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L'honnêteté paie

Mis en ligne le 05.02.1998 à 00:00

L'Hebdo; 1998-02-05

L'honnêteté paie Par Geneviève Brunet

«Nice guys finish first»: c'est la conclusion optimiste à laquelle est arrivé Ingo Walter, directeur du New York University Salomon Center. Ce professeur de finance, spécialiste de l'éthique, est parti de l'idée qu'il devait bien y avoir un rapport entre la réputation d'une entreprise et sa valeur à la Bourse. Banco! Ses recherches lui ont permis d'établir un lien entre un comportement hautement professionnel dans une banque et le cours de ses titres. A contrario, depuis 1990 de nombreuses faillites d'établissements financiers ou chutes brutales des actions ont été provoquées par une erreur de jugement des dirigeants ou un défaut de contrôle interne. Le cas le plus célèbre est la déconfiture de la prestigieuse banque Barings, suite à des opérations hasardeuses sur les produits dérivés. Le «nice big boss» doit donc tenir à l'oeil ses subordonnés et leur imposer le respect des règles de prudence et de transparence. L'honnêteté paie et les «bad boys» sont perdants à long terme.

Cette sorte de justice immanente de la finance laisse perplexe: le dieu Marché punirait avec sévérité ses enfants pécheurs. Rien à voir pourtant avec une justice individuelle. Lorsque des établissements financiers de la taille de Barings ou Yamaichi Securities tombent, des milliers de «nice guys» tremblent parmi leurs employés. Innocents? Sauf peut-être d'avoir mal choisi leur patron.

Quand c'est toute la population d'un pays qui, comme en Indonésie, paie la note du népotisme et de la corruption au sommet, les riches «bad boys» sont durement frappés, et les riches «nice guys» s'offrent les entreprises locales pour une bouchée de pain. C'est ce que les spécialistes de la finance appellent un nettoyage. Justice de marché est ainsi faite. Mais les petits «nice guys», eux, se battent pour du riz.




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