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L'OTAN CHERCHE SA VOIE

Mis en ligne le 02.04.2009 à 00:00

SOMMET. L'Alliance atlantique fêtera ses 60 ans les 3 et 4 avril à Baden-Baden et Strasbourg. Mais l'organisation, en manque de stratégie claire, est menacée d'implosion. Reportages à Bruxelles, Moscou, Tallinn et Kaboul.

L'Hebdo; 2009-04-02

L'OTAN CHERCHE SA VOIE

SOMMET.

L'Alliance atlantique fêtera ses 60 ans les 3 et 4 avril à Baden-Baden et Strasbourg. Mais l'organisation, en manque de stratégie claire, est menacée d'implosion. Reportages à Bruxelles, Moscou, Tallinn et Kaboul.

Trouver le ton juste n'est pas arrivé souvent dans l'histoire de l'OTAN, la plus importante alliance de défense du monde, née le 4 avril 1949, qui fête donc son 60e anniversaire. Même aujourd'hui, un sommet harmonieux ne semble guère possible. En coulisse, au-delà des sourires pour la photo de famille et les félicitations mutuelles, les signes d'orage dominent. La fracture sépare avant tout «la vieille Europe» et la «nouvelle Europe», à l'Est. Et, malgré les efforts d'Obama, qui s'est dit ouvert à toute discussion, un autre fossé sépare une OTAN dominée par les Etats-Unis et le reste de l'organisation bien éloignée géographiquement.

«L'alliance devrait trouver une nouvelle orientation et adapter sa stratégie pour surmonter les nouveaux défis», déclarait la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi passé.

Car l'alliance vit une crise existentielle qui pourrait provoquer sa perte. Ce n'est pas son insignifiance, ni son manque d'activité qui la menace, c'est le contraire : l'OTAN ne sait plus où donner de la tête et tous ses efforts conjoints la mettent en péril. Elle s'est ainsi confié le rôle de gendarme du monde, mais dérape de manière incontrôlée dans ce rôle. A ce jour, l'OTAN est impliquée dans de nombreuses opérations: elle mène une guerre qui s'envenime dans l'Hindu Kush, elle assure la protection du Kosovo, un Etat qui n'a même pas été reconnu par certains membres, comme l'Espagne et la Grèce; elle patrouille en Méditerranée à la recherche de terroristes; elle apporte son soutien à la lutte contre la piraterie dans la Corne de lAfrique et entraîne les forces de sécurité irakiennes.

Devrait-elle en faire plus, comme le suggèrent certains de ses penseurs? Assurer par exemple l'approvisionnement énergétique de l'Ouest? S'impliquer dans le monde entier dans la lutte contre al-Qaida ou intervenir au Soudan? Doit-elle devenir le bras armé de l'ONU ou son concurrent?

Et quelle attitude doit-elle adopter face à une Russie plus sûre d'elle-même, plus agressive aussi? L'OTAN doit-elle intégrer l'Ukraine avec son port de Sébastopol en Crimée où stationne la flotte russe? Doit-elle accueillir un risque-tout tel que le président géorgien Saakachvili qui, par ses provocations a manqué de déclencher un affrontement entre l'Ouest et Moscou en août 2008? Où donc faut-il placer les frontières de l'OTAN? Depuis la fin de la guerre froide et les attentats du 11 septembre 2001, l'alliance doit se redéfinir, tant sur le plan géographique que conceptuel.

Bruxelles, au QG de l'OTAN, boulevard Léopold III.

C'est une construction immonde à la périphérie de la ville. Des contrôles scrupuleux, la peur d'une attaque terroriste, ambiance. A l'intérieur de l'édifice, une petite ville: un supermarché, un café, une banque. Celui qui pénètre au cÅ“ur de l'alliance n'a pas besoin de courir de gauche à droite pour ses besoins quotidiens. Derrière de longs corridors, des salles de conférences aseptisées. Tout près du saint des saints - le bureau du secrétaire général - l'art s'expose: une aquarelle fleurie, une photo d'Afghanistan sur laquelle un soldat de l'OTAN aide un malade etc... L'alliance emploie 5200 civils pour un budget annuel de 2 milliards d'euros. Pas moins de 320 comités s'occupent de l'infrastructure de ce moloch bureaucratique

Le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, qui occupe depuis janvier 2004 le poste de secrétaire général, passe pour un candidat plutôt faible, le choix d'un compromis. Longtemps dépeint comme le défenseur acharné de la guerre en Irak et le «caniche» de George W. Bush, il semble s'être affranchi de la tutelle de Washington.

Le Néerlandais, qui rentre tout juste d'Afghanistan, se montre autocritique, à notre surprise. Selon lui, cette guerre «ne peut être gagnée militairement». Il faut bien plus conquérir «les cÅ“urs et les esprits des gens». «Nous devons faire attention aussi à ce que nous ne fassions pas de victimes civiles» et puis, la coopération avec l'Iran est très importante.

