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RÊVE DE GLOIRE Xiao Lin vient tous les jours depuis trois ans aux studios de Pékin, pour décrocher des rôles de figurante. Son rêve? Devenir présentatrice TV.
Céline Zünd

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Blogtrotters
L'espoir aux portes de Chinawood

Par Céline Zünd - Mis en ligne le 25.08.2010 à 10:05

Cinéma. Tous les jours dès l’aube, des dizaines d’aspirants acteurs se pressent aux portes des studios de Pékin, avec l’espoir de décrocher un rôle de figurant.

Beaucoup d’entre eux ont passé la nuit au bord du périphérique, un simple ballot comme oreiller. Chaque jour, des dizaines de prétendants acteurs se pressent aux studios de cinéma de Pékin, parmi les plus grands du monde, dans l’espoir d’apparaître comme figurant.

«JE NE VEUX PAS CHERCHER UN AUTRE TRAVAIL, JE SUIS ICI POUR DEVENIR UNE STAR!» Cai Jun, prétendant acteur de 24 ans
Dans une chemise blanche impeccable, chaussures cirées aux pieds et sourire à la Roger Moore accroché aux lèvres, Way Chen résume: «Mieux vaut attendre ici des heures et partir sur des tournages de temps en temps plutôt que de trimer du matin au soir.» L’homme d’âge mûr parvient à vivre décemment en cumulant les petits boulots.
 
En fin de semaine, il fait le ménage dans des hôtels de luxe pour 12 francs la journée et, tous les lundis, il revient faire le pied de grue. Les plus chanceux sont embarqués dans des minibus vers des lieux de tournage mystérieux. Pour une paye de 4 fr. 50 la journée, ils figurent silencieusement en toile de fond des épopées chinoises à grand budget.
 
L’envers du décor. Le marché de la figuration est contrôlé par une armée d’intermédiaires qui s’occupent du recrutement. Ces chasseurs de têtes peu scrupuleux ponctionnent au moins 40% des revenus des aspirants acteurs. Mal payés et sans assurance de pouvoir travailler, les figurants passent ensuite inaperçus dans l’arrière-fond des décors de Chine antique. Et pourtant, l’humeur n’est pas à la déprime parmi les rêveurs.
 
Depuis trois ans, Xiao Lin ne vit que de petits rôles. «Je viens ici tous les jours, car un gigantesque tournage se prépare pour une grosse production, avec les plus grandes stars du cinéma chinois», s’exclame la jeune fille, perchée sur ses bottines à talons. Casquette de marin vissée sur la tête, des yeux ronds cerclés de lunettes brillantes, la jeune fille au look extravagant espère un jour devenir présentatrice TV. Mais elle sait que ses chances sont maigres et le chemin ardu.
 
Tout comme Jiang Xiuxin, qui vient tous les matins depuis trois mois. Elle a été choisie à deux reprises pour des seconds rôles, une faible récompense en regard des heures d’attente, mais la petite dame de 65 ans ne se décourage pas: «Je sais danser et chanter avec une voix haute», s’exclame-t-elle, avant d’en faire la démonstration. Les traits de Jiang laissent deviner la grâce de la danseuse classique qu’elle était.
 
A présent, la fatigue et le temps ont laissé leurs traces. Sous la poudre, les cernes violets apparaissent. Ses chaussures sales et usées trahissent sa condition. «Ma retraite mensuelle de 150 francs ne me suffit pas pour vivre mais, plutôt que de m’épuiser à travailler du matin au soir, je préfère attendre ici de pouvoir faire quelque chose qui me plaît», précise la dame, digne dans sa qipao, robe traditionnelle chinoise.
 
Assis à l’ombre sur un muret, un homme bedonnant caresse sa barbe en adoptant des poses lascives, pendant qu’un jeune en costume satiné enchaîne des mouvements de kung-fu devant une petite assemblée hilare. Si, pour beaucoup d’entre eux, il ne s’agit que d’un revenu supplémentaire, d’autres aspirants acteurs rêvent de célébrité à poings fermés.
 
Certains persévèrent depuis des années, nourrissant leurs espoirs des histoires de succès qui se racontent encore et toujours. Comme celle de Wang Bao Qiang. La star chinoise de renommée internationale a débuté comme ces milliers de soutiers de l’industrie du rêve, en multipliant les petits rôles et les heures d’attente devant les studios de cinéma. Cai Jun compte bien suivre ses pas.
 
«J’aimerais devenir célèbre et gagner beaucoup d’argent», dit ce jeune homme de 24 ans, qui a quitté sa campagne natale depuis un mois pour rejoindre la capitale. Déterminé à s’écarter de son destin de paysan, il est parti avec ses vêtements pour seul bagage et l’équivalent de 600 francs en poche.
 
Aujourd’hui, il a presque tout dépensé et n’a décroché aucun rôle. Pas question pour autant de renoncer: «Je ne veux pas chercher d’autre travail, je suis venu ici pour devenir une star», martèle-t-il. Alors, il dort dans le métro et revient attendre fermement devant les studios de cinéma tous les jours, du lever au coucher du soleil.




Tags: Blogtrotters, Chinawood, Pékin,

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Réaction de H
le 28.08.2010 à 12:41
Ton article est splendide, un vrai plaisir à lire!



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