Monsieur le candidat bourreau, Votre initiative fait tellement de bruit qu’il vaut la peine d’en consulter la teneur pour savoir de quoi on parle: «Quiconque commet un meurtre ou un assassinat en concours avec un acte d’ordre sexuel sur un enfant, une contrainte sexuelle ou un viol est exécuté indépendamment de toute expertise ou des connaissances scientifiques.
Il suffit d’entrouvrir la porte de la régression historique et la barbarie s’y engouffre en tornade.
La Confédération exécute la peine capitale. L’exécution capitale a lieu dans les trois mois qui suivent l’entrée en force de la condamnation. Le tribunal fixe les modalités et la date de l’exécution capitale.»
La peine de mort sans recours possible à une expertise psychiatrique ou à un délai de réflexion. Vite fait bien fait. Il manque juste une description du procédé, pendaison, décapitation, injection létale, chaise électrique, roue, estrapade, qui est laissé à la bienveillante discrétion du tribunal.
L’initiative ne précise pas non plus quel serait le statut du bourreau, ses émoluments, sa caisse de retraite. Si on n’en trouvait pas sur le marché du travail, peut-on admettre que vous seriez volontaire et même bénévole?
Un jour après l’acceptation purement formelle par la Chancellerie fédérale, vous avez retiré l’initiative.
Soit parce que cela vous satisfaisait de lancer le débat, soit parce que les réactions négatives et les menaces anonymes vous ont intimidé au point de dire, à juste titre, que vous teniez davantage à votre famille qu’à votre initiative.
Peut-être avez-vous subitement réalisé qu’en légitimant la violence étatique dans un pays paisible, vous excitiez une brutalité généralisée.
Néanmoins, conforté par votre aller-retour juridique, vous prétendez maintenant faire pression sur les tribunaux pour qu’ils appliquent avec plus de rigueur les lois existantes.
Non sans succès, car la ministre de la Justice, effarée, a promis de faire un effort en ce sens. Entre-temps la nouvelle a voyagé dans les médias internationaux: la Suisse, terre de démocratie et de droit, est menacée de retourner à la loi du talion.
Ce n’est pas ahurissant puisqu’elle a inscrit dans sa Constitution, de par la volonté du peuple, l’interdiction des minarets, qui la ravale au rang de pays intolérant, persécutant l’islam au nom du christianisme.
Oskar Freysinger s’indigne maintenant à l’idée qu’une initiative pour la peine de mort puisse être introduite, en oubliant qu’il s’était fait le barde talentueux de l’initiative antiminarets.
On lui a répété qu’il ouvrait la voie à la peine de mort sans réussir à l’en convaincre. Il suffit d’entrouvrir la porte de la régression historique et la barbarie s’y engouffre en tornade. Le peuple le plus civilisé du monde a porté Hitler au pouvoir par 43,9% des suffrages en mars 1933: le même mois le camp de concentration de Dachau fut créé.
Ainsi, très cher monsieur Graf, vous avez brillamment démontré les dangers de la démocratie directe.
Si vous recycliez votre initiative létale, rien n’empêche que vous collectiez les signatures nécessaires. Le Parlement dans sa grande lâcheté n’oserait la refuser.
Il n’est même pas exclu qu’elle soit votée par le peuple. L’embarras serait alors extrême. La Suisse serait mise au ban des nations civilisées. Logiquement on serait contraint de supprimer le droit d’initiative, fût-ce au prix d’une entorse juridique.
Tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse. Le PS et l’UDC, qui n’arrêtent pas de lancer des consultations démagogiques à fins électoralistes, commenceront- ils à comprendre que l’abus des institutions mène à leur dissolution? Si c’était le cas, vous auriez bien mérité de la patrie, très cher monsieur Graf!
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