L'Hebdo;
2007-01-18 l'exemple du québec
«Caisse unique: Les effets sur vos primes»
L'Hebdo No 2
Le Canada est un pays qui connaît le système de la caisse unique d'assurance maladie. Elle n'est pas précisément bon marché, puisque les dépenses de santé représentent 9,9% du produit national brut (11,5 % en Suisse). Et pourtant... les délais pour se faire opérer sont inquiétants: au moins six mois pour une opération de la hanche ou du genou. Plus alarmant encore, des hôpitaux à Montréal et au Québec ont lancé, ce début d'année, des appels à la population, l'invitant à ne plus se présenter durant 48 heures aux services d'urgence qui étaient saturés. Cet engorgement ne résultait pas d'une soudaine épidémie, mais de banals cas de routine.
Est-ce une telle situation que nous souhaitons? En acceptant l'initiative pour une caisse unique, c'est bien vers cette situation que nous irons. Tôt ou tard, l'accès aux soins sera réglementé et les délais de prise en charge augmenteront. Si le système actuel n'est pas parfait, il nous permet au moins de conserver la liberté de choix et l'accès rapide aux thérapies, aux médecins et aux hôpitaux. (...)
Michel R. Walther, directeur général de la Clinique de la Source, Lausanne
question de principe
Votre article explique bien que l'initiative pose un principe et un mandat. Vous expliquez bien le mandat donné au Parlement de régler le financement de la caisse. Vous n'y détaillez pas le principe, consistant à demander de remplacer les multiples caisses maladie - prétendument concurrentielles - par une caisse unique. L'enjeu consiste donc à remplacer un système délétère et opaque par un système plus sain et transparent, sous le contrôle d'une commission paritaire, où doivent siéger des représentants des patients, des soignants et de la caisse.
L'opacité actuelle concerne aussi bien les salaires des dirigeants des caisses, que le tri des bons et mauvais risques et les liens entre l'activité «sociale» (assurance de base) et les activités lucratives des assurances complémentaires. Le système actuel est malsain: dès les premières années de la LAMal, on a entendu chaque automne Mme Dreyfuss, après avoir annoncé l'augmentation annuelle des primes, nous conseiller de changer de caisse. Quoi qu'en disent les assureurs, ces changements ont un coût. De plus, un changement de caisse n'est utile qu'à très court terme: un à deux ans plus tard, il faut rechanger; et chaque automne le jeu des chaises musicales reprend...
Ainsi l'assuré moyen se lasse ou n'ose pas changer. Au final, moins de 10 % des assurés changent, et les caisses comptent là-dessus pour encaisser des primes surfaites. Ceux qui changent constituent une population de choix pour la sélection des patients «intéressants» pour les assurances complémentaires.
Ainsi, les caisses maladie entretiennent un système qui leur convient parfaitement, puisqu'il les enrichit. En votant pour la caisse unique, on vote contre ce système. (...)
Gérard Wagner, Lausanne
pas de panique!
«Au sud de l'Italie, la malaria est de retour» - Projecteur
L'Hebdo No 2
Votre article sur le prétendu retour de la malaria en Italie ne reflète heureusement pas la réalité! L'office européen de l'organisation mondiale de la santé a bien publié récemment un livre sur les effets prévus du réchauffement climatique sur la santé (euro.who.int/InformationSources/Publications/Catalogue/20051206_1), mais les conclusions de cet ouvrage sont diamétralement opposées à celles suggérées par votre rédacteur. Le retour de la malaria en Europe y est considéré comme très improbable. La même conclusion est faite pour d'autres maladies dites tropicales. Le prix à payer pour le réchauffement climatique deviendra de plus en plus élevé pour nos sociétés, mais au moins ces maladies ne feront pas partie de l'addition...
Il est bon aussi de préciser que les conditions pour la transmission du paludisme ont toujours été remplies dans la majeure partie de l'Europe et que la maladie n'a pas disparu à cause de facteurs climatiques, mais comme conséquence du développement économique et de méthodes de lutte efficaces. On pourra certainement continuer de profiter des vacances en Italie et en Grèce sans le goût amer de la quinine!
Christian Lengeler, Institut tropical suisse, Bâle
la paille et la poutre
«La guerre fiscale ne fait que commencer» et «L'exil fiscal, la dernière tentation des fortunes suisses»
L'Hebdo No 2
Suisse - expatrié - peut-être aurais-je des raisons de critiquer mon pays. Mais parlons impôts.
- Il est aberrant de comparer les taux d'imposition suisses et français; sait-on à Paris que les charges sociales, qui sont inclues dans l'impôt français, ne le sont pas en Suisse: chaque Helvète paie individuellement sa part de retraite (premier et second piliers), son assurance chômage et son assurance maladie et accidents, en plus de ses impôts.
- Peut-on sérieusement montrer la Suisse du doigt parce que le pays connaît la paix sociale? Il y a certes aussi des grèves, le personnel des services publics manifeste - avec raison parfois - pour un salaire ajusté, mais la voirie est assurée, le courrier est distribué jusque dans les maisons reculées et les transports publics partent chaque jour à l'heure.
