L'ombre des "veuves noires" sur Moscou
Par ANNE NIVAT - Mis en ligne le 31.03.2010 à 14:40
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ATTENTATS. Les explosions dans le métro de Moscou rappellent cruellement que le conflit entre le Caucase du Nord et la capitale russe n’est toujours pas réglé, analyse la grande reporter Anne Nivat.
Des silhouettes ensanglantées surgissant hagardes des entrailles du métro aux stations Loubianka et Park Koultoury, des ambulances bloquées dans des embouteillages monstres, une foule traumatisée se pressant «en surface», provoquant une hausse instantanée du prix des taxis, des bagarres éclatant ça et là entre Russes et «Caucasiens», tous ces événements survenus en conséquence du double attentat à la bombe dans le métro de Moscou, lundi 29 mars, avaient un air de «déjà-vu».
En effet, les deux explosions qui ont fait 39 victimes et plus de 70 blessés à l’heure de pointe ont brusquement ravivé le sentiment de millions de Moscovites qui, lors de la dernière décennie, avaient déjà subi ce genre d’attaque, la dernière remontant à 2004 (41 victimes, 250 blessés) dans ce même réseau souterrain. Plus récemment, un train entre Moscou et Saint-Pétersbourg avait déraillé à la fin de 2009 suite à un acte criminel, provoquant la mort de 28 passagers.
Systématiquement, après chaque acte terroriste de ce genre, la «piste caucasienne» est montrée du doigt et l’enquête policière déclare toujours qu’il s’agit de terroristes liés à l’«opération antiterroriste» en cours jusqu’en avril 2009 dans la petite république de Tchétchénie. Particulièrement rapides, dès lundi matin, les enquêteurs affirmaient que l’opération avait été menée à bien par deux femmes kamikazes.
Cible. Pourtant, la population moscovite a été prise de court: pourquoi, à nouveau, sa ville s’était-elle muée en cible? L’«opération antiterroriste» débutée à l’automne 1999 par le président Boris Eltsine avant de passer la main à Vladimir Poutine (aujourd’hui premier ministre) était officiellement achevée depuis un an, les déclarations de «normalisation» de la république caucasienne par le jeune Ramzan Kadyrov, le président tchétchène pro-russe autant connu pour la violence de ses méthodes que pour sa corruption, s’étaient multipliées. Du coup, la sale guerre de Tchétchénie et son cortège de disparus, d’amputés, de blessés parmi une population civile locale déboussolée, s’était presque fait oublier.
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