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David Bergen Loin du monde
Edition: Albin Michel
Nb pages: 276

Le Canadien David Bergen continue avec «Loin du monde» sa plongée dans les illusions sentimentales et le retour à la nature avec une belle ode à l’adolescence.

Eté 1973. Lizzy, 17 ans, débarque avec sa famille au Refuge, une communauté vaguement ésotérique dans le nord de l’Ontario. Sa mère, dépressive, est persuadée que seul le docteur Amos, gourou de la communauté, pourra la sauver; elle se détache peu à peu de ses enfants et de son mari, qui passent leur journée à se baigner dans l’étang et à regarder leur famille se décomposer dans la moiteur de juillet. Au Refuge traîne parfois Raymond. Ray est Indien ojibwé, il a 18 ans et vient de quitter la maison de sa grand-mère dans la réserve pour vivre dans une cabane au milieu des bois. Lizzy, attirée comme un papillon par l’énergie animale et les cheveux noirs de Ray, lassée de jouer la mère de substitution auprès de ses petits frères, tourne autour de lui, qui se laisse faire et l’embarque dans son pick-up pour des balades sans but autre que de fuir le Refuge, les adultes, le monde.

Adultes, enfants, Indiens. Mais Lizzy est Blanche, Ray Indien, et ça ne se fait pas. Leurs amours furtives dérangent peu à peu la communauté de la petite ville, où la police n’aime ni les Indiens en général ni Ray en particulier, déjà tombé amoureux de la fille d’un des leurs. Au moment où elle découvre l’amour et les élans de son corps, Lizzy se trouve du coup confrontée à l’intolérance d’une société mesquine et rigoriste qui va lui faire payer le prix de son innocence.

Sur cette romance adolescente passionnée se greffent plusieurs narrations: la vie au Refuge, entre les sermons du docteur Amos et les pulsions artistiques de ses groupies, les tentatives désespérées du père de Lizzy pour garder sa femme, l’histoire de Ray et de son frère Nelson, enlevé à sa famille lorsqu’il avait 10 ans pour être éduqué chez des mormons, la rébellion des tribus spoliées par le gouvernement.

Avec un doigté fantastique, David Bergen superpose par couches fines et sensibles ces histoires qui s’entremêlent et décrit avec des mots justes l’éveil à la nature et aux sens d’une adolescente dont les certitudes ne tiennent plus qu’à un fil. Son écriture sensuelle fait merveille dans l’évocation de ce monde où la nature – lac, vent, pluie, chaleur, soleil, insectes – joue un rôle essentiel.

Terres d’Amérique. Plusieurs fois primé au Canada et aux Etats-Unis, né Blanc dans une province du Canada, la Colombie-Britannique, où la présence des premières nations est essentielle, habitant de longue date de Winnipeg dans le Manitoba, terre des Indiens ojibwé, David Bergen se profile comme l’un des meilleurs écrivains actuels du Canada anglophone. Découvert en France par Francis Geffard, créateur de la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel, Bergen offre avec ce quatrième roman traduit un bel écho aux précédents Juste avant l’aube ou Un passé envahi d’ombres, autant de récits poignants où les émotions flottent longtemps avant de se poser et de déclencher l’irréparable.



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