L'OTAN a besoin d'un nouveau concept stratégique, estime le secrétaire général. «Voilà dix ans, il fallait une division de chars pour impressionner un pays. Aujourd'hui, nous sommes face à des Cyberattaques et des chantages à l'approvisionnement en gaz. L'OTAN n'a ni l'argent ni les moyens de devenir un globocop, un policier global.» A 61 ans, de Hoop Scheffer abandonnera son poste en juillet. Le favori pour lui succéder est le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, 56 ans. Désormais, l'élan qui sera donné pour sortir de la période paralysante et destructrice de l'ère Bush dépend de l'équipe Obama.

Moscou. Un thé avec Mikhaïl Gorbatchev.

A 78 ans, l'homme sorti un instant de son « cercueil politique», porte ce jour-là un pullover sombre à col roulé sous un costume anthracite. Il émane de lui de la rage et de l'amertume lorsqu'il se lève de son fauteuil pour s'emparer d'un livre. Enervé, il met le doigt sur la page: «Voilà, c'est ma cosignature, lors de ma rencontre avec James Baker.»

C'était une journée chaude d'hiver, le 9 février 1990, le dégel. Gorbatchev se souvient de chaque détail de cette rencontre d'une heure. Le ministre américain des Affaires étrangères était alors son hôte à Moscou, pour parler de la réunification allemande. La question était alors de savoir s'il allait s'agir d'une Allemagne réunifiée hors du contrôle de l'OTAN et peut-être désireuse de posséder sa propre dissuasion nucléaire ou d'une Allemagne alliée de l'Ouest, mais avec la promesse que «l'OTAN ne s'élargirait pas à l'Est», se souvient Gorbatchev. Le secrétaire général du PC russe a alors fait savoir à Baker qu'une telle option serait inacceptable pour Moscou. Gorbatchev estime que sa confiance a été trahie. «A l'époque, Washington pensait que nous n'étions plus concurrents, qu'il pouvait tout se permettre. Les Etats-Unis érigeaient un nouvel empire.» En 1999, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie intégraient l'OTAN. Puis, en 2004, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et les Etats baltes.

Aujourd'hui Gorbatchev représente pour beaucoup de ses concitoyens «le fossoyeur de l'empire». Ceux-ci se moquent aussi volontiers de son rôle dans les spots publicitaires. Mais, lors d'une apparition aux Etats-Unis, il a été applaudi après avoir dit: «L'Amérique a aussi besoin d'une Perestroïka!» Au terme de notre entretien, il conclut: «J'ai espoir dans les deux jeunes présidents Obama et Medvedev.» Pour autant, il ne se réjouit pas de tous les choix du Kremlin, tel celui du représentant de la Russie auprès de l'OTAN à Bruxelles.

Bruxelles. Déjeuner aux blinis avec l'ambassadeur Dmitri Rogosin, dans sa résidence.

L'ex-journaliste,45 ans, cofondateur duparti ultranationaliste passe pour un paradoxe vivant, un diplomate violent. «Certains fonctionnaires à Bruxelles ne veulentpas rester plus de trente minutes avec moi dans la même salle, parce qu'ils pensent que c'est mauvais pour leur santé», s'est-il vanté un jour.

Un hôte pourtant parfait, charmant, prévenant. Sa villa: impressionnante. Ses motos: nombreuses. Sa collection de samovars: stylée. Mais, côté politique, ce fan de cigares fume un tabac très fort. Comme un sumo sans adversaire, dit-il, l'OTAN chancelle depuis la fin du Pacte de Varsovie.

Selon lui, cette «OTAN globalisée creuse sa propre tombe».

Rogosin, comme Gorbatchev, pointe le péché originel de l'OTAN dans son élargissement à l'Est. «Combien de temps allons-nous encore supporter les provocations?» Le bombardement de l'OTAN sur Belgrade sans mandat de l'ONU, voici dix ans, a été une belle erreur elle aussi, selon l'ambassadeur. «Cette guerre a provoqué une souffrance infinie dans le peuple et conduit politiquement aux pires conséquences.» Sur le Kosovo, l'Ukraine et la Géorgie.

Quant à la tentative de l'OTAN d'encercler la Russie, Rogosin la commente avec sarcasme: «Plus leurs bases se rapprochent plus il sera facile de les toucher. Autrefois, nous avions besoin de fusées. Aujourd'hui, il ne faut que des mitrailleuses». Le vigoureux Monsieur Rogosin se félicite malgré tout que, après des mois de glaciation depuis de la crise de Géorgie, le dialogue OTAN-Russie ait repris.

Tallinn. Le Centre international d'étude de défense.

