones. (Mai 1991)

Poules

A Bienne, le TA rejette la plainte de voisins qui jugeaient que les bruits et odeurs de trente poules et deux coqs dépassaient la limite du supportable: les habitants d'une zone résidentielle de campagne doivent faire preuve de tolérance. (Juillet 1988)

Coq

Le chant du coq «fait partie de la vie de la campagne, comme l'est le gazouillis des oiseaux pour les personnes habitant près d'un parc arborisé», a rappelé la cour de justice au retraité de Cartigny (GE) qui se plaignait d'être réveillé par les cocoricos d'un gallinacé. (Décembre 1987)

Canon à neige

La Ligue suisse contre le bruit recommande aux autorités des stations de vacances d'interdire les canons à neige. Le bruit considérable émis par ces installations nuit, selon elle, à l'attrait touristique des stations. Alors que le manque de neige... (Janvier 1988)

Rue

Un homme de 56 ans tire plusieurs coups de feu avec son pistolet de la fenêtre de son immeuble genevois, pour faire taire des jeunes rassemblés dans la rue à 3 heures du matin. Deux voitures ont été touchées. (Juillet 1986)

Tracteur

Un agriculteur de 36 ans est mort dans l'Emmental bernois après que son voisin, dérangé par le bruit de son tracteur, eut fracassé le pare-brise de l'engin avec une boule de métal, causant une telle frayeur à son conducteur qu'il a succombé à un arrêt du coeur. (Mai 1986)

Fl. P.

Ce qu'en dit le Code civil De l'ordre, de la tranquillité publics et des moeurs.

Art. 14 Le dimanche et les jours fériés légaux et les jours de fêtes religieuses sont jours de repos public.

Art. 15 Est interdit tout acte de nature à troubler l'ordre et la tranquillité publics. Sont notamment compris dans cette interdiction: les querelles, les cris, les chants bruyants ou obscènes, l'ivresse, les attroupements tumultueux ou gênant la circulation, les coups de feu ou pétards à proximité des habitations et les instruments bruyants en tous genres.

Art. 19 Il est interdit de faire du bruit sans nécessité. (...)

Art. 20 Il est interdit de troubler la tranquillité et le repos des voisins par l'emploi d'instruments ou d'appareils sonores. Après 22 heures et avant 7 heures, l'emploi d'instruments de musique ou appareils diffuseurs de sons n'est permis que dans les habitations, pour autant que le bruit ne puisse être perçu par le voisinage. (...)

Art. 21 Pendant les jours de repos public, tout bruit de nature à troubler la tranquillité et le repos d'autrui, ainsi que tous travaux intérieurs et extérieurs bruyants sont interdits. (...)

Art. 22 Toute manifestation publique, en particulier toute réunion, tout cortège ou mascarade, de nature à troubler l'ordre et la tranquillité publics, est interdite.

Art. 29 Les détenteurs d'animaux sont tenus de prendre toutes les mesures utiles pour les empêcher de troubler l'ordre et la tranquillité publics, notamment par leurs cris ou aboiements, de jour comme de nuit (...).

«Se plaindre du bruit, c'est se plaindre de sa vie»

Pour Manuel Periáñez, sociologue et psychanalyste français, le bruit est rarement gênant en soi. Tout dépend du sens qu'un individu, qu'une culture lui attribuent.

De plus en plus de gens se plaignent du bruit et les Etats dépensent beaucoup d'argent pour le combattre. Comment expliquer que ce thème soit devenu une préoccupation majeure dans les sociétés occidentales?

Au cours du XXe siècle, on a assisté à un formidable développement des machines à moteur sous toutes leurs formes et les niveaux sonores moyens ont incontestablement augmenté. Ce fait explique évidemment la montée de cette préoccupation. Mais il y a d'autres facteurs. Le thème du bruit est un exutoire, un support projectif idéal pour exprimer toutes sortes d'angoisses. Quand on se plaint du bruit, on se plaint souvent d'autre chose. Sur le plan politique, c'est aussi un sujet très rassembleur: tout le monde est d'accord pour dire que le vacarme, c'est agressant. La lutte antibruit a donc trouvé un terrain facile pour s'exprimer.

Se plaindre du bruit, c'est donc exprimer un malaise...

Oui, très souvent. Bien sûr il y a des bruits qui sont gênants en soi: il n'est agréable pour personne d'habiter à côté d'un aéroport et cela justifie les politiques d'assainissement. Mais 80% des plaintes qui finissent devant les tribunaux concernent des niveaux sonores tout à fait moyens. Dans la majorité des cas, ce n'est donc pas l'intensité du bruit qui provoque la gêne, mais bien le sens, le signifiant que l'individu lui attribue.

En étudiant les comportements dans un locatif, on a pu montrer que des personnes soumises au même environnement sonore ont des réactions très différentes selon leurs conditions de vie. Les gens stressés, les chômeurs, les personnes qui ont des problèmes familiaux, etc., sont plus prompts à râler contre le bruit que ceux qui se sentent bien dans leur peau.

Peut-on transposer cette analyse à un niveau collectif?

Bien sûr. A Paris, les gens qui habitent le long du périphérique sont ceux qui se plaignent le plus du bruit. Or, les niveaux sonores sont bien moins élevés qu'au bord des quais de la Seine, un quartier riche où, là, personne ne se plaint. L'augmentation des plaintes dans une ville ou un pays peut être le symptôme d'une dégradation du bien-être social.

Le bruit a-t-il toujours une connotation négative?

Non, il y a des facteurs culturels qui entrent en jeu. Un exemple: on constate qu'à Amsterdam, le bruit des avions est mieux accepté que dans d'autres villes. Cela s'explique par des raisons socio-historiques: le port d'Amsterdam, noeud européen du transport, a longtemps fait la fierté de la ville. L'activité des avions y est aujourd'hui perçue comme une persistance de cette vivacité économique. Le sens attribué au bruit peut donc varier considérablement d'une culture à l'autre. Chez nous, on vénère le silence; dans certaines sociétés primitives, on tape sur des tam-tams la nuit pour chasser les mauvais esprits.

Dans quelles conditions, dans une même société, un bruit énervant devient-il un son agréable?

Pour qu'un bruit soit jugé positivement, il faut qu'il appartienne à la culture dominante. Dans nos sociétés, le bruit des cloches d'une église s'inscrit dans un paysage sonore romantique bourgeois; il est le plus souvent bien accepté, même si le niveau de décibels est franchement insupportable! Parmi les grands classiques des sons qui rassurent, il y a évidemment le bruit du vent et des oiseaux. A l'inverse, les nouveaux sons, les bruits qui appartiennent à une culture naissante - ceux des rave parties par exemple - génèrent des angoisses.

Les bruits d'aujourd'hui sont-ils plus angoissants qu'autrefois?

Les sons relatifs à la modernité ont toujours fait peur. Ce fut le cas lorsque est arrivée la locomotive à vapeur. Le problème, aujourd'hui, c'est que les bruits sont de moins en moins codifiés. Au début du siècle, le paysage sonore, tout comme les classes sociales étaient clairement organisés. Le défilé du 1er Mai avait son tableau sonore, la messe avait le sien. Aujourd'hui, dans une société qui change très vite, on assiste à un brouillage des signifiants et il faut faire un gros travail de décodage. Et cela, c'est angoissant.

Propos recueillis par Cathy Macherel

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