Lu dans le "Financial Times"
Madoff et les Suisses gluants
Mis en ligne le 13.04.2011 à 13:02
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«Est-ce qu’il ment?» Voilà ce que les reporters David Gelles et Gillian Tett se sont demandé à de nombreuses reprises au cours des deux heures passées dans le pénitentier de Butner, en Caroline du Nord. C’est là que les deux journalistes du Financial Times ont pu rencontrer Bernard Madoff, condamné à 150 ans de prison pour avoir escroqué pendant au moins seize ans des centaines d’investisseurs, qui avaient placé 65 milliards de dollars dans son fonds bidon.
Des faits, donc, il est difficile de savoir s’il y en a de sérieux dans le long reportage qu’ils ont tiré de leur visite. Madoff accuse quatre amis, ses premiers clients, d’être au courant de l’escroquerie, tout comme des banquiers haut placés de JP Morgan Chase. Vrai ou faux? Comment savoir, avec un homme qui assure avoir menti, des décennies durant, à sa propre famille?
Ce que l’article livre de fascinant, en revanche, c’est un petit aperçu de la psychologie de Bernard Madoff. «Ce n’était pas pour l’argent», explique l’homme de 73 ans au moment de justifier son comportement. «Personne ne pouvait croire à l’époque que je faisais quelque chose comme cela. Pourquoi le ferais-je? Par stupidité – voilà pourquoi.»
Face à l’archétype de l’escroc, les journalistes confessent que la version de Madoff, celle d’un «entrepreneur renégat qui conquit Wall Street et fut poussé au crime par des personnes et des forces qu’il ne pouvait contrôler» est «presque convaincante; ou du moins pas plus absurde que beaucoup d’autres histoires que nous entendons tous les jours dans la finance occidentale».
Madoff s’en prend à plusieurs reprises aux banquiers suisses, «les plus suspicieux de tous», des gens «gluants» dont certains lui rappelaient les nazis, «ce qui était difficile pour un Juif» (sic). Pour le reste, la «confession» de Madoff provoque un mélange de pitié et d’effarement. «Je me demandais comment des gens peuvent en tuer d’autres dans les guerres, dit-il. Mais le fait est qu’on peut compartimenter sa vie.» Pendant seize ans, au moins.
David Gelles & Gillian Tett, «Financial Times», 8 avril 2011. Adaptation MR.
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