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Les visages du Hamas

Mis en ligne le 02.02.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-02-02

Les visages du Hamas

palestine Ils ont supplanté le Fatah et sont déterminés à rayer Israël de la carte. Qui sont les hommes clés du mouvement intégriste?

Le Leader en exil Khaled Meshal

L'agression, dont il a été victime, dans les rues d'Amman, a épaissi son étoffe, celle d'un héros auprès des militants radicaux. Ce 25 septembre 1997, deux agents du Mossad, chargés d'empoisonner Khaled Meshal par une discrète injection, se font repérer et arrêter. Israël se verra contraindre de fournir l'antidote et d'accepter le retour du légendaire cheik Yassine.

Huit ans plus tard, basé à Damas, Meshal, 48 ans, est, considéré comme le numéro un du Hamas. Contraint à l'exil depuis 1990, il a oeuvré pour tisser des liens avec des régimes anti-israéliens et coordonner les bureaux du mouvement à l'étranger. Peu après l'annonce de la victoire de son camp aux législatives, le leader a dénoncé les réactions américano-israéliennes: «Le monde a mis en avant le slogan de la démocratie; il doit maintenant respecter les résultats de la démocratie.» Il s'est aussi empressé de réaffirmer son refus de déposer les armes contre Israël et a annoncé sa volonté d'unifier les forces de sécurité palestiniennes pour en faire une armée nationale.

Fin 2005, il s'était rendu à Téhéran pour applaudir aux propos antisémites du président Mahmoud Ahmadinejad. Lundi 30 janvier, ce dernier l'a félicité à sa manière: «Libérer les territoires occupés requiert vigilance et préparation de la part des nations islamiques, surtout des Palestiniens. Nous resterons à leurs côtés.» Meshal de retour à Gaza? Israël fera tout pour l'en empêcher. Diplomatiquement, voire physiquement.

Le père fondateur Mohammed Al Zahar

La vie de Mohammed Al Zahar bascule en septembre 2003, lorsqu'il échappe de justesse à une attaque aérienne israélienne dirigée sur sa maison. La perte de son fils dans l'attentat porte alors à l'extrême sa haine contre Israël. Son statut de père d'enfant martyr le transforme en leader charismatique, tenant de la ligne dure du Hamas.

Unique survivant parmi les têtes originelles du Mouvement fondé en 1987, ce médecin de 60 ans est actuellement l'homme le plus médiatisé du Hamas. Il est aussi considéré comme son leader dans la bande de Gaza, territoire sur lequel il a fondé une université islamique. Député depuis le 25 janvier, Mohammed Zahar affirme d'emblée que son gouvernement ne reconnaîtra pas Israël, tout en ajoutant qu'une trêve est envisageable, mais à long terme. Un ministre de l'Intérieur potentiel, même si, pour l'heure, l'intéressé nie vouloir briguer un siège important dans le futur gouvernement.

Le bras armé Mohammed Deif

Le «terroriste aux neufs âmes», Mohammed Deif, avait promis «l'enfer» à Israël dans un message vidéo diffusé sur l'internet. Et est passé à l'acte, en 1996, en commanditant plusieurs attentats suicide entre Jérusalem et Tel-Aviv. Arrêté en mai 2000 par la police palestinienne, il doit sa libération, une année plus tard, à un geste de Yasser Arafat. En pleine Intifada, il prend la tête de la guérilla islamiste pour en devenir le chef énigmatique. Mohammed Deif est un proche d'Al Zahar et de sa ligne dure. Il dirige actuellement les Brigades Kassam, une des ailes militaires les plus actives du Hamas. Un leader certes, mais pas ministrable, compte tenu des exigences de politique étrangère auxquelles devra faire face le mouvement une fois au pouvoir. Et son rôle pourrait s'atténuer si le Hamas parvient à remplacer les différentes factions armées par une armée régulière unique.

La relève politique Ismaïl Haniyeh

Au lendemain de la victoire électorale du Hamas, Ismaïl Haniyeh s'est adressé au quartette international sur le Proche-Orient (USA, UE, Russie et ONU) pour lui demander de poursuivre le versement de l'aide financière à la Palestine. Des propos responsables qui confortent de nombreux observateurs spécialisés, dont Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), dans l'idée qu'il est l'homme à suivre. Et, peut-être, le prochain Premier ministre de l'Autorité palestinienne.

Expulsé par le gouvernement de Ytzhak Rabin en décembre 1992 dans un no man's land à la frontière du Liban, Haniyeh, simple militant du Hamas, a trouvé, dans ce revers, la force et la rancoeur nécessaires pour gravir les échelons du Hamas. Rentré à Gaza en 1993, il devient l'homme de confiance du Cheikh Ahmed Yassine. Après l'assassinat de Yassine par les forces israéliennes en décembre 2004, Haniyeh s'impose sur le devant de la scène politique. Il est propulsé, fin 2005, tête de liste du Hamas pour les législatives de janvier.

Islamiste estampillé réformateur, Ismaïl Haniyeh représente, à 43 ans, la nouvelle génération. Il prône une politique intra palestinienne réaliste qui passe par un dialogue avec les autres factions de l'OLP, notamment le Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Mais pour lui, le futur Etat palestinien devra inclure le territoire israélien et être régi par la charia. |Karin Suini

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