SOCIÉTÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > SOCIÉTÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Fait divers
Lou-Ann, morte noyée par négligence

Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 14.09.2011 à 15:11

Début juillet, une fillette de 6 ans est morte noyée à Hauterive. Son parrain et l’ex-mari de la mère endeuillée lancent un cri d’alarme. Ils accusent la jeune femme de négliger ses autres enfants. Qui peut agir?

C’est une histoire triste. Celle de Lou-Ann, une fillette de 6 ans qui aimait dessiner et imiter les danseuses classiques sur toutes sortes de musiques. Une élève qui était vive et douée à l’école. Elle est morte des suites d’une noyade, le samedi 9 juillet sur la plage d’Hauterive, sur les bords du lac de Neuchâtel. La petite Chaux-de-Fonnière jouait dans l’eau, sur un matelas pneumatique, avec une voisine de son âge, et ne savait pas nager.

«J’AI L’IMPRESSION QUE L’ÉTAT CAUTIONNE LES NÉGLIGENCES DE MON EX-FEMME. J’AI UN PROFOND SENTIMENT D’INJUSTICE.» François Wisard

Ce drame a fait la une des journaux. «Aucun adulte n’était dans un rayon qui aurait permis une surveillance des enfants», explique aujourd’hui la procureure Sylvie Favre qui, voici un mois, a renoncé à toute sanction, l’article 54 du Code pénal permettant d’épargner un auteur déjà suffisamment puni par les conséquences de son acte.

Crainte d’un père. De fait, la mère de la fillette, Géraldine*, n’était pas sur les lieux lorsque celle-ci s’est noyée. Révolté par la décision de la procureure, son ancien mari François Wisard – père de deux enfants qu’ils ont eus ensemble – a décidé d’alerter la presse.

«J’ai l’impression que l’état cautionne les négligences de mon ex-femme. J’ai un profond sentiment d’injustice, mais il n’est pas possible de faire recours contre la décision de la procureure. Il aurait fallu être plaignant. J’ai des copains dont le droit de visite est bloqué parce qu’ils ne paient pas la pension.»

Ce qui est arrivé à la demi-sœur de ses enfants ne l’étonne pas. «Ce n’est que la conséquence de l’attitude irresponsable de mon ex-femme avec ses filles et son fils. La mort de Lou-Ann ne lui a même pas servi de leçon. Le lendemain de l’enterrement, elle laissait sa cadette de 3 ans abandonnée à elle-même sur un chemin, à la suite d’une promenade.»

Le père de famille, qui a refait sa vie avec une habitante du quartier, mère d’un garçon de 8 ans, craint pour la sécurité de sa fille de 12 ans et de son fils de 9 ans qui, en temps normal, passent un week-end sur deux chez leur mère. Les deux parents partagent l’autorité parentale mais c’est lui qui en a la garde.

Tous habitent dans le quartier de l’Esplanade, à la sortie de La Chaux-de-Fonds. Lou-Ann vivait avec sa maman, une jeune femme de 31 ans. François Wisard a connu son ex-épouse à Neuchâtel. «Elle venait du nord de la France, elle vivait dans la rue, faisait la fête.»

Lou-Ann ne connaissait pas son père. Après elle, sa mère a eu un quatrième enfant avec un autre homme qui habite en France. A La Chaux-de-Fonds, le quartier de l’Esplanade n’a pas bonne réputation: beaucoup de personnes à l’aide sociale, beaucoup d’étrangers.

L’endroit est pourtant agréable à vivre: des rues étroites peu favorables à la circulation et des maisonnettes de béton accolées les unes aux autres, sur plusieurs étages. Certaines sont dotées d’une terrasse ou d’une cour, ou des deux. Le magasin de quartier sert de point de rencontre. Une école accueille les enfants jusqu’à la deuxième année.

Parrain révolté. C’est dans ce quartier qu’habite et travaille également Jean-Paul Liégeois, parrain de la fillette décédée et ex-compagnon de Géraldine. Ce père de famille divorcé de 49 ans, qui s’occupe de ses deux cadettes de 15 et 17 ans, a beaucoup de peine à faire le deuil de sa filleule.

«Elle me manque beaucoup. Je passe encore pas mal de nuits blanches. Je l’ai vue naître et m’en suis beaucoup occupé durant trois ans. J’ai vécu avec sa mère de 2005 à 2008. Mais même après notre séparation, je l’accompagnais à l’école et j’emmenais sa petite sœur faire une balade en poussette.»

Le Chaux-de-Fonnier a la rage au ventre. Il n’a pas de mots assez durs pour condamner son ancienne amie et actuelle voisine. «Elle faisait la fête avec des copains lorsque le drame est arrivé. Ils ont laissé partir les enfants au lac sans surveillance.

