Histoire
L'interventionnisme français en Suisse
Par Alain-Jacques Tornare - Mis en ligne le 16.06.2010 à 15:14
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ALLIANCE. L’historien franco-suisse Alain-Jacques Tornare se penche sur les troublantes relations franco-suisses.
Après les signatures de la Paix perpétuelle en 1516 et du Traité d’alliance perpétuelle franco-suisse en 1521, un subtil système de rapports francosuisses privilégiés se met en place. La France assurait la pérennité et la neutralité du Corps helvétique, le protégeant de la menace autrichienne, et ce dans les limites naturelles... de ses intérêts. Inversement, la neutralisation de l’espace naturel entre Rhin et Rhône, Alpes et Jura, assurait à la France la sécurité sur une frontière particulièrement exposée et vulnérable, de Bâle à Genève. Ce qui a fait dire à Voltaire: «Ô Monts helvétiques! Vous êtes les remparts, des beaux lieux qu’arrose la Seine.»
Etant la moins dangereuse des voisines pour cet Etat-tampon au cœur de l’Europe, la France avait globalement la faveur des Confédérés qui se méfiaient de leurs cousins germains. Avec le traité de Westphalie de 1648, la diplomatie française impose le détachement de la Confédération du Saint Empire romain germanique puis, avec le traité de Lunéville de 1801, l’obligation pour l’Autriche de reconnaître formellement l’indépendance de la Suisse contrainte de lui céder au passage le Fricktal, c’est-à-dire tout ce qui appartenait à la maison de Habsbourg sur la rive gauche du Rhin, entre Zurzach et Bâle, la privant ainsi de son axe de pénétration dans la Suisse du nord-ouest. Acquisition de la plus haute importance pour la France aussi.
Neutralité vitale. Une neutralité suisse crédible était vitale pour la France, dont les autorités conservaient en mémoire les effets désastreux de l’occupation de la Suisse en 1798, grave faute stratégique à laquelle vint s’ajouter l’imposition d’une alliance offensive et défensive, que la France faillit payer cash presque immédiatement. Il ne s’agissait plus alors de défendre deux tronçons de frontières isolés, au nord et dans les Alpes, mais une ligne continue allant du Zuydersee au golfe de Gênes. Si, à la fin de septembre 1799, la seconde bataille de Zurich permet aux Français de rétablir in extremis la situation face à la seconde Coalition, lui épargnant ainsi une invasion du territoire français par la trouée de Belfort, c’est par la Suisse que, en 1814, les forces alliées pourront finalement porter des coups de boutoir mortels contre l’Empire aux abois. C’est parce que l’on savait pertinemment que le territoire suisse était une base de départ idéale pour une marche soit sur le centre de France, soit sur le Tyrol et sur Vienne, que la neutralité fut octroyée à la Suisse restaurée de 1815, «dans l’intérêt de l’Europe». Ah! cette sacro-sainte neutralité suisse qui s’est, par la suite, le plus souvent résumée à un état de non-belligérance favorable à la puissance dominante du moment, comme l’illustrent les deux grandes guerres mondiales du XXe siècle!
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