Tout sourire et taquin, Marco Solari passe en revue les directeurs artistiques qui se sont succédé depuis dix ans qu’il préside le Festival du film de Locarno. Il y a eu «il Principe» (le prince, Marco Müller), le «grand volcan» (Irene Bignardi), la «force tranquille» (Frédéric Maire). Place aujourd’hui à Olivier Père, 39 ans, qui, «un peu silencieux, un peu mystérieux, même pour le président, respire le cinéma du matin jusqu’au soir».
Après le sourire machiavélique de Müller, le regard pervenche étincelant de la Bignardi, l’érudition fervente et débonnaire de Maire, voici le complet gris et la cravate assortie d’Olivier Père. Bien davantage qu’au gris souris des fonctionnaires, cette élégance gris perle renvoie au chic cinéphilique, au noir et blanc de Sunset Boulevard, à un americano bu avec Hemingway, à la beauté d’Ava Gardner… Pince-sans-rire, le nouveau directeur artistique du Festival de Locarno cite d’emblée Henri Langlois, patron historique de la Cinémathèque française: «Place au cinéma.» C’est son mot d’ordre, son modus vivendi, son credo…
L’amour du cinéma. La cinéphilie est sa chapelle, il l’assume sereinement. «Pour certains, même des cinéastes ou des critiques, la cinéphilie est presque devenue une insulte. Parce que ça renvoie à une idée caricaturale du rat de cinémathèque. Je n’ai aucun complexe à m’affirmer cinéphile.»
Olivier Père a effectivement vu beaucoup de films à la Cinémathèque française, où il a travaillé comme programmateur, de 1995 à 2003, ou sur DVD – il en a quelque 3000. Des œuvres anciennes, du cinéma contemporain: «Un cinéphile, c’est juste quelqu’un qui s’intéresse au cinéma, qui est curieux de son histoire, de son présent et de son avenir.»
Ainsi, la rétrospective que Locarno consacre à Lubitsch cette année propose «une expérience très moderne», en confrontant les regards d’hier et d’aujourd’hui. «On va pouvoir se demander où est l’héritage de Lubitsch dans le cinéma de comédie contemporain. La cinéphilie doit être une pratique vivante.»
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