- En économisant le coût important en France des désordres et des blocages dus aux manifestations et aux fréquents débrayages, la Suisse peut se payer le luxe d'impôts plus abordables. Par ailleurs, la Suisse connaît un taux de chômage réduit et les salaires y sont élevés: d'où un bon rendement des sommes prélevées par le fisc. (...)
- Enfin M. Montebourg ignore - ou feint d'ignorer - que, pour un Johnny Halliday, environ cent mille frontaliers français passent chaque jour la frontière pour travailler dans des entreprises suisses; au chômage ou au RMI dans leur pays, ces travailleurs ne sont pas mécontents de bénéficier de la sécurité de l'emploi et d'un salaire suisse. Sait-il encore que, en vertu de conventions bipartites, les impôts de ces frontaliers, retenus à la source, sont en partie reversés à l'Etat français?
Tels sont les arguments qu'aurait pu avancer le jeune Conseiller d'Etat genevois, peu loquace et joyeusement mis sur le gril par Laurent Ruquier et son équipe il y a quelques jours (On a tout essayé, relayé par TV5 Monde). C'est l'histoire de la paille et la poutre... particu-lièrement en usage dans l'Hexagone.
Michel Favre, Korat
pour la diversité culturelle
«Autopsie d'une fausse polémique» - Dossier Intégration
L'Hebdo No 50
«S'ils ne respectent pas nos traditions chrétiennes de Noël, eh bien qu'ils rentrent chez eux.»
Ils, ce sont ces musulmans qui veulent que la fête de Noël soit bannie des écoles. Et c'est parti pour une nième polémique sur l'islam et la Suisse. L'occasion est trop belle pour la presse: la grande actualité brûlante de cette fin d'année est toute trouvée! Sujet très délicat qui ne laisse personne indifférent. Heureusement, L'Hebdo dans un excellent dossier s'est démarqué en prouvant que c'est finalement «une fausse polémique» au grand dam d'une personnalité d'un certain parti (suivez mon regard...).
Musulman pratiquant, enseignant et père de famille, j'avoue que j'ai longuement hésité avant de prendre ma plume. Parler de religions peut s'avérer un exercice assez périlleux selon le thème abordé d'autant plus que je ne prétends pas être un érudit!
Comment une petite minorité de parents d'enfants musulmans peut-elle provoquer un tel séisme dans notre société? Une certaine presse est passée par là. Du coup, rebelote, les musulmans se sentent indexés. C'est le moment de remettre l'église (ou la mosquée!) au milieu du village. La grande majorité des musulmans ne doit pas rester dans un certain mutisme.
Quand on parle de Jésus à l'école comme étant le fils de Dieu, les musulmans sont en total désaccord et cela depuis la nuit des temps. Par contre, chacun est libre de croire à ce qu'il veut. Du coup, on ne pourra pas obliger un enfant musulman à chanter «Jésus fils de Dieu». N'empêche que beaucoup de musulmans portent le nom de Jésus (Insa ou Issa dans les pays d'Afrique noire par exemple). Idem pour Marie dont il est assez fréquent de trouver ce nom (Mariama) chez les musulmans.
L'Europe, terre judéo-chrétienne, célèbre-t-elle de nos jours Noël avec une connotation religieuse? A mon avis, Noël est de plus en plus l'occasion pour les familles de se retrouver autour d'un repas convivial et de s'offrir des cadeaux, sans plus.
Ailleurs, dans certains pays à majorité musulmane, Noël est le début des festivités de fin d'année. Là encore, pas de connotation religieuse. On le constate, Noël a perdu son caractère purement chrétien. Et le sapin dans tout ça, en quoi peut-il déranger le musulman? Peut-être suis-je ignorant! Là encore, il n'est pas rare de trouver des cadeaux sous le sapin dans des familles musulmanes.
L'école restant laïque, si on ne peut s'empêcher de parler de Noël, alors il est souhaitable que les enfants musulmans puissent avoir l'occasion de parler de l'islam tel qu'ils le vivent: entre autres le jeûne du mois du Ramadan et la grande fête du mouton. Evidemment, les autres religions ne sont pas exclues du processus intégrateur et de la connaissance de la culture de l'autre.
De ce fait, la diversité culturelle dans nos écoles, au lieu d'être un obstacle, sera un réel enrichissement pour tous. C'est là que se trouve le succès d'une cohabitation entre enfants de religions différentes.
Mouhamed Basse, Neuchâtel
Erratum
Lapsus malheureux ou optimisme invétéré? Dans une interview du directeur de l'Union patronale suisse Thomas Daum, parue le 11 janvier, nous avons écrit que la ministre de l'Economie Doris Leuthard souhaitait accorder 25 semaines de congé paternité aux employés de son département. Même s'il ne s'agissait en réalité que de 25 jours, dont 5 à charge de l'employeur, le Conseil fédéral a refusé cette mesure le 10 janvier, le lendemain de notre bouclage.
PrÉcisions
Deux erreurs se sont glissées dans notre dossier consacré à la caisse unique. (Edition du 11 janvier). La surprime proposée par Pierre-Yves Maillard est bien de 3%, comme le texte le précise à maintes reprises, et non pas de 10%, comme on peut le lire en page 19. Ni de 5% ,comme l'indique faussement un intertitre en page 20.
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