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L'Europe n'existe pas

Mis en ligne le 12.10.2000 à 00:00

L'Hebdo; 2000-10-12

L'Europe n'existe pas

Une Pax americana. Une de plus. Si le Proche-Orient retrouve le calme ces prochains jours, il le devra à Bill Clinton, avant tout. Et voilà que, déjà, en Europe l'amertume pointe. L'anti-yankisme primaire refait surface. Voilà que l'on dénonce l'omniprésence des Etats-Unis réduits à un mélange de supériorité, d'inculture et de fanatisme. Le refrain est connu.

Mais où est le vrai problème? Pas tant dans la suprématie américaine que dans l'incapacité chronique des Européens à mettre sur pied une véritable diplomatie commune. «Europe has no guts» (l'Europe n'a pas de tripes), lâche ce négociateur qui fut longtemps en poste à Jérusalem.

Bien sûr, depuis Kissinger, les Etats-Unis se sont réservé cette partie du monde; bien sûr, ce faisant, ils n'ont pas manqué d'arrogance, mais l'Europe, de son côté, s'est-elle vraiment donné les moyens d'inverser ce mouvement? A-t-elle seulement cherché à s'imposer? A créer par exemple une politique étrangère commune, à l'aise dans ses rangers? La réponse est trois fois non. Conflit après conflit - Bosnie, Kosovo - la tentation persiste de se satisfaire du confort du parapluie américain, de se contenter de construire une Europe prospère et de déléguer sa défense, comme jusqu'ici, à Washington tout en râlant. En bref, de rester une province bienheureuse mais vassale de l'Empire atlantique.

Ce suivisme est dangereux autant qu'absurde. Dangereux parce qu'il réduit Bruxelles à vivre au pouls de Washington. Ainsi, si les Etats-Unis sont, comme ces jours, plus absorbés par des contingences électorales que par le destin des Balkans ou du Proche-Orient, l'Union européenne l'est aussi. Si l'épouse de Bill Clinton cherche à décrocher le siège de sénateur de New York et que cette ville compte, dit-on, plus de pro-israéliens que Tel-Aviv, eh bien Bruxelles doit aussi, par la force des choses, y être sensible. Dangereux mais aussi absurde, parce que, vu des Etats-Unis, il est possible et normal que l'on comprenne avec moins d'acuité le conflit serbe ou bosniaque que de Paris ou de Berlin.

Cette situation de dépendance est d'autant plus intolérable que l'Union européenne a les moyens et le potentiel de gagner enfin son indépendance. Elle pourrait avoir un réel impact si elle se décidait à parler d'une seule voix. Pour s'en convaincre, il n'est qu'à observer les quelques signes encourageants qu'elle marque ces jours à l'égard de la Serbie. En levant les sanctions rapidement, en invitant Vojislav Kostunica à son prochain Conseil vendredi 13 octobre à Biarritz. C'est cette Europe-là qui est, plus que toute autre, désirable. C'est pour celle-là qu'il faut lutter.

Car l'enjeu est de taille, d'abord parce que les troubles ambiants appellent au moins un second pôle démocratique pour apporter de la stabilité. Pour l'Europe, ce n'est donc pas une simple question de coquetterie qui se joue - pouvoir apposer sa griffe au bas d'un traité de paix - mais bien le fondement même de son projet. L'Union n'a pas été créée pour se laisser absorber par ses seuls problèmes d'intendance et de monnaie unique mais pour oeuvrer à la pacification du continent. Il serait temps qu'elle s'en souvienne avant que les eurosceptiques ne le fassent à sa place. Ce n'est qu'à cette condition que l'on verra, enfin, s'imposer une Pax europea.

Lire les articles de Michel Beuret, Claude Guibal, Pierre-Alexandre Joye, Anna-Patricia Kahn et Pierre Nebel, page 17.

C'est le fondement du projet européen qui se joue




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