Avenir Suisse a présenté la semaine dernière une étude visant à briser quelques «mythes» sur le marché du logement en Suisse. Ainsi, explique le think tank libéral, contrairement aux idées reçues, l’immigration massive de ces dernières années n’a pas contribué de manière significative à la pénurie de logement.
Autre conclusion: la régulation des loyers par l’Etat n’est pas une solution. Elle serait au contraire la source du problème, puisqu’elle conduit à d’énormes écarts entre ceux qui sont protégés et ceux qui subissent la loi du marché de plein fouet (Mark Muller, vous suivez?).
Spécificités lémaniques. Enfin, un troisième argument s’adresse tout particulièrement à ceux qui considèrent que l’augmentation des loyers est un problème majeur pour les habitants de ce pays. «Les salaires augmentent plus vite que les loyers», titre le communiqué de presse accompagnant l’étude d’Avenir Suisse.
En effet, entre 1970 et 2010, les loyers réels (après correction des effets de l’inflation) lors de la conclusion de nouveaux contrats ont augmenté de 38,5% (soit environ 0,8% par an), alors que les salaires réels ont augmenté de 65%.
«Aujourd’hui, les ménages peuvent s’offrir nettement plus de prestations de logement par heure de travail qu’en 1970», résument les auteurs de l’étude. Que ceux qui ronchonnent sur l’explosion des loyers en prennent simplement bonne note.
Ces conclusions ne manquent pas d’interpeller, à un moment où les problèmes de logement et la hausse des loyers dans les grands centres urbains semblent constituer des thèmes de préoccupation majeurs au sein de la population.
Alors, à quoi peut-on attribuer ce décalage? D’abord, au fait qu’Avenir Suisse a soigneusement sélectionné la période de 1970 à 2010 pour enfoncer ses arguments. Si l’on tient compte des dix dernières années, la progression annuelle des prix des nouveaux contrats de location en Suisse n’est pas de 0,8% mais de 2,5%.
Pendant ce temps, les salaires réels ont augmenté de seulement 1,3% par an, ce qui signifie qu’il y a eu une perte de pouvoir d’achat sur cette période et ce segment.
Dans l’arc lémanique, la progression des prix des nouveaux contrats de location est encore plus impressionnante. Entre 2000 et 2010, ils ont grimpé en moyenne de 5,6% par an. Soit une progression totale de 73% en dix ans.
Impossible, en revanche, de savoir dans quelle mesure l’augmentation des salaires dans la région lémanique a accompagné cette hausse des loyers, car Avenir Suisse ne dispose pas de ces données.
«Il n’est pas exclu que l’évolution du rapport entre évolution des salaires et évolution des loyers dans certaines villes, par exemple Genève, diffère grandement de la moyenne suisse», précise Jérôme Cosandey, chef de projet chez Avenir Suisse.
Classe moyenne défavorisée. Une dernière nuance qui n’est pas dénuée d’intérêt: les hausses de salaires au sein de la classe moyenne ont été moins fortes, proportionnellement, que celles chez les personnes aisées.
Ainsi, non seulement la tendance générale présentée par Avenir Suisse s’inverse lorsqu’on focalise sur la dernière décennie, mais, en plus, le problème des loyers est davantage marqué chez les bas et moyens revenus, en particulier dans la région lémanique.
Pour battre en brèche les idées reçues de ce côté de la Sarine, la boîte à penser zurichoise devra donc repasser.
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