Il a imposé aux gouvernements occidentaux alléchés par le pétrole libyen ou pris au piège de son machiavélisme délirant les chantages les plus abjects. On se souvient aussi du Kadhafi se pavanant à Rome, de sa tente plantée à un jet de pierre de l’Elysée. Un festival d’humiliations grand-guignolesques. Et souvent sanglantes.
Par un retournement ironique de l’Histoire, la Libye pourrait être, après le renversement du tyran, la réussite surprise du printemps arabe. L’intervention des forces de l’OTAN? Avec le recul, elle apparaît comme un succès et contredit les adversaires intransigeants du droit d’ingérence.
On ne peut certes pas exclure les affrontements tribaux, l’anarchie. Mais la Libye apparaît surtout comme une page blanche où tout reste à construire: un Etat, les partis politiques, un système judiciaire... C’est une chance à saisir. A cet égard, la Libye fait figure d’exception (lire le dossier de Patrick Vallélian et Clément Bürge).
Parions aussi qu’on évitera l’erreur commise en Irak avec la purge des membres du Parti Baas, le démantèlement de l’armée et des forces de police. Enfin, la Libye est assise sur un trésor (le pétrole et le gaz) et ne compte que 6 millions d’habitants. En comparaison, la reconstruction de l’économie égyptienne apparaît comme une tâche titanesque.
Dans ce printemps des peuples, la Syrie représente, elle, des enjeux géostratégiques autrement plus complexes. Les Occidentaux ne se risqueront pas à intervenir directement. Pas plus maintenant qu’avant. Trop dangereux. Les insurgés devront faire le travail eux-mêmes. Sans l’aide des forces spéciales, des avions et drones alliés. Difficile, donc, d’imaginer un dénouement rapide.
On imagine mal, enfin, que la lancinante question palestinienne se règle rapidement. Et même si un nouvel Etat était accepté par l’Assemblée générale de l’ONU, le 22 septembre prochain, il est improbable qu’il devienne réalité sur le terrain avant longtemps.
L’année 2011 marque le début du grand basculement dans le monde arabe. Et si le changement s’annonce plus profond que prévu, il se matérialisera beaucoup plus lentement qu’espéré. Hormis, peut-être, en Libye. Paradoxalement, elle dispose d’atouts uniques. Elle pourra les jouer bientôt. Une fois le spectre grimaçant de Kadhafi définitivement balayé.
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