"Les Suisses sont des hypocrites"
Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 17.03.2010 à 14:50
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MICHAEL VON GRAFFENRIED. Le photographe bernois explique pourquoi il boycotte la Suisse après le vote anti-minarets. Coup de gueule.
C’est au coin de Brike Lane et de la rue Fournier, au coeur du Londonistan, ce Londres des immigrés bengalis, pakistanais ou maghrébins, celui des petites boutiques de vendeurs de téléphones portables, d’épices, de fish et chips, et des galeries d’art branchées ou des ateliers d’artistes tels que Damien Hirst et Tracey Emin que nous emmène Michael von Graffenried en ce matin glacial et pluvieux d’hiver. A pas de géant à vrai dire, lui qui mesure 1 m 90. Son vieil appareil panoramique, solidement accroché à son cou, pend nonchalamment sur son torse. Et voilà que deux femmes en niqab, voilées de pied en cap, s’approchent sur le trottoir de cette étroite rue pavée où les camionnettes et les voitures peinent à se croiser. Clic. La photo est en boîte sans que personne ne s’en rende compte. Une discrétion tout helvétique.
Le photographe bernois établi à Paris depuis vingt ans et qui passe six mois dans la capitale britannique en résidence d’artiste poursuit son chemin. Il n’est de tout e manière pas du genre à s’arrêter. Lui, ce qu’il aime depuis le début de sa carrière à la fin des années 80, c’est surprendre. Et passer inaperçu. Un peu comme Erich Salomon, le père du photojournalisme moderne, qui a donné son nom à un des plus prestigieux prix du monde. Une récompense qui a marqué le talent des plus grands, comme Robert Franck (1985), Sebastião Salgado (1988), Don McCullin (1992, 1993), René Burri (1998) ou Martin Parr (2006) et que Graffenried reçoit cette année pour l’ensemble de son travail. Ce n’est pas un hasard. Il y a une réelle proximité intellectuelle entre ce Juif allemand qui fut gazé en juillet 1944 à Auschwitz et l’aristocrate suisse. Les deux photographes sont les rois des indiscrets, comme le président français Aristide Briand avait surnommé Salomon. Ce dernier avait l’habitude de s’immiscer dans les conférences et les rencontres internationales des années 20-30, rapportant des clichés inédits des personnalités politiques les plus en vue. Un regard impertinent à la Salomon dont a hérité Graffenried qui a exploré dans les années 90 le Parlement suisse (Un photographe au cœur du Palais fédéral, Ed. Ringier) et les intérieurs des conseillers fédéraux de l’époque. Son travail n’a jamais été égalé jusqu’à aujourd’hui.
Mais revenons à Londres et au coin des rues Brike Lane et Fournier. Un minaret métallique d’une quinzaine de mètres de hauteur vient d’être érigé dans ce quartier de Whitechapel, où Jack l’Eventreur a sévi à la fin du XIXe siècle. Une belle pièce argentée dont le croissant musulman s’élance vers l’azur. Impossible de manquer cette tour grise avec ses cylindres aux motifs octogonaux typiquement orientaux. Et c’est là que ce fils de bonne famille bernoise, comte de son état, veut bien nous accorder une interview sur son actualité et sa décision de boycotter la Suisse.
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