CULTURE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

« Précédente 84/121 Suivante »
Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article
Anonyme Ma vie secrète - Tome V
Edition: La Musardine
Nb pages: 702

Gentleman défloreur

La Musardine publie le dernier des cinq tomes de «Ma vie secrète», autobiographie érotique d’un Anglais du XIXe siècle.

Walter est Anglais, grand, riche, la peau douce. Il a une passion: les femmes en général et leur con en particulier. En une vie, il couchera avec quelque «douze cents» femmes «dans tous les pays du monde, sauf la Laponie».

Walter est le héros d’une autobiographie sexuelle unique, un opus magnus de la littérature érotique: Ma vie secrète, six millions de caractères, publié à la fin des années 1880 en onze volumes et à une vingtaine d’exemplaires par Auguste Brancart, un Belge réfugié en Hollande pour cause de commerce d’éditions licencieuses. L’auteur? Anonyme.

Sa première mention date d’un catalogue clandestin d’un libraire parisien de 1902. En Angleterre, les tentatives de réimpression se heurtent à une féroce répression. C’est en 1960 seulement que la première intégrale paraît aux Etats-Unis, saluée par le New York Times comme «un document historique des plus impressionnants». En France, c’est en 1994 que les Editions Stock publient la première édition complète, reprise en Poche par La Musardine, qui publie aujourd’hui le cinquième et dernier tome de cette curiosité socio-érotico-historique.

Derrière le nom du héros, Walter, se cacherait un aristocrate anglais du nom de sir Henry Spencer Ashbee, riche bibliophile, lettré, grand voyageur, homme d’affaires et négociant averti, né en 1834 et mort dans le Kent en 1900. Ma vie secrète raconte ainsi avec précision et sans lyrisme les souvenirs sexuels d’un homme, de ses premiers émois d’enfant avec des cousines ou des bonnes, au soir plus langoureux et sophistiqué de sa vie.

«Les femmes ont été le plaisir de ma vie», explique le narrateur dans la préface. Il commence à tenir journal de ses activités sexuelles «pour se distraire», et le poursuit sa vie durant avec quelques interruptions. Il admet avoir une mémoire «fantastique pour les matières sexuelles». Walter n’est ni Casanova ni Dom Juan. «D’une part, il ne cherche jamais à se mettre en valeur et, d’autre part, il excelle à mettre en scène des situations convenues mais qui, avec lui, donnent l’illusion de la nouveauté et du naturel», écrit Roland Jaccard, dans Le Monde en 1994. C’est bien ce qui fascine dans Ma vie secrète: le pragmatisme confondant avec lequel l’auteur ressasse un thème unique, la jouissance sexuelle.

Prédateur. «Walter est le premier “moderne” à dire de quelles couleurs l’exploration d’un con éclaire, fonce, embrase, plombe, nacre... ses nuits et ses jours, écrit la philosophe Annie Le Brun dans le second tome. Seul Sade avait renversé l’art du portrait, en peignant l’âme d’un personnage à partir de la miniature de son sexe ou de son cul.» Prédateur amoral, Walter a la passion de la jouissance immédiate. Peu de raffinement dans ses activités érotiques, mais un goût pour «dresser une femme à l’impudeur» et une philosophie chevillée à l’âme: «Rien de ce que font un homme et une femme de leurs organes sexuels n’est contre nature ou indécent, à la condition de le garder pour soi.»

Témoin du Londres de l’ère victorienne puritaine, traînant de l’Argyll Rooms, célèbre casino galant de l’époque, à Trafalgar Square ou Vauxhall, hélant de discrets fiacres ou payant champagne et homards à des filles potelées, Walter est, du point de vue de la justice sociale, du féminisme ou de la morale, injustifiable. Les femmes de son milieu l’ennuient, il préfère les prostituées ou les domestiques. «Walter considère la plupart du temps ses conquêtes comme du bétail», constatait en 1979 l’historienne Françoise Basch.

Reste l’essentiel: il ose montrer que le mystère féminin commence et finit dans ce creux de gravité. «Je ne sais aucun texte où la vision du sexe féminin troue aussi absolument la réalité pour se substituer à toute autre représentation», écrit encore Annie Le Brun. Son insatiable curiosité, que Jean-Jacques Pauvert, grand éditeur de littérature érotique, rapprochera de «l’enfance irréductible, l’innocence, l’animalité» d’un Peter Pan qui serait demeuré aussi émerveillé au crépuscule de sa vie qu’au début, tient en haleine du commencement à la fin de ses aventures.

Ce cinquième et dernier volume de l’édition de Poche le voit moins insatiable, plus gourmet, quoique «encore capable de satisfaire une jolie femme à deux reprises durant la première heure». Il voyage entre Londres, l’Orient et la France, jouit de Jessie, Frances, Nelly ou Helen – dont il tombe amoureux. A un retour des côtes de la Méditerranée, il relit ses notes éparses et écrit: «Mieux valait les rassembler plutôt que de les disperser. Je décidai de les placer ici sous l’égide de la verge de vie.»
 
Isabelle Falconnier


Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page