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Lettre ouverte à Hans-Peter Fricker

Mis en ligne le 21.12.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-12-21

Lettre ouverte à Hans-Peter Fricker par Charles Poncet

Monsieur,

Votre organisation se pique de donner des leçons à autrui. Pour ce faire, elle se pare en permanence des plumes du paon. A en croire votre propagande, vous réuniriez de sublimes idéalistes, anxieux d'épurer et le destin de la planète et le sort des créatures qui la peuplent.

En réalité, l'opacité de vos fonctionnements est digne de l'Opus Dei. Vous êtes une fondation - véhicule juridique qui confère tous les pouvoirs à sa direction - et vous ne risquez aucune assemblée générale qui ouvrirait vos ordonnancements aux débats de la plèbe. Brandissant force pandas, vous appelez dupes, gogos et naïfs à devenir «membres» de votre officine, en leur cachant qu'ils n'y acquerront aucun droit, hors celui de se taire et de verser leur écot. Vos comptes se nappent d'un brouillard que jalouserait la plus circonspecte des banques privées. Vous ne répondez à aucun contrôle digne de ce nom. La «surveillance» de l'Etat sur des fondations comme la vôtre est une aimable plaisanterie où s'affairent des fonctionnaires débordés, tatillons à la forme, mais myopes sur la substance.

En un mot, Monsieur, vous n'avez aucune légitimité.

La déloyauté de vos procédés dans la querelle du loup démasque chez vous la dichotomie entre pureté des ambitions proclamées et bassesse des pratiques adoptées. D'une ahurissante arrogance, voici que le WWF s'arroge le droit de décider à leur place du sort des populations de montagne et de ce à quoi elles devront dorénavant consentir, sauf à s'exposer aux foudres médiatiques et judiciaires de vos sbires.

Pour dire l'appréhension humaine d'un hiver du Moyen Age, François Villon évoquait «Sur Noël, morte saison / Que les loups se vivent de vent / Et qu'on se tient en sa maison / Pour le frima, près du tyson». Le loup incarne la crainte de l'homme face à ce qui l'entoure. C'est pourquoi vous entendez aujourd'hui contraindre bergers et montagnards à lui céder du terrain: la suprématie d'Homo sapiens sur les autres espèces est insupportable à votre secte. Vous rêvez d'une utopie qui verrait l'homme partageant avec le grizzli des pistes de ski d'où seraient à jamais bannis les canons à neige et les remonte-pentes électriques.

Que la poursuite de vos chimères contraigne quelques bergers au désolant spectacle de moutons égorgés par des meutes de canidés qui auraient tort de se gêner ne vous émeut guère. L'important est qu'en chaussant vos Birkenstock vous puissiez proclamer que le loup a été réintroduit dans nos Alpes et qu'il y «cohabite» avec les humains.

Détrompez-vous. La seule «cohabitation» entre le loup et l'homme se fait à coups de fusil. Là où l'homme vit et travaille, le loup n'a pas sa place. Des siècles de vie dure ont enseigné stoïcisme et endurance aux paysans de montagne, mais leur angélique patience ne saurait durer. Ils vont exterminer vos loups et ils auront profondément raison.

Aucun de vos arguments n'a le moindre mérite. L'équilibre «naturel»? La population humaine a décuplé: au nom de quoi lui imposez-vous l'obligation de laisser décimer ses animaux domestiques par un prédateur que des bureaucrates partisans veulent réintroduire contre vents et marées? Le milieu «naturel»? Il n'existe plus depuis que les bénédictins commencèrent à défricher les forêts d'Europe. Voulez-vous réintroduire le bison dans la Broye, les sangliers en ville de Berne et pendant que nous y sommes le choléra et la variole pour mieux «réguler» la population humaine et l'empêcher de nuire à vos bêtes protégées?

Je ne chasse pas, mais si on me convie à une battue au loup, je m'y rendrai d'enthousiasme, déterminé à en lever un pour lui coller une balle entre les deux yeux et c'est au gourdin que j'extirperai de sa tanière l'immonde progéniture qui s'y terre.




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