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L'Orient se dévoile

Mis en ligne le 21.01.1999 à 00:00

A Genève et Lausanne, Leila Haddad présente la «Danse des sept voiles». Un chaloupement devenu mythe.

L'Hebdo; 1999-01-21

Danse L'Orient se dévoile

A Genève et Lausanne, Leila Haddad présente la «Danse des sept voiles». Un chaloupement devenu mythe.

«D

ans l'odeur perverse des parfums (...) elle commence la lubrique danse qui doit réveiller les sens assoupis du vieil Hérode; ses seins ondulent et, au frottement de ses colliers qui tourbillonnent, leurs bouts se dressent.» Il faut avoir lu les pages fiévreuses de Huysmans - dans «A rebours», son roman de 1884 - pour comprendre les transports qu'a pu susciter la danse orientale chez les mâles occidentaux, qu'ils soient lettrés comme Flaubert ou simple soudard de l'expédition égyptienne de Bonaparte. Il est vrai, foi de saint Matthieu, que les chaloupements de Salomé ont tant fasciné l'auditoire qu'ils ont coûté un plateau au tyran Hérode et sa tête à l'apôtre Jean-Baptiste.

Les voiles de la connaissance

Mais n'y aurait-il pas là un malentendu? Nièce d'Hérode et princesse, Salomé n'était pas la dernière des garces, mais plus probablement la prêtresse d'un culte païen: «Et le verbe fasciner doit se comprendre au sens premier d'enchantement», corrige Leila Haddad qui présente à Genève et Lausanne sa «Danse des sept voiles» inspirée de la fameuse ensorceleuse. Accompagnée d'un orchestre arabe classique avec luth, cithare, flûte et percussions, la danseuse syro-tunisienne Leila Haddad a passé sa riche carrière à réhabiliter dans les théâtres du monde le «Raqs el-Sharki», littéralement la «Danse de l'Orient» que certaines libidos confinent aux seuls cabarets enfumés de la danse du ventre.

«On ne connaît ni l'époque ni le lieu précis qui a vu naître la danse orientale. On sait en revanche son origine religieuse, liée au culte de la déesse dans des sociétés régies par le matriarcat», explique Leila Haddad. On retrouve ses pas chez les prêtresses d'Isis dont les derniers temples sont condamnés au VIe siècle de notre ère. Des descriptions nous parviennent de Mésopotamie, du Zimbabwe, des Indes... Il s'agit alors d'un symbole de fécondité, d'un dialogue avec le divin où parfois vient se glisser l'accouplement. Mais jamais d'une simple coquetterie pour les garçons. «Encore aujourd'hui dans le monde arabe, la danse orientale n'a rien de vulgaire. Elle se pratique à la maison, entre femmes loin du regard des hommes.»

La danse orientale fut combattue par les juifs et les chrétiens. Autant pour sa prétendue indécence que pour ses liens ancestraux avec des cultes païens. Au sud de la Grande Bleue, elle s'est lovée dans la musique classique arabe avant de se voir réduite à son seul mouvement de bassin «alors qu'elle se compose de gestuelles et de pas complexes impliquant tout le corps», rappelle Leila Haddad dont la chorégraphie ondule aux sources même du mythe. A Ishtar, babylonienne, la déesse mère, qui explora le ventre de la Terre en quête de son amour mort. Et les sept voiles de Leila Haddad, du blanc au noir, ne sont point ceux du strip-tease, mais ceux de la connaissance.

Thierry Sartoretti

Genève, Forum de Meyrin, me 27, 20 h 30, tél (022) 989 34 34. Lausanne, Octogone, à Pully, je 28, 20 h 30, service Billetel.

chaloupé

D'origine religieuse, la danse orientale est symbole de fécondité.



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