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L’historien Michel Winock consacre une magnifique biographie à
cette femme étourdissante qui fit de Coppet un haut lieu de la culture
européenne.La biographie que Michel Winock consacre à Germaine
de Staël répare une injustice: on connaît trop mal cette femme d’une
vigueur étourdissante chez qui le goût de la raison se conjuguait aux
excès de la passion amoureuse, et qui fut sans doute la première de son
sexe à se risquer et à briller sur le terrain de l’analyse politique.
«Le génie de Mme de Staël, écrit Michel Winock, est précisément de
faire tenir ensemble, comme dans les églises cent fois restaurées où la
nef est romane et le clocher gothique, les styles les plus opposés et
les caractères les moins conciliables.» On est frappé de
constater que Mme de Staël a longtemps traîné une réputation
désastreuse. Jeune fille, elle passa très vite pour une frivole et une
écervelée. Puis pour une ambitieuse, une intrigante, une femme qui ne
savait pas tenir sa place. Elle a souvent inspiré des critiques
fielleuses et d’une violence rare: «Ce bas-bleu était un fléau pire que
ceux de la guerre», écrivit le poète allemand Heinrich Heine. Et
Balzac, plus féroce encore: «Si j’avais une fille qui dût être Mme de
Staël, je lui souhaiterais la mort à quinze ans.» Nous sommes
loin de ces emportements. Qui lit encore les livres de Mme de Staël?
Pour le grand public, elle repose désormais dans la naphtaline des
manuels scolaires dont Michel Winock parvient pourtant à l’arracher. Le
premier mérite de son ouvrage est de restituer le personnage dans son
éclat et sa fraîcheur. La biographie est un genre souvent médiocre,
mais la sienne a du souffle et une élégance d’écriture jamais démentie
jusqu’à la dernière phrase. Sa Madame de Staël expose une vie balayée
par les tempêtes de l’histoire et celles du sentiment: c’est l’histoire
d’une femme qui, sans jamais transiger sur sa liberté d’esprit et de
mœurs, fut amenée à écrire de grands livres comme ses Considérations
sur la Révolution française ou Dix années d’exil.
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