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Luc Besson, plagiaire boulimique

Mis en ligne le 14.12.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-12-14

Luc Besson, plagiaire boulimique

Cinéma Le wonder boy du french movie vend «Arthur et les Minimoys», une fantaisie en 3D démagogique et laide pompant tous azimuts. Antoine Duplan dénonce.

L'envergure de l'opération commerciale force l'admiration. Les premières pubs pour le film ont été diffusées à la Noël 2005. Auparavant, les livres narrant les aventures d'Arthur et de ses amis Minimoys s'étaient déjà répandus comme la peste dans les librairies. Les produits dérivés déferlent. L'opération culmine à la télé chez Michel Drucker qui, de sa voix de vaseline, s'ébaubit docilement des chiffres que Luc Besson égrène: cinq ans de travail, 700 collaborateurs, 20 millions d'images calculées, 60 000 journées de travail, 47 crêpes englouties pour son dernier anniversaire - comme si l'arithmétique et la boulimie étaient des preuves de génie visionnaire.

Quant il s'agit d'industrialiser le cinéma français (projet de studio géant) et de faire marcher la pompe à fric, Luc Besson est champion. Quand il passe derrière la caméra, c'est le génie du recyclage tous azimuts qui frappe. Il n'y a aucune idée, scénaristique ou graphique, originale dans Arthur et les Minimoys, véritable bric-à-brac de pièces rapportées. Bien sûr, comme le rappelle l'exposition parisienne Aux sources de l'art des studios Disney, le cinéma cherche l'inspiration dans l'histoire de l'art; le réalisateur du Grand Bleu n'interprète pas les influences, il pratique sans vergogne le copier-coller.

Arthur s'impose comme du sous-Spielberg, tempéré par l'impéritie française mais toutefois situé dans l'Amérique de 1960 telle que l'a définie l'imagerie de Norman Rockwell. Question scénario, on mixe les Goonies et Chérie j'ai rétréci les gosses. C'est-à-dire qu'un adorable bambin dispose de quelques heures pour trouver le trésor légendaire permettant de sauver la maison familiale des griffes du promoteur. Réduit à la taille d'un puceron, il devra se frayer un chemin dans la jungle de la pelouse. Notez l'astuce onomastique: le «Minimoy», c'est le minimoi, double minuscule se confondant avec le confident imaginaire des enfants.

Ça schtroumpfe grave Telle Alice dans son terrier, Arthur tombe dans un monde enchanté. Tel le docteur Freud dans un fameux récit du Concombre masqué, il passe à travers un télescope, changeant alors de nature et de registre. Le garçon de chair et d'os se métamorphose en gnome gracile tissé de pixels et le film vire à la 3D pour partir à la découverte du royaume souterrain des Minimoys, un monde qui doit son esthétique à l'architecture elfique de la Lothlorien (Seigneur des anneaux), aux plateformes arboricoles des Ewoks (Le retour du Jedi) et, bien sûr, au village schtroumpf. Les 327 ans d'un Minimoy renvoient d'ailleurs à cette phrase célèbre du Grand Schtroumpf: «Eh! Mon Dieu, j'ai eu 542 ans aux chanterelles» (La flûte à six schtroumpfs ).

Arthur rencontre la princesse Sélénia et son frère Bétamèche, deux marmousets à croquer, lisses comme des poupées Barbie, qui devraient faire le bonheur des 3 à 8 ans et titiller la libido des vieux pédophiles. La fille est une gerce comme toutes les héroïnes bessoniennes. Leur père, un gnome barbu juché sur les épaules d'un yéti blanc tiré d'une pub pour pastilles à la menthe. Le petit peuple infrapelouse se partage en deux espèces: les très mignons et les difformes sympas issus du Muppets Show ou de la faune mineure de Star Wars. En passant, notre héros se souvient qu'on l'appelle Arthur en extirpant une épée magique de son socle ce qui le promeut sur le champ maître des royaumes souterrains, chef de guerre, élu suprême - ça flatte la volonté de puissance des gosses.

Le grand méchant s'appelle Maltazard, mais on ne prononce pas plus son nom que celui de Valdemort dans Harry Potter: On dit «M le maudit». Pauvre Fritz Lang... Qu'a-t-il fait pour que le titre de son chef-d'oeuvre finisse par désigner un asticot mutant qui ressemble à un croisement de Boris Karloff dans Frankenstein et du Rige, le chevalier laconique de La quête de l'oiseau du temps, de Loisel. Son fils a un sourire plein de crocs identique à celui de l'orque qu'Aragorn décapite devant la porte noire à la fin du Retour du roi. On notera enfin que les chansons sont tirées de la bande son de Pulp Fiction...

Luc Besson a dit qu'il ferait dix films et qu'il arrêterait. Arthur et les Minimoys est son dixième film. Donc le dernier. A moins, laisse-t-il entendre, qu'il ait du succès; alors, le french wonder boy remettrait l'ouvrage sur le métier pour trousser quelques suites. En n'allant pas voir ce produit candide et rusé, on gagnera du temps, de l'argent, et on pourrait rendre service au septième art. |

Arthur et les Minimoys. De Luc Besson. Avec Freddie Highmore, Mia Farrow. France, 1 h 42.

Minimoys Bétamèche, Arthur et Sélénia: trois marmousets de pixels mignons à croquer.




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