Sans-papiers
Les yeux grands fermés de l'école
L’apprentissage pourrait s’ouvrir aux clandestins au niveau national. Cette légalisation dissiperait le flou dans lequel tâtonnent des milliers d’adolescents.
Nous ne savons pas. Et nous ne voulons pas savoir. Le système scolaire helvétique instruit des milliers de sanspapiers, mais se garde bien de les identifier. Ils sont traités comme les autres, s’entend-on répondre. Ni plus, ni moins. Un excès de politiquement correct qui nourrit l’illusion de leur légalité, mais aussi les prive des outils pour affronter leur situation le jour où ils se heurteront au marché du travail.
Le 14 juin prochain, le Conseil des Etats votera sur la motion Barthassat, qui permettrait de leur ouvrir l’accès à l’apprentissage, pour l’instant prohibé. Accepté contre l’avis du Conseil fédéral le 3 mars dernier par le National et ensuite, de justesse, par la Commission des Etats, le texte jouera sa peau à un fil. C’est que la cause a avancé à pas de géant depuis février dernier, lorsque Lausanne a déclenché une polémique en se déclarant prête à former des apprentis sans-papiers, au mépris de la Loi fédérale sur les étrangers, mais en respect de la Convention internationale des droits de l’enfant. Depuis, des soutiens inattendus ont surgi des rangs des employeurs – notamment du Lausanne Palace – et pèsent dans la balance d’une droite divisée entre fermeture des frontières et besoin de main-d’œuvre.
L’action lausannoise a forcé l’articulation de quelques chiffres. Dans la capitale vaudoise, entre 20 et 30 adolescents termineraient l’école obligatoire chaque année et se retrouveraient alors au pied du mur: maturité fédérale ou travail au noir. «Or, la plupart des clandestins n’arrivent pas à accéder au gymnase, car ils sont allophones à leur arrivée en Suisse», pointe la députée Anne Papilloud, engagée au Collectif des sans-papiers. A terme, ce sont les 200 à 300 enfants clandestins scolarisés à Lausanne qui se dirigent vers cette impasse, sans compter les milliers d’autres des grands centres urbains que sont Genève, Zurich et Bâle, surtout. Au total, la Suisse compte environ 90 000 clandestins, évaluait en 2005 une étude de l’Institut gfs.berne.
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