L'Hebdo;
2002-03-21 L'UDC bernoise, un mur contre Blocher
Elections L'aile modérée du parti affronte sans trembler le scrutin cantonal du 14 avril prochain.
Entre le grand et le petit, l'aîné et le cadet, la hargne est tenace. L'aîné? Le coruscant Christoph Blocher et ses troupes, victorieux d'élections en élections, défait votations après votations. Le cadet est plus timoré, plus discret, moins populiste, mais il inspire la confiance. L'Union démocratique du centre bernoise, c'est un pôle de stabilité politique, c'est aussi une épine dans le pied de Christoph Blocher.
Une épine qui continuera d'empoisonner le Zurichois après le 14 avril prochain, date des élections cantonales bernoises. «Personne ne pronostique de percée démocratique du centre, lâche Pierre-Alain Brenzikofer, observateur avisé de la politique cantonale. On peut envisager un maintien, voire une légère progression, rien de plus.»
C'est déjà suffisant. Parce que ce maintien marquerait encore et toujours la résistance obstinée des Bernois face au populisme blochérien. «Chaque fois que Chrisoph Blocher a tenté d'influencer la ligne plus libérale de l'UDC bernoise, il s'est heurté à un mur et a fini par devoir reconnaître son impuissance», souligne Jean-Pierre Graber, membre influent du parti et directeur de l'Ecole supérieure de commerce à La Neuveville.
«On peut dire en quelque sorte que, pour les électeurs et électrices, l'Etat c'est nous, lâche en souriant un élu démocrate du centre. C'est dans l'inconscient collectif, au même titre qu'en Valais, l'Etat serait PDC. Nous continuons d'inspirer confusément une forme de confiance gouvernementale qui fait obstacle à l'aile oppositionnelle pure de la tendance blochérienne.»
Alors quoi, libre de blochériens, l'UDC bernoise? «Evidemment pas, répond Jean-Pierre Graber, mais le rapport entre les deux ailes est clairement apparu lors des recommandations de vote pour l'ONU: nous avons été surpris par l'ampleur du oui, acquis à trois contre un!» Sans compter que, suprême paradoxe, cette aile blochérienne se définit elle-même comme bernoise avant tout. «Le patriotisme bernois prend le dessus sur l'affect blochérien: les Zurichois n'ont pas à nous dicter notre conduite», lâche un jeune UDC, proche de la tendance blochérienne.
Une analyse confirmée par les observateurs. «Ancrage historique de l'UDC oblige, même ceux qui sont favorables aux thèses de Christoph Blocher demeurent à Berne jaloux de leur autonomie et rétifs à l'hégémonie zurichoise», conclut Pierre-Alain Brenzikofer. Une façon comme une autre de revenir sur la famille UDC. L'aîné Blocher n'est pas le souci du cadet; il est le cadet de ses soucis.
Benoît Couchepin
JEAN-PIERRE GRABER «Le vote pour l'ONU a révélé le clivage entre les ailes zurichoise et bernoise.»
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