Histoire
L'obésité n'est plus ce qu'elle était
Combattu aujourd’hui, l’embonpoint était valorisé au Moyen Age. Dans «Les métamorphoses du gras», Georges Vigarello retrace ce parcours qui conduit des gloutonneries médiévales à l’obsession contemporaine de la ligne fine.
L’obèse est aujourd’hui perçu comme une menace pour la société. Il prend trop de place dans les avions, grève les budgets de la santé, sape la productivité du travail: c’est un gêneur coûteux dont le mal ne serait plus une préoccupation privée, mais une affaire publique qui réclamerait une mobilisation générale. On parle désormais du surpoids comme d’une «épidémie».
Cette configuration de l’obésité est nouvelle. Elle surgit au terme d’une longue histoire du gros et du gras dans laquelle l’obèse luimême n’apparaît qu’assez tardivement. Historien et spécialiste du corps, Georges Vigarello retrace le parcours qui a conduit l’humanité des gloutonneries médiévales à l’obsession contemporaine de la ligne fine. Les métamorphoses du gras est une étude subtile qui, en explorant les plis et les replis des chairs adipeuses, éclaire une question susceptible de nous intéresser tous, quelle que soit notre «masse corporelle»: la place qu’occupent les apparences de notre corps dans notre identité.
Au Moyen Age, il est bon d’être gros. C’est à la fois un signe de richesse, de prestige et de bonne santé: les romans des XIIe et XIIIe siècles sont pleins de chevaliers capables d’ingurgiter d’imposantes nourritures et les géants voraces sont légion dans les mythes de ce temps-là. Georges Vigarello observe que les traités de beauté médiévaux s’intéressent à la dépilation, à l’application du fard, aux soins des yeux et de la peau, mais «n’envisagent pas le thème de l’enveloppe corporelle et de son possible amincissement». La grosseur n’est pas encore associée à la laideur.
Tags: Obésité, histoire, santé publique,
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