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Reportage
2010, l'odyssée de la Coupe de Suisse

Par Christophe Schenk, Yves Steiner, Patrick Oberli - Mis en ligne le 05.05.2010 à 17:47

HISTOIRE. Dimanche, à Bâle, Lausanne-Sport tentera de faire trébucher le FC Bâle en finale de la Coupe de Suisse. Retour sur cette compétition qui réunit amateurs et professionnels.

 
 
«L’essentiel est d’être dans le chapeau.» Il y a huit mois, l’entraîneur de Serrières, Charles Wittl, le répétait sans relâche. A ses joueurs, aux spectateurs, aux journalistes. A cette époque, la Coupe de Suisse 2010 vivait son premier tour. Les clubs les plus huppés du pays n’étaient pas encore engagés dans la compétition et Serrières affrontait Le Locle dans un derby des talus bourré d’intensité, mais qui n’intéressait que les Neuchâtelois.

Depuis, les meilleurs sont arrivés et les équipes, éliminées tour après tour, sont sorties du chapeau comme des lapins. Le magicien n’a gardé que deux clubs pour une finale a priori déséquilibrée: Lausanne-Sport et le FC Bâle. Alors que les Bâlois espèrent encore le titre de champion de Suisse, les Vaudois, eux, végètent dans le ventre mou du classement de Challenge League, la seconde division suisse. Ce long périple, L’Hebdo l’a suivi durant huit mois dans les coulisses et en images, de Pierreà-Bot sur les hauts de Neuchâtel, à Saint-Gall, en passant par la Maladière et le Stade de Suisse à Berne.

L’apothéose de cette odyssée se déroulera dimanche 9 mai 2010, à 16 h 30, dans le Parc Saint-Jacques, la plus grande arène du pays où la majorité des 40 000 spectateurs sera acquise au FC Bâle.

Mais quelle magnifique fable moderne: le «petit» qui défie le grand. Les salaires à 2500 francs par mois qui vont tenter de bousculer les riches, qui en gagnent 70 000, sans compter les primes. Un peu comme si le magasinier d’Ikea tentait de voler la vedette, un après-midi durant, au patron de Novartis.

La «magie de la Coupe». C’est peut-être cet élément-là, cette réactualisation de la parabole de David contre Goliath, qui rend la compétition si belle. Elle donne de l’espoir et façonne des souvenirs indélébiles. Lorsqu’il se retourne sur le parcours de son équipe, Anthony Favre, 26 ans, gardien du Lausanne-Sport et nouveau héros du football vaudois, met en évidence ce besoin: «John Dragani (entraîneur lausannois licencié à la fin de mars, ndlr) nous avait dit: «La Coupe, il faut s’en servir pour fabriquer des souvenirs.» A Nyon, lors du 16e de finale, alors que nous perdions par 1-0, j’ai pris la parole à la mi-temps avec deux coéquipiers. Pour dire que c’était maintenant qu’on devait se créer nos souvenirs en gagnant ce match.» Une scène anodine, loin des projecteurs, qui restera, pour le gardien, comme le moment clé de l’épopée lausannoise. Plus encore peut-être que les éliminations surprise de Lugano, Young Boys et Saint-Gall durant les mois qui ont suivi. Intéressant aussi de remarquer que l’homme se remémore plus cet instant où sa personnalité s’est affirmée dans le groupe que des dizaines de compliments reçus après ses performances de classe face aux meilleurs buteurs du pays, tel Doumbia à Berne. Son entraîneur, Arpad Soos, qui assure l’intérim au moins jusqu’à la fin de la saison à la tête du club du chef-lieu vaudois, n’est pas étonné: «Anthony est comme ça. C’est un gars du Gros-de-Vaud, avec du caractère, mais doté d’une certaine sagesse. Un modèle pour le Lausanne-Sport.»

La défaite aussi. Même la défaite génère des sentiments positifs. «Mais il faut plus de temps pour qu’ils mûrissent, explique Jean-Philippe Karlen, ancien joueur professionnel. Je ne garde que des bons sentiments. Et pourtant, j’ai perdu les deux finales que j’ai jouées. C’était en 1996 avec Servette et, en 2000, avec Lausanne. L’atmosphère à Berne, sur le vieux Wankdorf, mythique, est encore fraîche dans mon esprit.» Nul doute que les joueurs de Serrières, lorsqu’ils se sont frottés à Neuchâtel Xamax en octobre dernier, ont ressenti le même type de sensations, même si la courte défaite, 2-1, a laissé un arrièregoût amer que certains ont enterré dans le risotto et noyé sous la bière, dans la nuit qui a suivi. L’exploit était si proche...

D’ailleurs, la performance du «petit» a laissé des traces... chez les vainqueurs. Depuis ce match, NE Xamax a semblé perdre ses repères. De pétillante en début de championnat, l’équipe de Pierre-André Schürmann n’a cessé de se lézarder, depuis lors. Une descente aux enfers qui a abouti au renvoi de l’entraîneur il y a moins d’un mois. Le Valaisan avait-il pressenti les difficultés, lorsque, mauvais vainqueur à la fin de la partie, il avait ironiquement félicité Serrières pour son jeu défensif?

