ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

L'invasion à l'épreuve des chiffres

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 15.01.2009 à 06:00

Libre circulation. Les opposants agitent la peur du plombier roumain. L’analyse des mouvements migratoires démontre qu’elle relève du fantasme.

Si les Suisses votent oui le 8 février prochain, ils seront submergés par une vague de migrants venus d’Europe de l’Est. C’est le scénario brandi par les opposants à la libre circulation avec la Roumanie et la Bulgarie. Toutes les études menées en Suisse et dans l’Union européenne (UE) démontrent pourtant le contraire. Il y a trois ans, l’Observatoire universitaire de l’emploi de Genève avait évalué le potentiel migratoire des huit premiers Etats de l’Est auxquels la Suisse a ouvert ses frontières. L’Hebdo a repris les six critères retenus à l’époque pour les appliquer aux deux suivants (voir ci-dessous). Il livre l’image d’une Roumanie avec un taux de chômage bas et une population en plein retournement démographique pour qui la Suisse n’est pas un lieu de destination naturel, en raison de la distance et du peu de concitoyens déjà installés. Seuls les salaires bas et la proximité du roumain – langue latine – avec le français et l’italien permettent de penser que certains se laisseront tenter par la Suisse. Quant aux Bulgares, ils pourraient être attirés par les salaires nettement plus élevés que chez eux, mais ce mouvement sera largement relativisé par leur manque d’attaches avec la Suisse, leur petit nombre, leur langue très éloignée de nos idiomes nationaux et la distance entre les deux pays.

Toujours plus qualifiés. Ce qu’a vécu la Suisse avec les huit pays d’Europe de l’Est qui ont accès au marché du travail helvétique depuis juin 2006 corrobore ces conclusions. Les contingents prévus pour endiguer une vague massive de migrants n’ont même pas été épuisés. La première année, seuls 57% des permis pour séjours longs (sur un total de 1700) ont été utilisés et 73% de ceux pour séjours courts (15 800 permis). L’année suivante, ce sont 99% des longs (2200) et 67% des courts (19 200) qui ont trouvé preneur. «Cette évolution semble indiquer que davantage de personnes avec de bonnes qualifications et un emploi stable – détenteurs de permis longs – viennent en Suisse, relève Serge Gaillard, chef de la Direction du travail au Secrétariat d’Etat à l’économie. Le recul des courts séjours montre à l’inverse que les personnes venant pour occuper des emplois temporaires, dans l’agriculture ou la restauration par exemple, est en recul.» En 2007, 2912 personnes ont quitté ces Etats pour la Suisse. Ils étaient 23 588 au total dans le pays. Les arrivées les plus nombreuses restent le fait des ressortissants des anciens pays membres de l’UE: Allemands (+?36 240 en 2008), Portugais (+?14 368) et Français (+?9175).

Femmes et jeunes. L’expérience de l’UE avec la Roumanie et la Bulgarie livre également quelques pistes. Depuis l’introduction de la libre circulation avec ces deux Etats, début 2007, la part de leurs ressortissants dans l’UE est passée de 0,2% (690 000 personnes) en 2003 à 0,5% (1,8 million de personnes) en 2007, selon un rapport de la Commission européenne paru en novembre. Une hausse peu significative, surtout due aux régularisations de clandestins. La majorité de ces migrants (70%) avaient moins de 35 ans et les femmes étaient légèrement surreprésentées. Ils ont surtout travaillé dans l’agriculture, la construction, l’hôtellerie, la restauration et les services domestiques. Les pays de destination privilégiés des Roumains ont été l’Italie et l’Espagne qui ont accueilli, respectivement, 26% et 57% de ces migrants. Les Bulgares ont opté pour l’Espagne (56%), l’Allemagne (15%) et la Grèce (7%). Des préférences qui vont encore se renforcer par l’effet de réseau, selon lequel les premiers arrivés attirent les suivants.
Dès les premiers effets de la crise, la Roumanie a commencé à enregistrer des retours, notamment depuis l’Espagne, dont le secteur immobilier est sinistré. La Grande-Bretagne fait la même expérience avec les Polonais, dont beaucoup ne sont pas revenus après les Fêtes, découragés par la faiblesse de la livre. La Suisse connaît aussi ce phénomène: 11 789 migrants sont arrivés en novembre, contre 17 000 en octobre,
dont 40% d’Allemands en moins. «La libre circulation des travailleurs s’autorégule», confirme dans son rapport la Commission européenne. Les gens se déplacent tant qu’il y a du travail, et rentrent lorsqu’il n’y en a plus.
Pour rassurer ceux qui douteraient encore, la Suisse a pris les devants. Elle a négocié des restrictions (contingents, priorité à la main-d’œuvre indigène), qui ne seront levées que sept ans après l’entrée en vigueur de la libre circulation, soit en 2016. La Suisse a en outre la possibilité de réintroduire des maxima pendant dix ans, en cas d’immigration excessive. La théorie d’une nuée de corbeaux s’abattant sur la Suisse a décidément du plomb dans l’aile.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de Sappeur
le 20.01.2009 à 21:25
"Si les Suisses votent oui le 8 février prochain, ils...
 
Réaction de dknapen0
le 19.01.2009 à 10:37
Dire que ce ne sont que de la main-d`oeuvre qualifiée...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
Un tireur embusqué fait deux morts et sept blessés en Finlande
Une des victimes du jeune tireur. Keystone
Un homme embusqué sur un toit dans une ville de Finlande a ouvert le feu dans la nuit de vendredi...


ACTUALITÉ
 Edito. Cacophonie
Faut-il parler de lavage de cerveau? Sur la reconduction de la libre circulation avec l’UE et son extension à la...
ACTUALITÉ
 Bénédict Hentsch répond
Selon le New York Times du 31 décembre 2008 (lire L’Hebdo du 8 janvier 2009), le meccano mis en place...
ACTUALITÉ
 Guerre des annonces
C’est mathématique: l’entrée en récession va pousser les consommateurs à lire plutôt deux fois qu’une les étiquettes des produits. Dans...
ACTUALITÉ
 l’Horlogerie suisse tombe de bien haut
Limiter la casse. A quelques jours du prochain Salon international de la haute horlogerie (SIHH) qui ouvre ses portes à...
ACTUALITÉ
 Georges Kern: «l’économie et l’écologie vont de pair»
A quelques jours de l’ouverture du Salon de la haute horlogerie (SIHH) à Genève, Georges Kern – CEO d’IWC (groupe...
ACTUALITÉ
 Barack Obama: «Voici ce que je veux faire»
Le 20 janvier, Barack Obama deviendra le 44e président des Etats-Unis. Avec comme première mission, la résolution de la crise...
ACTUALITÉ
 Comment font-ils pour tenir?
Etre élu à la Maison-Blanche force à faire le tri dans sa vie. Les moments où l’on peut se retirer,...
ACTUALITÉ
 Le viol d’une nation
Depuis deux mois, les combats ont repris au Nord-Kivu, une province située entre un territoire sous contrôle gouvernemental et une...
ACTUALITÉ
 Les chercheurs, ces drôles de bêtes
Drôle de zoo. On y croise des éléphants ivres, qui se «pètent la tronche à la prune d’Afrique». Des ornithorynques...
ACTUALITÉ
 A poil ou en costard, l’ homme s’assume
Les hommes, objets de tous les fantasmes, de toutes les théories. Qu’ils soient poilus ou imberbes, machos ou sensibles, ils...
123