A Davos, Nicolas Sarkozy aura joué le premier rôle au lever du rideau, en parlant régulations financières. Mais c’est Barack Obama qui va nourrir, jusqu’à la fin du World Economic Forum, les débats les plus chauds. Le président américain propose désormais une véritable révolution de l’industrie bancaire, il n’en peut plus de voir les géants de Wall Street prendre le pays en otage, il s’indigne de leur incapacité à refréner leur addiction aux bonus alors que, aux Etats-Unis, le taux de chômage atteint les 10% (lire l'article Banques: La fin de désinvolture, par Der Spiegel).
Le revirement d’Obama, jusqu’ici timoré face aux grands banquiers, change la donne. En Suisse, on se félicite d’ailleurs dans les cercles les plus divers. Le président du Parti socialiste Christian Levrat, bien évidemment. Le visionnaire Philipp Hildebrand, le nouveau patron de la Banque nationale suisse (BNS), honni à la Bahnhofstrasse. Mais aussi Christoph Blocher qui vient en renfort et dénonce la menace insupportable de ces monstres too big to fail. Qu’on laisse désormais les dirigeants de UBS assumer seuls les conséquences de leurs actes, ajoute-t-il à longueur d’interviews.
Bravo, on salue la clarté du propos blochérien. Avec une pointe d’ironie: le même homme fut longtemps un fan de Marcel Ospel, mais aussi le complice du jongleur au papillon Martin Ebner, incarnation parfaite de la finance débridée. Comme conseiller fédéral, il ne s’est guère distingué par sa lucidité sur les grandes banques et le risque systémique qu’elles représentaient déjà. Un peu facile, aujourd’hui, de se poser en donneur de leçons.
Le discours du centre droit, lui, est plus nouveau, on peut même parler d’un tournant. En tête le ministre Merz, qui n’hésite plus désormais à qualifier d’«escrocs» les anciens dirigeants de UBS. Pour le président du Parti libéral-radical Fulvio Pelli aussi, il faut désormais laisser la grande banque se débrouiller seule. Et le démocrate-chrétien Christophe Darbellay de surenchérir: «Le Conseil fédéral devrait obliger UBS à engager une plainte civile contre ses anciens dirigeants.» Là encore, on applaudit: cette idée, nous l’avions d’ailleurs déjà défendue dans ces colonnes. Elle aboutirait sans doute à de très lourdes sanctions financières pour les Ospel et autres Kurer. Ce ne serait que justice. Mais les politiciens qui font aujourd’hui de grandes déclarations sont-ils prêts à aller jusqu’au bout? Les belles paroles, c’est bien. On attend désormais des actes (lire l’article de Michel Guillaume).
Un procès ferait ressortir des informations gênantes, c’est l’évidence. Les dirigeants d’UBS, mais les politiques aussi ne seraient pas épargnés. La faiblesse du gouvernement et du Parlement face au pouvoir des banques apparaîtrait au grand jour.
Un processus douloureux s’il aboutit, mais qui ne suffira pas. Le législateur devra de toutes façons prendre ses responsabilités. Et faire preuve du même courage qu’Obama.
Pour Christophe Darbellay, UBS doit déposer une plainte civile contre ses anciens dirigeants.
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