La capitale de l'Estonie est par excellence le type de centre que l'ambassadeur Rogosin décrit comme «destructeur de paix». C'est ici que la voix de «la nouvelle Europe» se fait peut-être le plus entendre. Kadri Liik, la dynamique directrice de ce think tank financé par des fonds publics occidentaux, a 38 ans et incarne le prototype de cette «nouvelle» Europe très critique envers Moscou.

«La Russie veut entretenir des rapports amicaux avec ses voisins, mais il ne s'agit que d'une autre forme de domination», prévient la dame aux longs cheveux noirs, avec des éclairs dans les yeux. Pour preuve, elle rappelle les Cyberattaques du début de l'année 2007 qui ont massivement perturbé le réseau estonien. Les responsables se sont fait connaître comme membres des jeunesses poutiniennes.

Puis, survint la guerre du Caucase. Le 8 août 2008, selon Liik, est un jour équivalent au 11 septembre 2001. A cette date, l'armée russe entrée en Géorgie aurait montré son vrai visage. «Ce sont les Russes qui ont provoqué cela, ce sont eux les agresseurs. L'OTAN commet une grave erreur en poursuivant le dialogue.»

Kaboul. QG de l'ISAF sur la Great-Massoud Road.

Depuis quelque temps, les talibans ont changé de tactique. Ils n'attaquent plus en terrain découvert, mais par des attentats suicide et des engins explosifs le long des routes. Plus de 1000 soldats occidentaux ont déjà perdu la vie en Afghanistan. La plupart sont Américains, mais on dénombre aussi 152 Britanniques, 116 Canadiens et 30 Allemands. Au cours des sept dernières années, l'Afghanistan n'est pas devenu un lieu plus sûr, ni pour les Afghans ni pour le reste du monde.

Le plus haut gradé à Kaboul, le général américain quatre étoiles David McKiernan, est assis à son bureau de l'Isaf sous commandement de l'OTAN. Le camp, avec sa vieille façade en bois, est un ancien club équestre au centre de la capitale que les soldats ont investi. McKiernan commande ici 70 000 hommes.

McKiernan est un homme grand, blond, âgé de 57 ans dont huit passées en Allemagne. Jadis, il barrait la route au Pacte de Varsovie. Aujourd'hui, il veut empêcher que les combattants d'al-Qaida ne trouvent «un abri en Afghanistan».

Mais, pour l'heure, il a d'autres soucis. Dans une offensive contre les talibans dans la province de Helmand, les soldats de l'Isaf viennent de tuer huit civils. Le commandant britannique pour la région se défend que les extrémistes auraient utilisé les victimes comme «boucliers humains». Ces dégâts collatéraux ont des effets dévastateurs. En 2008, 2118 civils ont trouvé la mort. Une augmentation de 40% par rapport à 2007.

Obama a reconnu que les choses tournent plutôt mal et que «l'Ouest n'est pas en mesure de gagner cette guerre». L'OTAN doit donc être plus forte en Afghanistan et mieux coordonner ses forces. «Le plus important est d'avoir une stratégie plus globale, plus claire, plus disciplinée.» Pour ce faire, Obama promet plus d'hommes et plus d'argent: aux 17 000 soldats supplémentaires déjà annoncés devraient se joindre 4000 autres pour former et conseiller les forces afghanes. Les sommes dépensées, qui s'élèvent à ce jour à 2 milliards de dollars par mois, devraient augmenter de 60%. Le président américain va aussi demander un effort supplémentaire à ses alliés, si ce n'est sur le plan militaire, au moins du point de vue financier.

PARERICH FOLLATHET AL

COPYRIGHT DER SPIEGEL

TRADUCTION ET ADAPTATION MICHEL BEURET

AFGHANISTAN

Le président américain Barack Obama assistera au sommet-anniversaire de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN), où il tentera de convaincre ses alliés de faire des efforts supplémentaires - militaires et financiers - pour sortir du bourbier afghan.

GÉORGIE

Le 9 août 2008, dans la ville géorgienne de Gori. L'armée russe vient de frapper la velléité de Tbilissi de rentrer dans l'OTAN et marque sa sphère d'influence dans le Caucase.

«LES ÉTATS-UNIS ONT EUX AUSSI BESOIN D'UNE PERESTROÏKA.» Mikhaïl Gorbatchev, ex-secrétaire général du Parti communiste soviétique

«JADIS NOUS AVIONS BESOIN DE FUSÉES, À PRÉSENT LES MITRAILLEUSES SUFFISENT.» Dmitri Rogosin, ambassadeur russe auprès de l'OTAN

OTAN: L'ÉLARGISSEMENT À L'EST

10 MARS 2009

Le vice-président américain, Joseph Biden (centre) avec le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer (à dr.) au QG de l'organisation.




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