Si la Coupe est fabuleuse pour sa capacité à bouleverser la hiérarchie, elle est donc aussi dangereuse: «Le grand club a plus à perdre qu’à gagner dans ce type de compétition, continue Jean-Philippe Karlen. Au moins contre les soi-disant «petits». Parce qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Normalement, le tarif est de deux buts de différence par ligue. Si tu n’y parviens pas, les critiques sont vives. On nous attend au tournant .» Aujourd’hui, l’entraîneur et joueur du FC Orbe (2e Ligue) rêve d’éliminer, un jour, un ténor pour mettre de l’ambiance dans le village. Mais se rendre chez le petit n’est pas forcément très motivant: «La pression pour un club comme YB est de ne pas être trop arrogant, trop sûr de nous», mettait en garde le Genevois de Young Boys, Xavier Hochstrasser, avant d’affronter Lausanne en quart de finale. Opération ratée. Le LS a gagné.

La musique a disparu. Mais, pour ce dernier, l’euphorie a été lourde à digérer. Un peu comme si la Coupe était devenue une maîtresse, relation sublime qui a fait oublier le quotidien du championnat. Un vertige profond, sorte de dépression postpartum, qui a entraîné le licenciement de John Dragani et s’est ressenti jusque dans l’anecdotique: «Lorsque je suis arrivé, la musique, au sens propre, s’était interrompue dans le vestiaire. Les joueurs étaient tristes, se crispaient, se renfermaient. Avant la demi-finale, contre Saint-Gall, mon travail a été de libérer ces corps,» raconte avec un peu de recul Arpad Soos, le successeur de Dragani.

Un défi que l’entraîneur doit une nouvelle fois relever cette semaine. Pour y parvenir, il insistera, c’est certain, sur la solidarité, ces «courses sans ballon» tellement ingrates, mais qui ont permis de venir à bout de Saint-Gall. Il pourra toutefois aussi compter sur un allié de poids, bien qu’impalpable: l’ambition de ses jeunes joueurs, qui aspirent à passer du statut de «footballeur non amateur» inscrit sur leur licence à celui de professionnel. Jean-Philippe Karlen: «La finale a toujours été une formidable vitrine. Et le joueur qui brille durant ce match particulier a souvent décroché un beau contrat. Des carrières entières se sont bâties ainsi.» Les Vaudois parviendront-ils à saisir leur chance?

COULISSES: Une démarche inédite

En sport, les coupes ont un goût particulier. Affrontements déséquilibrés, sentiments extrêmes: elles offrent des souvenirs indélébiles. C’est cette atmosphère que L’Hebdo a tenté de saisir avec la Coupe de Suisse de football 2009-2010. Le principe? Depuis le premier tour en septembre, nous avons suivi le vainqueur de chaque tour durant l’étape suivante, en tentant de nous faufiler aussi loin que possible dans les coulisses de la compétition. Une opération que le photographe David Marchon a réalisée avec bonheur, de Serrières à Saint-Gall. PO

ARPAD SOOS: «La finale? J’espère que ce sera bon pour la formation»

Le 15 mai 2010, l’accord qui lie Arpad Soos et le Lausanne-Sport sera échu. L’homme qui dirige, avec six amis, la société Trianon, spécialisée dans les solutions d’outsourcing aux grandes sociétés dans la gestion des salaires, des fonds de pension et des assurances (75 employés entre Renens et Zurich), n’envisage pas encore la suite. «Mais j’ai les idées très claires. Si l’on partage, avec les dirigeants, une vision, un projet et qu’il y a envie mutuelle, je serai là. Mon unique objectif est que le Lausanne-Sport avance.» En attendant, l’entraîneur espère une chose: que cette finale contre Bâle donne un élan supplémentaire à la formation des jeunes.

Au niveau des juniors les plus jeunes, le canton de Vaud rivalise avec les meilleurs que sont Bâle, Grasshopper ou Zurich...

Vrai. Le canton abrite un grand nombre de pépites âgées entre 12 et 16 ans. C’est l’avenir du football régional. Le travail réalisé par Marc Hottiger – ex-international suisse – avec Team Vaud (structure regroupant les talents vaudois) est extraordinaire. Mais il manque un palier. Et, pour le franchir, il faut se donner les moyens. Il est indispensable d’investir dans des infrastructures centralisées et de professionnaliser les entraîneurs de l’élite. Sans compter le fait de retrouver une équipe en Super League. On ne peut plus demander à un jeune de se lever à 6 heures du matin; d’aller en apprentissage ou au gymnase; de se rendre à 16 h 30 à l’entraînement; de garder une écoute active jusqu’à 19 h; de faire un peu de musculation, puis de rentrer chez lui pour faire ses devoirs.

Dans la situation actuelle, le risque est de perdre les joueurs.

Oui, c’est ce qui arrive régulièrement. Lorsqu’un jeune est talentueux, il reçoit des offres de Suisse ou de l’étranger. Le différentiel avec ce qui est proposé ici se situe essentiellement au niveau des infrastructures. Nous devons pouvoir offrir «un plan de carrière» aux meilleurs, pour qu’ils restent chez nous. Le football, c’est comme le «business». Si vous n’investissez par dans la recherche, vous n’avancez pas. Il faut vraiment tenter de combler ce retard. Tous les clubs du canton, qu’ils soient en 1re Ligue ou en Challenge League, seront gagnants.
 
 
 
5 MATCHS EN DÉTAIL ET EN PHOTOS...

32e de finale: Serrières - Le Locle 2-1
16e de finale: Serrières - Neuchâtel Xamax 1-2
8e de finale: Neuchâtel Xamax - Young Boys 0-1
Quart de finale: Lausanne - Young Boys 4-1
Demi-finale: Saint-Gall - Lausanne 1-2




Tags: Coupe de Suisse, Lausanne-Sport, FC Bâle,

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