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L'homme descendu par le singe

Mis en ligne le 07.03.1996 à 00:00

Science-fiction Jamais le paradoxe temporel n'a été aussi bien traité que dans «L'Armée des 12 singes», nouveau chef-d'oeuvre de Terry Gilliam.

L'Hebdo; 1996-03-07

L'homme descendu par le singe

Science-fiction Jamais le paradoxe temporel n'a été aussi bien traité que dans «L'Armée des 12 singes», nouveau chef-d'oeuvre de Terry Gilliam.

Terry Gilliam est un merveilleux exemple d'excentricité anglaise. A cette réserve qu'il est d'origine américaine. Mais quinze ans au sein des Monty Python exigent des aptitudes et laissent des traces incontestablement britiches. Ancien dessinateur (il a collaboré à «Mad» et à «Pilote»), Terry Gilliam s'est imposé comme l'oeil des gentlemen-clowns lorsqu'ils ont tourné ces chefs-d'oeuvre du nonsense que sont «Sacré Graal», «La vie de Brian» ou «Le sens de la vie». Dans les six films qu'il a réalisés seul, Gilliam apparaît comme l'un des derniers cinéastes visionnaires de notre temps. Il revisite Orwell dans «Brazil» (film-culte), il imagine une féerie métaphysique autour du «Baron de Münchhausen» (désastre financier) et même lorsqu'il se refait une santé économique à partir d'un scénario hollywoodien, «Le Roi-pêcheur», il confère à la commande une dimension onirique et baroque.

L'argument de «L'Armée des 12 singes» est emprunté à «La jetée», un court métrage de Chris Marker; le scénario est signé de David et Janet Peoples, les formidables auteurs de «Blade Runner» ou «Unforgiven». Toutes les conditions sont réunies pour garantir le chef-d'oeuvre. En 1997, un virus détruit 95% de l'humanité. Les survivants s'enfoncent sous terre, la surface est abandonnée aux animaux. En 2035, les autorités essayent de conjurer le no future en envoyant un volontaire dans le passé. Mais la machine à remonter le temps a des hoquets: le prisonnier James Cole (Bruce Willis) échoue d'abord en 1990. Sa nudité et ses propos incohérents l'envoient sur-le-champ à l'asile. Là, il rencontre une psychiatre au grand coeur et au physique de Madone (Madeleine Stowe) et Jeffrey Goines, un ami des bêtes dangereusement exalté (Brad Pitt). Les technocrates du futur corrigent la trajectoire: après un crochet par 1917, Cole débarque enfin à la veille du cataclysme biologique, en 1996. Saura-t-il déjouer les plans de la mystérieuse Armée des 12 singes? Saura-t-il modifier l'avenir?

Structure en boucle

Le thème se prête parfaitement à cette plastique rétro futuriste dont Gilliam raffole. Mais «Les 12 singes», c'est bien davantage qu'un manifeste esthétique. Le cinéaste déborde d'idées bizarres, comme diffuser du Tex Avery dans la salle commune de l'hôpital psychiatrique. Il dirige ses comédiens de façon merveilleuse: Bruce Willis, cette grosse brute, est attendrissant dans son désarroi, Brad Pitt, enlaidi à souhait, fait montre d'une dinguerie sidérante. En faisant coïncider flash-back et flash-forward, Gilliam raconte un paradoxe temporel comme personne ne l'a jamais fait au cinéma: le film adopte la structure qui rend fou de la boucle de Möbius. Enfin, le cinéaste nous entraîne dans un dédale de fausses pistes où règne le doute existentiel: Cole voyage-t-il dans le temps ou est-il fou à lier? Tout le monde en vient à douter, y compris le héros qui finit par croire que ses déboires sont endogènes et appelle la psychiatrie à l'aide...

Les fans de Gilliam savent qu'il avait pour projet d'adapter «Les Gardiens», la fabuleuse bande dessinée de Moore et Gibbons. Le projet a sombré. Or, à la dernière case du dernier album, un vilain rouquin esquisse un geste fatal. Ne retrouve-t-on pas une réminiscence de ce personnage secondaire dans les «12 singes»? Méfiez-vous des rouquins... ·

Antoine Duplan

«L'Armée des 12 singes» («Twelve Monkeys»). De Terry Gilliam. Avec Bruce Willis, Brad Pitt, Madeleine Stowe. Etats-Unis, 2 h 05.

VOYAGE TEMPOREL. James Cole (Bruce Willis) débarque du futur




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