Le Festival du film de Locarno, c’est d’abord la plus belle «salle» de cinéma du monde, la mythique Piazza Grande avec son écran géant, ses 4000 spectateurs et la voûte céleste en guise de plafond... Lorsqu’il ne pleut pas! Mais Locarno, c’est aussi un festival à trois visages.
«C’EST MARCO SOLARI QUI A RÉUSSI À FAIRE VENIR TOUS LES POLITICIENS AU FESTIVAL!» Olivier Père, directeur
La pointe de l’iceberg, qui lui permet d’attirer un large public familial, ce sont les stars. Et cette année, le directeur artistique Olivier Père a fait fort avec la venue de Daniel Craig et Harrison Ford. Un «coup» qui a valu au plus important événement culturel de Suisse une très large couverture médiatique. Sur la Piazza, les festivaliers ont également pu applaudir Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, pour rester dans les grands noms.
A côté de ce visage glamour, le Locarno des cinéphiles constitue la gigantesque partie immergée de l’iceberg. Avec un équilibre parfait entre belles découvertes et superbes reprises, sans parler d’une compétition aux propositions de cinéma très fortes, le festival n’a pas à rougir de son statut «classe A», qu’il partage en Europe avec Cannes, Venise et Berlin.
Mais en marge du faste de la Piazza et des multiples sélections, panoramas et rétrospectives, il est aussi devenu, depuis quelques années déjà, le temple du réseautage. Et pas seulement pour les acteurs de la branche cinématographique. Début août, les rives du Lago Maggiore sont the place to be.
Loin des médias. Le premier week-end du festival a ainsi vu déferler un nombre record de parlementaires, venus en toute décontraction parler politique culturelle, mais aussi crise de l’euro et plus si affinités. A Locarno, confirme un journaliste politique venu se faire quelques toiles mais aussi serrer des mains, les gros dossiers qui occuperont les parlementaires à la rentrée sont dégrossis de manière informelle autour d’un verre... et loin des médias.
Du côté des professionnels, la cité tessinoise est par contre l’endroit idéal pour communiquer avec la presse. Ces derniers jours, le nouveau chef de la Section cinéma de l’Office fédéral de la culture, Ivo Kummer, a par exemple dévoilé les contours de sa politique, tandis que Seraina Rohrer prenait pour la première fois la parole en tant que directrice des Journées de Soleure. Mais au-delà de ces conférences de presse souvent relativement stériles, c’est dans l’ombre que l’essentiel se passe.
Sur une terrasse des abords de la Piazza, Edouard Waintrop avoue avoir plus réseauté que visionné. Directeur du Centre d’animation cinématographique de Genève, le Français vient d’être nommé à la tête de la Quinzaine des réalisateurs cannoise. Depuis, une partie des dossiers qui étaient en rade à Genève se sont mystérieusement débloqués, sourit-il. Et à le voir discuter avec le directeur de la Cinémathèque suisse Frédéric Maire, on devine que les deux hommes préparent quelque chose...
Frédéric Maire, justement, a profité du festival pour annoncer le rapatriement dans ses dépôts de Penthaz de 500 bobines de classiques italiens et hollywoodiens qui dormaient dans les murs de la paroisse de Mendrisio.
La volonté de faire de Locarno un festival global, Olivier Père la revendique sans ambages. «Il est important que la manifestation ait plusieurs facettes, glisse-t-il entre deux officialités. Car être un grand festival artistique n’est pas suffisant. Il faut aussi que Locarno soit le lieu où les professionnels se rencontrent, un aspect que je souhaite renforcer.
Par contre, en ce qui concerne la présence des politiciens, je n’y suis pour rien. C’est le président Marco Solari qui a réussi à faire du festival un événement national où tout le monde se doit d’être.» Chaque année, dix jours durant, Locarno est désormais la capitale culturelle et politique de la Suisse.
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