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Par Julien Burri - Mis en ligne le 30.05.2012 à 17:16 |
Pendant trente-cinq ans, l’auteur de La femme et le pantin, le respecté écrivain français Pierre Louÿs (1870-1925), poète inspirateur de Debussy et de Honegger, a patiemment composé une œuvre scandaleusement érotique et pornographique. Mais ses quatre cents kilos de manuscrits soigneusement calligraphiés d’une encre violette ont dormi dans ses tiroirs avant d’être dispersés. Certains ont été publiés après sa mort, mais l’essentiel restait à déflorer. Robert Laffont en publie une bonne part, reflet des rêves voluptueux qui hantaient leur auteur: poèmes, dialogues, romans, fiches techniques sur ses rencontres, description de son harem idéal (se composant de «7 animaux, 4 appareils et 17 femmes»), etc. Louÿs, graphomane et érotomane, en avait principalement après le beau sexe. «Si un couple amoureux se compose de deux femmes, il est parfait; s’il n’en a qu’une seule il est moitié moins bien; s’il n’en a aucune, il est purement idiot», écrivait-il. Les tribades sont ses muses, il fantasme sur l’inceste mère-fille, la sodomie féminine, la prostitution et la scatologie. Souvent avec jubilation et gaieté, parfois jusqu’au glauque et au poissard. Dans le compte rendu scrupuleux qu’il tient de ses conquêtes, on peut lire: «Rouen, rue des Espagnols. Affreuse fille, vieille et laide, mais grande. Avait dû être belle. Tout à fait habituée à l’acte. Respectueuse et obéissante; ne demandant ni précautions ni égards. Malgré sa vieillesse, je l’ai prise trois fois comme pisaller. Elle m’intéressait par son abjection.» Louÿs était aussi un grand collectionneur d’ouvrages érotiques et possédait une poupée «magnifique, de la grandeur d’une personne humaine», qu’il présentait à ses hôtes et installait à table, comme une «maîtresse de maison». Enfin, il avait adopté un art naissant, la photographie, pour assouvir sa passion d’entomologiste, réunissant ses clichés savamment étiquetés dans des albums, composant des monographies à la gloire des fleurs de chair. Mais c’est avant tout par le texte que celui qui se targue d’avoir connu «mille cinq cents femmes» a exploré le continent secret du sexe. En esthète dandy, Louÿs fait l’amour aux mots et lubrifie soigneusement ses rimes. Ainsi le poème Le baiser entre les jambes, qui commence ainsi: «Tout près du sexe qui fleurit dans les poils roses / Il est pour les amants une place à baisers. / C’est là que rêvent les visages épuisés / Et que la cuisse est tendre aux sourires moroses.» Ses obsessions sont souvent subverties par l’humour et la parodie, voire un ton potache (dans son Manuel de civilité, le chapitre «En classe» indique: «Ne dessinez pas au tableau noir les parties sexuelles de la maîtresse, surtout si elle vous les a montrées confidentiellement.»). Car le rire, chez Louÿs, ne fait pas débander la plume. L’écrivain célébré tenta de faire lire ses œuvres illicites à un ami, pour lequel il nourrissait une passion, le Genevois John Bérard, «grand Suisse maigre et carré, à la figure taillée à la hache». C’est à Lausanne, saisi d’une «détresse folle», qu’il s’apercevra que ce dernier ne partage pas ses fantasmes littéraires. Et qu’il décidera de taire à jamais «le but de sa vie». «OEuvre érotique». De Pierre Louÿs. Robert Laffont, 1027 p. |









