Rares sont les hommes politiques suisses à susciter autant de respect chez leurs adversaires politiques que l’écologiste vaudois Luc Recordon (55 ans).
Non pas par pitié pour cet homme qui depuis des années fait la nique à son handicap physique mais par admiration pour son courage, l’authenticité de son engagement, la fine connaissance de ses dossiers et, surtout, l’intelligence de son cœur.
Son V de la victoire «comme celui de Churchill», confie-t-il, juste après l’éviction en décembre 2007 de Christoph Blocher du Conseil fédéral, à laquelle il a singulièrement contribué, restera dans les annales de la politique suisse.
Avocat, conseiller aux Etats, municipal à Jouxtens-Mézery, administrateur de la BCV, le célibataire Recordon trouve encore le temps de soigner ses relations avec sa famille élargie (ses parents sont décédés), ses amis et son cercle politique, dont nous ne publions qu’un aperçu.
Ingénieur physicien de l’EPFL et docteur en droit, une formation solide et rigoureuse, il estime que notre société doit sans attendre adopter une économie écologique, «ce dont le monde de l’économie est probablement plus conscient que celui de la politique».
C’est d’ailleurs le thème électoral des Verts pour les élections fédérales d’octobre 2011. Mais attention, «il n’est pas correct de partir en campagne des mois à l’avance. Cela nous distrait de notre travail de législateur.»
Luc Recordon rigole de bien des choses, mais la Res publica, c’est du sérieux.
Une famille de cousins
SERGE YERSIN

Fils du frère de la mère de Luc Recordon, le notaire lausannois loue «la force de caractère» de ce dernier. «Il ne s’est jamais plaint» malgré une bonne trentaine d’opérations chirurgicales. Mais entre cousins, on se dit la vérité: «Luc a tendance à se disperser. Il en fait un peu trop. Quand nous étions tous les deux membres du comité de l’Asloca, il venait peu souvent ou arrivait en retard aux réunions, faute de disponibilité.»
JEAN-MARIE SURER
Petitcousin de Luc, et seul membre de la famille à faire de la politique, il préside le Groupe libéral du Grand Conseil vaudois. «Dans sa manière d’être, Luc a gardé un certain état d’esprit libéral protestant. S’il avait été uniquement un Vert de gauche, il n’aurait pu recueillir des voix de droite et devenir conseiller aux Etats.»
Amis pour la vie
MICHEL HACK

Médecin de Luc, les deux hommes se connaissent depuis une quarantaine d’années. L’un de leurs périples les plus extraordinaires: la découverte de l’ex-royaume du Zanskar à cheval et à pied. «Nous rions souvent ensemble», relève Michel Hack qui aime voir son ami «s’amuser tant il a du plaisir à faire les choses».
MARTINE LOB
Assistante et secrétaire parlementaire de Luc depuis des lustres, elle répond à ceux qui lui disent que les politiques sont tous pourris: «C’est faux! Et je suis bien placée pour le savoir.»
La famille politique
ADÈLE THORENS

«Sa candidature de combat contre Blocher a suscité l’admiration de ses collègues», commente la conseillère nationale vaudoise. «Luc Recordon, qui ne se profile pas comme un idéologue, sait se faire aimer de tous.»
DANIEL BRÉLAZ

Il était assistant dans un cours que Luc Recordon suivait. «Nous parlions davantage de politique que de mathématiques!», se souvient l’ex-étudiant. Les Brélaz et Luc Rocordon passent volontiers Noël ensemble avec Yvette Jaggi.
ROBERT CRAMER

Elu en octobre 2007 au Conseil des Etats en même temps que Luc Recordon, tous les deux ont été les premiers écologistes de l’histoire suisse à siéger dans la Chambre haute du Parlement fédéral. Ex-conseiller d’Etat genevois, «Robert Cramer est devenu un pote» souligne l’élu vaudois.
A l'école, à l'uni
JOCELYNE GARCHI LEMOS