Il y a longtemps que j’aurais dû témoigner et dénoncer son comportement: elle est toujours derrière son ordinateur jusqu’à 3 ou 4 heures du matin et ne se réveille parfois pas avant le début de l’aprèsmidi. Elle ne s’occupe pas de ses enfants. Elle m’a toujours dit: “J’adore être enceinte, mais je n’aime pas m’occuper des gosses.” Ma crainte, c’est qu’elle en refasse un. Mais surtout, j’ai peur qu’il arrive quelque chose à la petite dernière que l’on ne voit d’ailleurs plus traîner dans le quartier.»

Lui qui travaille au magasin de l’endroit est bien au fait de ce qu’il s’y passe. Il raconte l’anecdote du numéro de téléphone et du prénom écrits par sa mère sur le dos de sa cadette qui vagabondait souvent dans le quartier. «Dès qu’elle a un nouvel homme dans sa vie, et cela arrive souvent, elle lui accorde plus d’attention qu’à ses enfants.»

Amalia Espina, voisine de Géraldine, se fait aussi du souci pour la petite fille. Les deux femmes se sont connues à l’hôpital psychiatrique de Préfargier, il y a dix ans. «Il faut que quelque chose se fasse pour elle. On est tous à faire des cauchemars dans le quartier.

Ma terrasse donne sur sa cour. Je la voyais vivre et l’entendais crier sur ses gosses à qui il est arrivé de sortir à moitié nus par moins dix degrés pour faire du bob sur les escaliers. Il faudrait vraiment que quelqu’un lui donne un coup de main, qu’on l’aide à s’occuper de sa famille, car elle n’est pas bien avec ellemême.»

Enquête sociale. Géraldine fait bien l’objet d’une enquête menée par l’Office de protection de l’enfant. Mais François Wisard estime que les choses ne vont pas assez vite. Il montre un certificat médical concernant son fils, brûlé par le soleil au deuxième degré alors qu’il était sous la garde de sa mère. «Elle l’envoie toujours jouer dehors pour qu’il ne la dérange pas lorsqu’elle est devant son ordinateur.»

Il souhaite que son ex-femme soit déchue de son autorité parentale et qu’elle ne voie leurs deux enfants qu’encadrée par les services sociaux. La jeune femme s’y refuse et depuis le drame, le père n’a pas laissé ses deux enfants retourner chez elle.

Une enquête de l’Office de protection de l’enfant prend du temps, en moyenne six mois, explique Christian Fell-rath, chef du Service de protection de l’adulte et de la jeunesse. Le Neuchâtelois refuse d’en dire plus sur le cas, mais détaille la procédure habituelle. «On interroge l’ensemble du réseau, les enseignants, le pédiatre, les parents, les enfants eux-mêmes. Des visites- surprises au domicile sont possibles. Mais s’il y a dysfonctionnement, il n’y pas besoin de l’effet de surprise pour s’en rendre compte.»

Au terme de l’enquête, un rapport écrit par un assistant social proposera des mesures au juge. Le placement d’urgence d’un enfant est une mesure exceptionnelle, généralement réservée aux cas de maltraitance et d’abus. Bien que la place soit rare en institutions, les autorités peuvent cependant prendre des mesures en cours d’enquête si la situation le nécessite, dans le cas par exemple de défaut d’encadrement ou de soins.

Mère endeuillée. Très affectée par le décès de sa fille, la Neuchâteloise ne sort plus de chez elle. Assise à la table de la cuisine, stores baissés, elle fume. Robe à fleurs, cheveux blond-roux et joli visage fin à l’air désespéré, sa poignée de main est molle, sans force. Tatouages et boucles d’oreilles, son ami est assis à côté d’elle.

«Tout le monde nous tombe dessus depuis la mort de Loulou, glisse-t-elle l’air las. Mais nous n’avons pas à nous défendre ni à nous justifier. J’ai toujours pris soin de mes enfants. Si je les négligeais, mes filles ne seraient pas comme elles sont: elles ont un développement normal. Je ne jette pas mes enfants dehors. Ils rentrent et sortent comme ils veulent. Il n’y a rien à ajouter.»

La jeune femme ne voit qu’un acte de vengeance et de jalousie dans les accusations de son ancien mari et de son ancien compagnon, qu’elle a tous deux quittés.

Son aînée, la fille de François Wisard, vient d’avoir 12 ans. Elle s’occupait de ses demi-sœurs lorsqu’elle passait le week-end chez sa mère et aimerait beaucoup la revoir. Grande et fine, elle a une petite voix d’enfant. «Avec maman, on fait parfois la cuisine ensemble et on joue au Trivial Pursuit sur la Wii. C’est toujours moi qui gagne...»

*Prénom modifié




Tags: Fait divers, Lou-Ann, noyade,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de pffff
le 06.02.2012 à 21:50
Oui, il faudrait qu'ils le soient ( protégés) mais on...
 
Réaction de naturelle
le 06.02.2012 à 20:33
De tout coeur avec Monsieur Wisard, le parrain et les...
 
