DIX VILLES - SPECIAL USA
Los Angeles l’esthète

Par Luc Debraine - Mis en ligne le 03.10.2012 à 12:27

CULTURE. Loin du glamour et de l’industrie du divertissement, la cité des anges revendique aujourd’hui sa place prépondérante dans l’art contemporain mondial. Ses musées, artistes, galeries, écoles et collectionneurs parlent pour elle.

«Changer un aussi lourd stéréotype culturel est aussi facile que de faire atterrir un robot sur Mars», écrivait récemment le Los Angeles Times. En effet: la réputation de la mégapole californienne est ancrée dans le cinéma et ses stars, dans le surf et les néons, dans la bagnole et le soleil, bref dans ce premier degré clinquant qu’est la définition même du kitsch. Allez croire, avec une telle dose de clichés, que Los Angeles est aujourd’hui l’une des capitales mondiales de l’art contemporain. Sans doute pas à l’égal de New York, mais en ligne avec Berlin, Londres ou Paris.

Le changement de stéréotype relevé par le L. A. Times est pourtant en passe de se réaliser. Il a été accéléré par le Pacific Standard Time, un festival qui s’est tenu entre octobre 2011 et mars 2012 en Californie du Sud, à Los Angeles surtout, mais aussi à San Diego ou à Santa Barbara.

Menée par le Musée Getty, centrée sur l’art des années 1945-1980, la manifestation a réuni 130 musées et galeries pour un total de 170 expositions. Il s’agissait de documenter la formation de la scène artistique régionale, marquée par des artistes de la trempe d’Ed Ruscha, John Baldessari et George Herms, et associée à des courants aussi divers que le land art, le pop art, l’assemblage ou le postmodernisme. Le festival, couronné de succès, a surtout eu pour fonction de planter le drapeau de la culture, la vraie, la sérieuse, la cérébrale, sur la ville du divertissement érigé en principe économique majeur. Un beau geste d’affirmation de soi.

Bien sûr, il y a encore loin de la coupe de champagne aux lèvres siliconées. Los Angeles la morcelée n’a pas l’équivalent de Soho à New York. Mais elle compte de plus en plus de musées, galeries, collectionneurs et artistes attirés par des loyers plus avantageux que dans les autres places fortes de l’art contemporain. La cité ne manque pas non plus d’écoles d’art réputées, de magazines, de sites web, de critiques ou de grandes actions déclaratives comme la Masse en lévitation de Michael Heizer.

Soulever les montagnes. L’artiste californien, pionnier du land art dans les années 1960, a littéralement soulevé une montagne. Il a fait transporter un bloc de 340 tonnes sur une centaine de kilomètres jusque dans les jardins du Los Angeles County Museum of Art. Inaugurée en juin dernier, l’œuvre flotte au-dessus d’une rampe piétonne. Elle est aussi artistique qu’architecturale, en phase avec les autres œuvres monumentales du parc, mais aussi avec des bâtiments signés Renzo Piano ou bientôt Peter Zumthor. A noter qu’une autre œuvre monumentale de Michael Heizer, Tangential circular negative line, a été dévoilée cet été au barrage de Mauvoisin, en Valais. Comme un signe de l’aura en expansion de l’art contemporain californien.

Autre indice: cette scène artistique n’est pas avare de polémiques violentes. La dernière met aux prises le directeur du MOCA (Museum of Contemporary Art) avec ses collaborateurs, furieux de l’orientation «populaire» des récentes expositions (Dennis Hopper, les graffitis et bientôt l’influence de la disco sur l’art contemporain). Il est aussi reproché au directeur Jeffrey Deitch, un ancien galeriste new-yorkais, sa trop grande proximité avec le marché de l’art et le principal mécène du MOCA, le richissime collectionneur Eli Broad.

Celui-ci se fait d’ailleurs construire son propre musée en face du MOCA, juste à côté de la salle de concert dessinée par Frank Gehry. Le bâtiment, qui abritera la propre collection contemporaine de Broad, ouvrira en 2014.

Et pas de scène vibrante sans vols retentissants. A la mi-septembre, la villa du financier Jeffrey Gundlach à Santa Monica a été délestée de ses Mondrian, Jasper Johns ou Richard Diebenkorn. Le financier offre 1,7 million de dollars à la personne qui lui ramènera ses tableaux. Money talks!

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