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Lettre ouverte à Jean-Pierre Roth

Mis en ligne le 08.12.2005 à 00:00

L'Hebdo; 2005-12-08

Lettre ouverte à Jean-Pierre Roth par Peter Bodenmann

Monsieur le Directeur,

Vous êtes président de la Direction générale de la Banque nationale. Puisque Ruth Dreifuss et Pascal Couchepin ont poussé pour que vous deveniez président, Bruno Gehrig a quitté la BNS. C'est ainsi que le meilleur parmi les membres de l'ancienne direction a été perdu au profit de l'économie privée.

Aujourd'hui, deux ex-banquiers décident avec vous de la vente d'or, des taux d'intérêt et de la vigueur du franc. Au moins un peu. Car la puissance du capital financier prend toujours plus d'ampleur. Les spéculateurs et leurs fonds ont le pouvoir de faire monter et descendre métaux et monnaies.

Pourtant, on mesure chaque manager grassement payé à l'aune de ses résultats. Vous avez vendu l'or de la Banque nationale trop tôt. Aujourd'hui, il vaudrait 6 milliards de francs supplémentaires. De nombreux analystes avaient prévu la hausse du prix de l'or, mais pas vous. Nous commettons tous des erreurs, mais on peut (et on doit) en tirer un apprentissage. Celui qui a jeté 6 milliards par les fenêtres devrait ensuite mieux écouter.

Chaque habitant de la Suisse paie chaque année 1700 francs de trop pour se nourrir. Pour une famille de quatre personnes, cela représente une perte de pouvoir d'achat de 6800 francs. Ces chiffres ont été donnés par l'Office fédéral de l'agriculture, et ne sont certainement pas exagérés.

Actuellement, les bénéfices des entreprises cotées en Bourse explosent, alors que les petits et moyens revenus perdent effectivement de leur pouvoir d'achat. En partie aussi à cause des primes d'assurance maladie en augmentation constante. En Finlande, les coûts de la santé sont inférieurs de 40% aux coûts suisses, pour une meilleure prise en charge. C'est la NZZ am Sonntag, journal au-dessus de tout soupçon, qui rapportait cela il y a deux semaines. Parce que les Finlandais n'ont que quarante hôpitaux, et parce que les médecins travaillent dans des centres de santé. Avant tout, parce que l'Etat planifie de manière intelligente.

Vous disposez d'armées d'analystes. Vous devriez démontrer comment nous pourrions obtenir des prix européens pour l'alimentation et finnois pour les coûts de la santé, dans l'intérêt de la place intellectuelle et industrielle suisse. Votre collègue Hildebrand, récemment élu, qui vient du monde des hedgefunds, voulait changer les structures. Mais même de sa part, on n'entend pas un son.

Dans la zone euro, l'inflation est plus importante qu'en Suisse. Mais elle n'est pas menaçante. Pour cette raison, la grande majorité des économistes européens étaient et sont encore contre une hausse des taux. Des politiciens comme le premier ministre luxembourgeois Junker ou le président de la Commission européenne Barroso ont essayé de freiner le Français Trichet. En vain.

Chez nous, les politiciens s'occupent d'histoires de radars et de pitbulls. Dans le meilleur des cas, la politique économique est un thème marginal. Donc, les deux banquiers au sein de la direction de la BNS - si vous ne vous exprimez pas enfin en termes clairs - s'imposeront et élèveront les taux au pire moment.

Dans les années 90, la Banque nationale a détruit, sans représailles, 150 000 postes de travail. Votre direction semble répéter les erreurs passées. Malheureusement, personne ne peut vous en empêcher. Mais en démocratie, on a le droit de poser des questions:

Pourquoi avez-vous vendu cet or trop vite, perdant ainsi 6 milliards de francs?

Pourquoi voulez-vous rendre le franc suisse plus fort par une hausse des taux d'intérêt, bien qu'un franc suisse faible soit avantageux pour l'industrie d'exportation et le tourisme?

Pourquoi la BNS devrait-elle calquer une hausse des taux sur celle de la Banque Centrale Européenne, alors que la croissance et l'inflation sont plus basses en Suisse?

Allez-vous encore une fois, comme pour l'or, éviter d'écouter le conseil des experts? Ou étouffer une conjoncture légèrement attractive?

Pourquoi le Parlement examine-t-il seulement le comportement du Conseil fédéral dans l'affaire Swisscom? Ne devrait-il pas aussi s'occuper de votre politique monétaire une nouvelle fois insensée? |

Peter Bodenmann hôtelier et publiciste

Pourquoi avez-vous vendu cet or trop vite, perdant ainsi 6 milliards de francs?

Jean-Pierre Roth

Président de la

Direction générale de la BNS.




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