Tripoli a lu avec beaucoup d’attention le rapport de la Commission de gestion du Conseil des Etats. Et les Libyens ont bien ri. Surtout en lisant les détails croustillants sur les projets d’exfiltration des deux otages suisses, ensablés durant de très longs mois dans le désert de Kadhafi.
Ils se sont même demandé si Berne ne devrait pas ouvrir une boutique de jetski et de plongée sous-marine dans le souk de Tripoli. Référence aux idées farfelues des agents plus ou moins secrets qui ont planifié ces scénarios dignes de la Panthère rose.
Pour le reste, les Libyens n’ont pas appris grand-chose sur cette crise qui empoisonne encore les relations entre les deux pays. D’ailleurs le site internet du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) déconseille toujours aux Suisses de se rendre dans la Grande Jamahiriya tandis que notre ambassade a changé – en catimini – de chargé d’affaires. Stefano Lazzarotto a quitté en novembre Tripoli (lire également l'article de Mathieu Von Rohr). Nommé ambassadeur en Macédoine, il a été remplacé en Libye par Adrian Junker qui attend toujours son accréditation.
Mais revenons sur ce rapport qui devait faire la lumière sur la gestion de cette crisette devenue affaire d’Etat. Etrangement, plusieurs intervenants dans ce dossier n’ont pas été interrogés par la Commission de gestion. Au nombre desquels Me Charles Poncet, qui défend encore aujourd’hui les intérêts du Gouvernement libyen, la société ABB pour qui travaillait Max Göldi en Libye ainsi que Miguel Stucky, le partenaire de Rachid Hamdani.
Erreurs minimisées. Le rapport, qui mélange les questions de la prise d’otages, de l’arrestation du fils Kadhafi à Genève en 2008 ou des relations bilatérales entre Tripoli et Berne, tait ou minimise les erreurs des fonctionnaires du DFAE.
Et pourtant, elles sont nombreuses. Un exemple: selon la Convention de Vienne, ils auraient dû notifier l’arrestation du couple Kadhafi à l’ambassade de Libye à Berne et non à sa mission auprès de l’ONU, à Genève. Ce n’était pas son rôle.
Quid également du traité sur la prise d’otages que la Suisse aurait dû actionner lorsque Göldi et Hamdani ont disparu des radars durant plusieurs semaines… Sans compter avec l’arrogance de certains hauts diplomates au moment où il aurait fallu faire profil bas.
Quant à l’ancien conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz, il joue à merveille le rôle du bouc émissaire à qui on fait payer les défaillances d’un système désuet et en panne.
Bien sûr, notre bon Appenzellois a commis son lot de bourdes. Mais faut-il pour autant jeter le blâme sur son voyage éclair à Tripoli? Personne ne se demande quelles auraient été les conséquences pour les deux otages si Merz avait refusé l’invitation du premier ministre libyen de venir récupérer nos concitoyens.
Le rapport ne dit pas non plus que l’ancien président de la Confédération a permis d’économiser des millions de francs, comme il nous l’avait révélé (L’Hebdo du 1er octobre 2009). En bon argentier, il avait estimé que ses excuses ne coûtaient rien face aux 25 millions d’euros que la Suisse était prête à verser au clan Kadhafi.
Il a su trouver les bons mots avec Kadhafi lors de sa rencontre à New York, remettant ainsi le pied dans une porte fermée durant plusieurs mois. Micheline Calmy-Rey avait perdu le fil du contact avec les Libyens et s’était enfermée dans une logique de mensonge. Millimètre par millimètre.
Mais, cerise sur le gâteau, ce rapport de la commission, traduit en anglais par les Libyens, est déjà sur la table des Kadhafi. Autant de munitions qu’ils pourront utiliser contre la Suisse.
Et mieux encore, Göldi et Hamdani pourront utiliser devant la justice ce document qui dévoile l’amateurisme d’un gouvernement déchiré et d’une ministre des Affaires étrangères dépassée.
Après les Kadhafi qui ont déjà touché 1,5 million de francs et qui en réclament d’autres pour régler le litige, les deux anciens otages pourraient eux aussi faire valoir leurs droits à des dédommagements pour avoir perdu deux ans de leur vie dans l’enfer libyen. A cause de l’incompétence du Conseil fédéral et de nombreux fonctionnaires...
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