«AVS», «2e pilier», «Indemnités chômage»… D’imposants classeurs fédéraux ornent le bureau de Michel Charrat au Groupement transfrontalier européen (GTE) à Annemasse. Depuis plus de dix ans, ce soixantenaire se bat avec ténacité pour améliorer le quotidien des 30 000 adhérents à son association, et de tous les frontaliers. «Je n’arrive pas à comprendre qu’au XXIe siècle, alors qu’on prône la mobilité tous azimuts, vivre dans un pays et travailler dans un autre pose encore problème.» Sa motivation, ce préretraité qui a luimême été frontalier durant quarante ans la trouve dans ses idéaux humanistes et pro-européens. Et dans son identité, profondément enracinée dans la région genevoise, qu’il considère comme une seule et même agglomération: «J’habite dans le Genevois, un territoire qui faisait auparavant partie de l’évêché de Genève, j’ai effectué toutes mes études et ma carrière professionnelle à Genève. Je fête le 14 Juillet en Suisse et le 1er Août en France…» Malgré le succès de la campagne anti-frontaliers du Mouvement citoyens genevois, il reste optimiste: «Les tensions entre Suisses et Français font partie intégrante de la culture régionale depuis toujours. S’ils sont moins visibles, nous rencontrons les mêmes problèmes avec les autres cantons. La capacité de l’homme à exclure l’autre est inhérente à sa nature.»
SES ATTACHES
SA FAMILLE
Elle représente un élément essentiel pour l’équilibre de Michel Charrat. «Elle est mon refuge et ma base de repli. Son soutien est ce que j’ai de plus précieux.» Son épouse Edwige a œuvré durant quinze ans comme responsable du service accueil au GTE. Elle est maintenant frontalière, travaille dans un syndicat suisse. Elle est adhérente de l’association. Avec elle, Michel Charrat a eu trois enfants: Elisa, 29 ans, directrice de colonie de vacances en France, Brice, 28 ans, comptable en France et Cyril, 26 ans, assistant social HES à Genève.
LES ABEILLES
Pas de passe-temps extrême ou exotique pour Michel Charrat. «Je faisais beaucoup de sport lorsque j’étais plus jeune, mais j’ai arrêté par manque de temps. J’adore simplement rester chez moi et m’occuper de mon grand jardin. C’est ce qui me ressource le plus. Il y aussi mes ruches, dont je prends grand soin. Les bonnes années, je récolte du miel. C’est mon côté écolo et authentique.»
SES INSPIRATEURS
VICTOR HUGO
Sur les cartes de vœux que Michel Charrat a envoyées cette année, figure cette citation extraite d’une lettre de Victor Hugo à Robert Poehlen: «Pour moi, l’idée de nation se dissout dans l’idée d’humanité.» Un écrivain qu’il admire depuis toujours, et dont il a lu et relu toute l’œuvre.
DENIS DE ROUGEMONT
Les personnalités qui ont œuvré pour l’Europe représentent des modèles pour Michel Charrat, pro-européen convaincu et militant. Mais de toutes, c’est le grand penseur neuchâtelois qui l’inspire le plus «pour son idée pionnière d’instituer un fédéralisme européen».
SES AMIS PROCHES
CHRISTIAN DUPESSEY
L’actuel maire de la ville frontalière d’Annemasse est bien entendu un allié du président du GTE, il est aussi un ami de plus de vingt ans: «Nous nous sommes connus au Club de natation et j’étais également proviseur du lycée dans lequel étudiaient les enfants de Michel Charrat», raconte-t-il.
MARIE-FRANÇOISE DE TASSIGNY
Cette ancienne présidente du Grand Conseil genevois occupe actuellement la fonction de représentante des Français de l’étranger en Suisse. Binationale, elle dit «partager les mêmes préoccupations que Michel Charrat en ces temps de tensions marquées entre les deux pays». Elle apprécie avant tout la pugnacité du lobbyiste: «Il ne démord jamais, frappe à toutes les portes et monte à Paris s’il le faut. J’aime les gens comme ça.»
ROBERT DUCRET
L’ancien conseiller d’Etat genevois a aussi siégé au Conseil des Etats à Berne jusqu’en 1991. Il se rappelle sa collaboration avec Michel Charrat et le moment où a été instaurée l’imposition des frontaliers à la source: «Nous étions des précurseurs et avons adapté Genève au système mondial.» Actuellement à la retraite, il confie: «Avec Michel, la relation amicale est devenue plus importante que celle de fonction.»
SES INTERLOCUTEURS PRIVILÉGIÉS
DAVID HILER
Le conseiller d’Etat écologiste genevois, en charge du Département des finances, croit dur comme fer au développement d’une agglomération franco-valdo-genevoise. «L’automne dernier, alors que les tensions entre frontaliers et Genevois étaient au plus haut, il a prononcé un discours d’ouverture remarquable lors de l’inauguration du Vitam’parc à Neydens», se rappelle Michel Charrat. Les deux hommes collaborent sur de nombreux dossiers, et ont notamment créé un groupe consultatif pour régler les problèmes liés aux impôts à la source il y a deux ans.
CHRISTIAN MONTEIL
Le président du Conseil général de Haute-Savoie est une figure politique active depuis de nombreuses années en France voisine. «Pour le développement de notre département, nous avons besoin de bons relais avec la Suisse, comme Michel Charrat. Il représente plus de 30 000 frontaliers, mais se bat pour les intérêts des 50 000 autres.»
PASCAL BROULIS
Le conseiller d’Etat vaudois est également président du Conseil du Léman, une organisation dont l’objectif est une meilleure coopération transfrontalière entre les différentes régions lémaniques. «La présence de frontaliers dans le canton de Vaud ne pose pas de problème majeur, elle constitue une chance pour le développement économique de notre canton, estime Pascal Broulis. Je rencontre régulièrement Michel Charrat dans le cadre des activités du Conseil du Léman, il défend énergiquement et efficacement la position des frontaliers.»
SES ENNEMIS
ÉRIC STAUFFER
Ce n’est un secret pour personne, le président du Mouvement citoyens genevois et celui du GTE ne s’aiment pas. Mais il existe tout de même une dose de respect entre les deux hommes: «Eric Stauffer a au moins le mérite de dire haut et fort ce qu’il pense, contrairement à d’autres qui font les choses par derrière», reconnaît Michel Charrat. Pour Eric Stauffer «Michel Charrat est gentil, même si son action ne sert à rien. Je n’ai rien contre lui et ses copains frontaliers, j’en ai contre un système qui défavorise les Genevois.»
ÉRIC BERTINAT
Le député UDC au Grand Conseil genevois ne tient pas à ressasser l’épisode de la «Racaille d’Annemasse», un slogan publié par son parti l’an dernier, qui a provoqué une forte colère en France voisine et, bien entendu, celle de Michel Charrat. «Si cela amuse Monsieur Charrat de se sentir concerné, et bien qu’il le soit, il sait néanmoins très bien que nous ne le visions pas personnellement avec cette phrase, ni les frontaliers qui viennent travailler en Suisse honnêtement!» Si Eric Bertinat croit en l’intérêt de développer une agglomération genevoise en collaboration avec les autorités françaises, «cela doit se faire en partenariat avec les élus politiques français, pas avec le président d’une simple organisation associative comme le GTE.»
Tags: Michel Charrat, Groupement transfontalier européen, réseau,
|