UBS entre en guerre. Contre qui? Contre les paradis fiscaux qui lui font concurrence à travers le monde? Pas du tout. Contre les Etats-Unis? Non, sur ce front-là, c’est plutôt la reddition sans conditions. Contre l’Union européenne? Là, elle préfère filer doux.
C’est au peuple et au Gouvernement suisses que cette banque adresse un message clair: vos soucis, vos plans de régulation, nous n’en avons rien à faire. Vous êtes là pour nous aider quand nous nous prenons les pieds dans le tapis. Et pour assurer un juteux business domestique. Quant à nous, les grands manitous, nous sommes là pour nous enrichir. Punkt Schluss.
Le détail publié des rémunérations et boni est prodigieux. Le chef des activités d’investissements est payé 13 millions par an, sous prétexte qu’il vient de chez Goldman and Sachs, le temple de la spéculation mondiale. La belle école! Celle-là même qui a planté la planète dans la crise.
Le CEO, Oswald Grübel, lui, ne gagne «que» trois millions et se vante de renoncer à tout bonus… sans dire qu’à son arrivée dans la maison (en février 2009), il reçut un cadeau de bienvenue de 13 millions d’options UBS qui vaudront bientôt le double. Au Credit suisse déjà, il avait habilement jonglé pour son propre compte grâce à ce type d’opérations.
Le seul qui, le pauvre, dépasse à peine le demi-million annuel, c’est Kaspar Villiger, président du conseil d’administration. Pas cher pour un honneur perdu. Il faisait peine à voir, l’autre soir à Arena, ânonnant l’argumentaire de la banque pour justifier la razzia des millions. Approuvant même ceux qui arrosent encore les dirigeants d’hier chassés pour leur incurie.
UBS publie ces chiffres à la veille du débat parlementaire sur les rémunérations abusives. Coup bas pour les partis de droite qui veulent adoucir les mesures prévues par l’initiative Minder. Les dirigeants de la banque n’ont que mépris pour la politique. Et se moquent totalement de la colère populaire qui monte.
Oublié, le sauvetage inouï de cette entreprise grâce à la pluie de milliards accordée d’autorité par le Conseil fédéral. Mais ce fut, ose-t-on nous dire ici et là, une bonne affaire pour la Confédération. Or personne ne sait au juste combien la Banque nationale perdra au bout du compte. Il lui reste sur les bras pour 24 milliards de papiers pourris repris de UBS. Certains trouveront preneurs. Mais la note du rebus final fera mal.
UBS n’est pas seule dans son arrogance. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et ailleurs, les grandes banques repartent, tête baissée, dans leurs acrobaties financières d’hier. Elles narguent les pouvoirs politiques qui tentent, sans grand succès pour l’heure, de limiter leurs excès. En spéculant maintenant sur les dettes des Etats, elles mettent en péril les institutions qui les ont sauvées.
«Le chien qui mord la main qui le nourrit, le scorpion qui pique la grenouille qui lui fait franchir le fleuve ne sont pas individuellement méchants. Que voulez-vous, c’est leur nature…» C’est le chroniqueur du Nouvel Observateur, Jacques Julliard, qui analyse ainsi les méfaits de l’économie financière. Celle-ci, résume-t-il, «a réinstallé la lutte des classes dans sa crudité nue».
Quelques milliers de personnes bouclent le système, se renvoient l’ascenseur, décrètent qu’elles valent dix, cent fois plus qu’un cadre d’une autre branche. Elles se fondent à la classe des superriches qui prospère sous toutes les latitudes. C’est une nouvelle classe sociale qui est apparue.
Tout se met en place pour un dur affrontement. Pourquoi les apprentis sorciers qui poursuivent leurs rapines ne le pressentent-ils pas? Aveuglés par la passion du lucre? Ou par leur inculture? L’histoire compte tant d’exemples où les banquiers trop avides ont mal fini. Autrefois beaucoup d’entre eux, les usuriers en particulier, grillèrent sur les bûchers.
Les nôtres s’en tireront mieux. Mais tôt ou tard, quand les tensions sociales et politiques s’exacerberont, ils devront rendre des comptes. Les Ospel et consorts restent pour l’heure à l’abri de toute poursuite pénale ou civile. Leurs amis, pourtant roulés eux aussi dans la farine, les protégeront encore un temps. Jusqu’à quand?
Le soir, même fatigués par leurs parties de golf, songeant aux menaces futures, pensant à l’image qu’ils laisseront à leurs enfants, ils ne doivent pas bien dormir.
Tags: UBS, gouvernement, bonus, salaires,
|