C’est elle qui organise les réunions des proches de Luc Recordon nés comme lui en 1955. Secrétaire au Collège secondaire de Prilly, Jocelyne se souvient que le tout jeune Luc était «un meneur qui défilait en tête en portant le drapeau vaudois».
DAG SÖDERSTRÖM
Psychiatre à Vevey et enseignant à l’Unil, il a côtoyé Luc Recordon en maths spéciales, une classe de bosseurs destinée aux littéraires désireux de rattraper le programme des matheux. «Si Luc le généreux et le bienveillant dit à ses amis: on se retrouve à telle heure, tout le monde vient.»
STÉPHANE ROUSSET
Alors étudiant la physique à l’EPFL, ce top manager international se rappelle avoir accompagné Luc Recordon «qui ne courait vraiment pas vite» lors d’une violente manifestation contre le réacteur à neutrons rapides Superphénix à Creys-Malville en 1977. Aujourd’hui, «Luc allie des convictions écologistes avec un style qui n’est pas très éloigné de celui des bons vieux radicaux vaudois».
Les proches dans le monde
MARC SAGNOL

Ex-attaché culturel à l’ambassade de France à Moscou et aujourd’hui enseignant dans un lycée parisien, il a eu de longues conversations avec son ami d’enfance Luc Recordon avant de rédiger sa thèse sur l’étude comparée de la vraie tragédie et du Trauerspiel. Une œuvre récompensée plus tard par un prix de l’Académie française. «J’admire l’intelligence, la témérité et l’engagement de Luc.»
FAMILLE TRUYERS
Quand il était à Bruxelles, Luc Recordon passait ses week-ends chez René et Lisette Truyers, fidèles amis liégeois.
Les collègues avocats
JEAN-CLAUDE PERROUD

Arrivé en 1995 à l’étude lausannoise R & Associés qui comprend sept avocats, il gère certains dossiers que lui confie Luc Recordon, notamment ceux en relation avec l’aménagement du territoire. «Il est capable de se souvenir en détail d’un dossier datant de deux ans, c’est très impressionnant», relève Jean-Claude Perroud qui observe également la célérité avec laquelle son collègue maîtrise des dossiers parfois fort complexes.
L'histoire inspirante
CHARLES DE GAULLE

Le général impressionne le conseiller aux Etats par son courage politique face aux idées reçues et notamment face «aux généraux débiles de l’armée française toujours en retard d’une guerre».
JÉSUS-CHRIST
Aime ton prochain comme toi-même. Il fallait oser le dire et le vivre! «Aimer les gens, c’est l’investissement à plus haut rendement que l’on puisse imaginer.»
Les adversaires préférés
HERMANN BÜRGI

Luc Recordon apprécie «la rigueur intellectuelle, le respect d’autrui et la bienveillance» de ce conseiller aux Etats UDC thurgovien. Cet avocat «de grande rigueur et d’élégance est l’antithèse de l’UDC blochérienne».
JEAN-LUC STROHM
«Nous avons parfois des débats musclés avec Luc Recordon, sur des thèmes comme le nucléaire ou l’énergie éolienne», observe le vice-président du conseil de la Banque cantonale vaudoise. «Mais toujours sans aucun a priori quasi religieux. Ce qui est fort agréable.» Quant à Luc Recordon, il apprécie «cet adversaire loyal» qui lui fait penser à Hermann Bürgi. «Un plaisir de ne pas être d’accord avec lui.»
GUY PARMELIN
«Très solide sur ses dossiers qu’il travaille sérieusement, je peux demander à Luc Recordon des avis autorisés sans pour cela être d’accord avec lui», relève le conseiller national UDC vaudois.
PIERRE LAMUNIÈRE

Le président d’Edipresse rencontre Luc Recordon lors des séances du conseil d’administration de la BCV. «Nous prenons un joyeux plaisir à croiser le fer. Il a une intelligence productive», jubile le conseiller aux Etats en parlant du très libéral Pierre Lamunière.
OLIVIER FRANÇAIS

Le municipal libéral-radical lausannois a reçu son diplôme d’ingénieur civil à l’EPFL, précisément en géotechnique, des mains d’Edouard Recordon, le père de Luc. «Alors étudiant comme lui, j’appréciais l’engagement syndical de Luc malgré nos divergences de vues, comme j’apprécie aujourd’hui cet homme de conviction.»
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