Réaction de naturelle
le 06.02.2012 à 20:28
Avoir du respect pour Lou-Ann, Nous oblige, en tant qu'êtres...
 
Réaction de Tchouky
le 18.09.2011 à 01:39
Trop c'est trop. De part mon devoir de réserve, vu...
 
Réaction de isabelle
le 17.09.2011 à 20:18
franchement je suis révolté par ce que lis (vos commentaires)!!!...
 
Réaction de zarbi
le 17.09.2011 à 01:08
et pourquoi on ne mentionne pas la carte que la...
 
Réaction de zarbi
le 17.09.2011 à 00:35
arretez de critiquer vous ne savez meme pas ce qui...
 
Réaction de Gibu
le 16.09.2011 à 21:08
Toutes mes condoléances à votre famille et à vos proches...
 
Réaction de FrancoisWisard
le 16.09.2011 à 20:11
J'ai reçu aujourd'hui par mon avocat copie du rapport de...
 
Réaction de 1dochine
le 16.09.2011 à 19:16
Pourquoi? Parce que maintenant c'est trop tard?? Mais vous vous...
 
Réaction de 1dochine
le 16.09.2011 à 19:14
Le respect c'est de dire ce qu'il s'est passé...
 
Réaction de coco
le 16.09.2011 à 19:09
s'il falait faire quelque chose c'etais avant le dessé de...
 
Réaction de coco
le 16.09.2011 à 19:07
1dochine oui je connais la maman je connais l enfant...
 
Réaction de 1dochine
le 16.09.2011 à 18:33
Oui j'ai lu, oui je connais et oui je connais...
 
Réaction de Maurice
le 16.09.2011 à 18:30
1dochine, vous avez lu les rapports de police vous peut...
 
Réaction de 1dochine
le 16.09.2011 à 17:12
Coco, connaissez-vous l'histoire? Connaissez-vous la mère? Comment pouvez-vous dire de...
 
Réaction de coco
le 16.09.2011 à 17:00
c est du n import quoi la maman a deja...
 
Réaction de isabelle
le 15.09.2011 à 12:51
je suis totalement d'accord avec Monsieur Wisard et Monsieur Liégeois......
 
Réaction de gibu
le 15.09.2011 à 11:42
Il n'y a pas de place pour le doute !!!...
 
Réaction de gibu
le 15.09.2011 à 11:12
Il n'y a pas de place pour le doute !!!...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


SOCIÉTÉ
Ex-rebelles libyens et insurgés syriens aux côtés de BHL
BHL avec deux rebelles syriens Keystone
Bernard-Henri Lévy est venu accompagné, vendredi à Cannes, par des vétérans libyens et deux rebelles syriens pour la projection de...
SOCIÉTÉ
Xamax: la détention de Bulat Chagaev a pris fin vendredi
Bulat Chagaev en février à Neucha^tel (archives) Keystone
L'ex-patron de Neuchâtel Xamax est sorti de prison vendredi. Prévenu de faux dans les titres et de gestion fautive, Bulat...
SOCIÉTÉ
Un couple de lynx polonais au Zoo de Servion
Le jeune lynx mâle découvre son nouveau parc Keystone
Deux nouveaux pensionnaires sont visibles depuis vendredi au Zoo de Servion (VD). Un couple de lynx en provenance de Pologne,...
SOCIÉTÉ
Parti de Payerne, Solar Impulse s'est posé dans la nuit à Madrid
Solar Impulse a franchi sans encombre la première étape de son premier vol intercontinental. Parti jeudi matin à 08h24 de...


SOCIÉTÉ
 Aigues-Vertes, un village particulier
Posé au milieu des champs, à quelques pas du Rhône et à huit kilomètres de Genève, Aigues-Vertes ressemble à un...
SOCIÉTÉ
 Théâtre: Mercanton relève le Paris
THÉÂTRE DES DÉCHARGEURS, JEUDI 8 SEPTEMBRE 2011 Yann Mercanton, dans sa loge, donne peu à peu vie à son personnage délicieusement fêlé. Marlene Awaad
Nous sommes le 8 septembre. L’acteur Yann Mercanton monte Les petites fêlures de Claude Bourgeyx au théâtre des Déchargeurs. Il...
SOCIÉTÉ
 La taille des Suisses plafonne
«Que tu as grandi! Tu vas bientôt dépasser ton papa.» Cette remarque enfantine sera-t-elle caduque d’ici à quelques années? On...
SOCIÉTÉ
 Ne partons pas fâchés
Je place haut l’amour physique. Dieu dans le sexe des femmes, et tout l’Evangile selon feu saint Chessex, la vaste...
SOCIÉTÉ
 Point final: Une pensée pour Lavaux
«Avant d’être une construction, l’architecture est une pensée, une invention et une surprise»: cette citation d’Alberto Sartoris figure sur une...