Li Xiangning, vous qui vivez, travaillez et enseignez à Shanghai, quel regard portezvous sur votre ville?
Shanghai, comme ville et comme modèle d’urbanisme, est assez réussie. Aucune autre cité ne lui ressemble. D’un point de vue architectural, Shanghai est une ville très pratique et très conservatrice, qui, comme New York, ne présente pas beaucoup de bâtiments intéressants aujourd’hui. Après de belles réalisations dans la première moitié du XXe siècle, il ne s’est rien passé ou presque.
Et pour cause, Shanghai a été mise sous tranquillisants durant des décennies…
C’est vrai, il a fallu attendre la politique d’ouverture du gouvernement sous Deng Xiaoping dans les années 80 pour la voir renaître. Avant 1949, elle était la plus grande métropole en Extrême-Orient, la capitale de Chine aux yeux du monde occidental. Puis, elle a été punie par le Parti communiste pour avoir été une sorte de capitale du capitalisme. Son développement urbain a été dès lors gelé durant de longues années. Le bon côté de la chose, car il y en a un, c’est que de nombreux bâtiments historiques ont été conservés. Regardez l’ancienne concession française, vous pouvez encore sentir l’échelle du quartier, ses proportions, des lilongs. Alors oui, il y a eu beaucoup de démolitions et de reconstructions, mais la grande partie de l’ancienne Shanghai a été préservée.
Quelles sont les ambitions de la mégapole aujourd’hui?
La Municipalité de Shanghai est désormais tout à fait consciente des enjeux et cherche à faire de Shanghai une ville au statut mondial en lui permettant de croître plus rapidement tout en lui redonnant sa fonction de cité. L’ensemble des industries a été déplacé dans les zones périphériques et l’environnement s’en est trouvé passablement amélioré. Shanghai s’est transformée, elle est devenue une ville qui met l’accent sur les finances, la culture, le design. L’Unesco l’a même nommée «Ville de design».
Et dire que le gouvernement ne croyait pas en son potentiel…
Absolument. Lorsque les premiers étrangers sont arrivés après le traité de Nankin (1842, ndlr), ils ont choisi de s’installer sur ce qui deviendra le Bund. Le Gouvernement chinois trouvait cette option stupide car ce n’était pas un lieu convoité. Un endroit sale et toujours inondé qui explique la hauteur des bâtiments de la première génération. Puis le Bund s’est transformé et, bientôt, les Chinois se sont rendu compte que les étrangers avaient choisi un lieu très stratégique, entre le fleuve Huangpu et la rivière Suzhou Creek, qui permettait de contrôler les voies fluviales et les activités portuaires.
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